‹ Les chants modernesChapitre 50 sur 51 · A CHARLES LAMBERT ET A PORCIA · texte numérisé non relu

A CHARLES LAMBERT ET A PORCIA

Avant de mettre : Fin ! au bas de ce volume.

Avant de le signer et de quitter la plume,

Laissez-moi tous les deux, vous qui m’êtes si chers,

Inscrire vos deux noms avec mon dernier vers !

C’est pour vous — c’est pour nous — que j’ai fini ce livre, Et je veux vous le dire avant que je le livre Au hasard incertain de son sort à venir !

Nous avons, tout les trois, tant parlé d’avenir,

D’éternité, d’amour, de travail, d’espérance,

Que tout ce qui m’émeut, bonheur, joie ou souffrance,

Se dirige vers vous — comme mes vers ici —

Et vous porte mon cœur qui vous dit : « Me voici !

» Riez je suis heureux ! Pleurez, je suis en larmes ! »

O chers magiciens dont j’ai goûté les charmes ! N’est-ce pas que c’est peu que mes vers incomplets Pour tous les beaux bonheurs que votre cœur m'a faits Ne vous effrayez pas ; je ne me tiens pas quitte !

Mais, hélas ! il me faut, afin que je m’acquitte,

Plus d’amour que le ciel n’en pourrait posséder,

Plus de talent que Dieu n’a voulu m’en céder,

Et plus de gloire aussi que je n’en puis attendre.

Tel que je suis pourtant daignez toujours me prendre, Avec mes longs ennuis pleins d’un sot désespoir Qui surgit au matin et disparaît le soir ;

Avec mes mauvais vers et mon Ame solide Que rien ne fait broncher quand votre voix la guide ; Car vous m’avez toujours tous deux accoutumé A me sentir heureux d’étre par vous aimé ;

Car vous avez toujours, pendant mes défaillances, Quand mon âme énervée oubliait ses vaillances,

Vous avez soutenu, sous votre effort vainqueur,

Vous, Lambert, mon esprit ; toi, Porcia, mon cœur !

4 janvier 1853.

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