‹ Les chants modernesChapitre 49 sur 51 · LE CABLE · texte numérisé non relu

LE CABLE

A PORCIA

Dans la mine au trou caverneux As-tu vu l’ouvrier descendre Et sur l’abîme se suspendre A l’aide d’une corde à nœuds?

Ail milieu du puits large et sombre Pend un câble solide et fort,

Comme un long serpent il se tort Et se perd tout au fond dans l’ombre.

L’ouvrier robuste et vaillant • Qui veut descendre dans la mine, Saisit le câble et s’achemine S’aidant de chaque noeud saillant !

Il va sans crainte et sans alarmes, Au travers de ce gouffre obscur, Où l’eau suinte sur le mur Et s’écoule ainsi que des larmes !

Dans l’abîme il glisse en chantant, Se confiant à son cordage,

Il exécute son voyage Sans aventures, et pourtant

Si dans la route meurtrière Le câble se rompait au poids, L’ouvrier contre les parois Se briserait comme du verre.

On retrouverait, tout au bout De Ja galerie affrontée,

Un peu de boue ensanglantée, Quelques os, et ce serait tout !

Dans le gouffre de l’existence,

Je me suspends à ton amour,

Et je descends au jour le jour Sans me troubler de la distance.

Entre terre et ciel balancé,

Sentant mon cœur plein d’assurance, Plein de jeunesse et d’espérance,

Je suis mon chemin commencé.

Afin d’éclairer les ténèbres,

Je porte avec moi mon bonheur, Comme sa lampe, le mineur,

Dans les longs corridors funèbres.

Tou amour soutient son fardeau Dans l’abîme que tout encombre,

Où l’on entend des pleurs sans nombre Tomber comme des gouttes d’eau !

Rien ne m’émeut ! rien ne m’arrête !

Pourtant je puis apercevoir Sous mes pieds le gouffre tout noir Et les nuages sur ma tête.

Ali ! si ton amour jeune et fort,

Et que rien ne put interrompre, Comme un câble qu’on vient à rompre Se brisait sous mon rude effort,

Tombé dans la route suivie Tu me trouverais sur le dos Brisé dans ma chair et mes os, Au fond du gouffre de la vie !

Août 18i9.

Page 1