INSOMNIE
Seigneur, ayez pitié; je suis faible et je pleure! Comme dans un linceul je suis couché vivant Dans ma peine ; j’entends lentement sonner l’heure Qui m’apporte et m’enlève un espoir décevant !
J’ai beau me retourner sur mon lit solitaire,
J’ai beau fermer les yeux et chercher le sommeil,
Il me fuit; je ne puis que pleurer et me taire! Seigneur, faites paraître enfin le jour vermeil !
Comme un enfant perdu dans d’épaisses ténèbres, J’ai peur de cette nuit qui ne veut pas finir ;
Je suis environné de fantômes funèbres Dont chacun me flagelle avec un souvenir !
J’entends crier d’effroi mon âme déchirée;
Mon cœur est écrasé du poids de ses sanglots,
Et, comme un ouragan qui chasse la marée,
La douleur pousse en moi le remou de ses flots !
Mon front pâle est baigné d’une sueur amère, Comme autrefois celui de Jésus haletant!
— Vous que j’ai tant aimée, ô ma mère, ma mère ! Pourquoi n’être plus là lorsque je souffre tant?
Chaville, septembre 1853.