‹ Les chants modernesChapitre 7 sur 51 · INSOMNIE · texte numérisé non relu

INSOMNIE

Seigneur, ayez pitié; je suis faible et je pleure! Comme dans un linceul je suis couché vivant Dans ma peine ; j’entends lentement sonner l’heure Qui m’apporte et m’enlève un espoir décevant !

J’ai beau me retourner sur mon lit solitaire,

J’ai beau fermer les yeux et chercher le sommeil,

Il me fuit; je ne puis que pleurer et me taire! Seigneur, faites paraître enfin le jour vermeil !

Comme un enfant perdu dans d’épaisses ténèbres, J’ai peur de cette nuit qui ne veut pas finir ;

Je suis environné de fantômes funèbres Dont chacun me flagelle avec un souvenir !

J’entends crier d’effroi mon âme déchirée;

Mon cœur est écrasé du poids de ses sanglots,

Et, comme un ouragan qui chasse la marée,

La douleur pousse en moi le remou de ses flots !

Mon front pâle est baigné d’une sueur amère, Comme autrefois celui de Jésus haletant!

— Vous que j’ai tant aimée, ô ma mère, ma mère ! Pourquoi n’être plus là lorsque je souffre tant?

Chaville, septembre 1853.

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