‹ Les chants modernesChapitre 6 sur 51 · LE PALAIS GÉNOIS · texte numérisé non relu

LE PALAIS GÉNOIS

Dans une île de l’Archipel,

Près de tes flots, ô Méditerranée,

Je sais une maison de créneaux couronnée Qui se découpe sur le ciel.

Sous des pins parasols cachée, Les pieds posés sur le gazon, Gomme une sultane couchée Elle regarde l’horizon,

L'horizon l)leu de l’Ionie ;

C’est un petit palais génois Que j’ai désiré bien des fois Comme une retraite bénie.

Ah ! ce serait un nid charmant Pour enfouir ses chagrins et son doute,

Ce serait la dernière étape de la route,

On y vivrait tout doucement !

Si jamais je quitte la France Pour m’en aller vers le soleil,

Si j’emporte mon espérance Dans un pays chaud et vermpil ;

Si je quitte, un jour de colère.

Cette patrie où tout m’abat,

Si je déserte le combat Comme un soldat las de la guerre !

C’est là que je veux me bannir Pour effacer les tristesses passées,

N’emportant dans mon cœur, au fond de mes pensées, Qu’un cher et pieux souvenir!

Je vivrai là seul et paisible,

Cherchant le silence et l’oubli,

Joyeux enfin d’être insensible ;

Disant à mon cœur affaibli :

« — Repose-toi de tes orages,

* Souviens-toi des jours écoulés » Et de tes bonheurs écroulés,

» C’est le dernier de tes voyages ! »

Et si la mort dit : « Me voici; •

» Allons ; debout ! viens, ta tâche est fournie ! » Je partirai tout plein d’une joie infinie,

En répondant : Seigneur, merci !

Chaville, juillet 18ÎS3.

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