‹ Les chants modernesChapitre 9 sur 51 · IMPERTINENCE · texte numérisé non relu

IMPERTINENCE

Vous aurez beau tourner languissamment Vos grands yeux bleus de mon côté, Madame, Vous aurez beau m’offrir, comme un dictame, Sur votre lèvre un sourire charmant !

Vous ne pourrez pénétrer dans mon âme,

Elle est pour vous fermée obstinément,

Et je souris de votre entêtement

Qui croit toujours que je suis tout en flamme

Laissez-moi donc vivre et rêver en paix, Et sachez bien que si je vous aimais Je l’aurais dit depuis longtemps, ma belle

Cessez enfin d’allonger vos deux bras Pour arriver jusqu’à mon cœur rebelle :

Il est trop haut, vous ne l’atteindrez pas

Novembre 1854.

A FRÉDÉRIC FOVARD

Tout homme, hélas! sur cetle terre, Surtout quand sa vie est austère Et que son cœur est généreux, Malgré son âme ardente et forte Dont la voix en grondant l’exhorte, Trouve des chemins douloureux!

11 y va, couronné d’épines,

Marchant à travers les ruines

De ses chères illusions,

Montant toujours vers son calvaire, Triste et s’asseyant solitaire a chacune des stations !

L’un le vend, l’autre le renie,

Et chacun pour son agonie Verse son tribut de douleurs ;

Le soldat passe et le soufflette,

Son ami s’éloigne et lui jette En souriant des mots railleurs.

Couvert d’insolente écarlate,

Poussé de Caïfe à Pilate,

Abandonné par tous, hélas !

Si quelqu’un, prenant sa défense, Veut proclamer son innocence,

On lui préfère Barabas !

Heureux encor, sur son passage,

Si, pour essuyer son visage, Véronique vient à sa voix,

Et si pour alléger sa peine,

Quelque bon Simon de Cyrène Peut l’aider à porter sa croix !

Décembre IH53.

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