L’ORPHELINE
O mon doux rossignolet,
Ton ramage tant me plaît !
Distrais-moi, de ta voix tendre...
Perdue en lointain pays,
Que j’ai besoin de t’entendre :
Pas de foyer, pas d’amis !
Je n’ai ni père ni mère Pour me gronder! pas de frère, De sœur pour m’accompagner...
Orpheline abandonnée,
Faut-il donc me résigner A si triste destinée ?...
Je partirai, j’errerai ;
Du bonheur j’en trouverai !...
— J’ai gravi le mont austère :
De bonheur pas un lambeau !...
Voici le val solitaire Où ma mère a son tombeau.
Là, d’une voix caressante,
Songeant à ma mère absente,
Je lui dirai : « Lève-toi Du sein de la terre humide,
O ma mère, et donne-moi Un bon conseil qui me guide.
« Que faire donc ? Travailler ?
Gagner pour mieux m’habiller ? »
— « Chère enfant, vaille que vaille, Vèts-toi comme tu pourras ;
Selon tes moyens travaille Et fais ce que tu sauras.
« A travers terre inconnue, Comment donc es-tu venue Pour m’avoir trouvée ici ?
As-tu suivi le nuage,
La pluie, ou peut-être aussi Le flot du courant sauvage ? »
— <t Pour me guider en ce lieu, Nuage, pluie ou Ilot bleu N’ont, aidé mon indigence ;
J’y vins san$Jour secours, mais Seule avec ma malechance Qui lie me quitte jamais ! »