‹ Les chants oraux du peuple russeChapitre 15 sur 134 · CHANTS D’ÉPIZOOTIES · texte numérisé non relu

CHANTS D’ÉPIZOOTIES

Les paysans russes mettent les épizooties sur le compte des esprits malins dont l'intervention est due à des pratiques de sorcellerie. Ils les conjurent par des procédés bizarres et par des chants souvent peu intelligibles. En divers gouvernements, la femme la plus âgée s’atlèle à une charrue qu’elle traîne trois fuis autour du village et toutes les autres la suivent en chantant. Le cercle ainsi tracé doit être infranchissable pour les mauvais esprits, ennemis du bétail, qui, pendant cette cérémonie, est tenu enfermé daus les étables.

Voici une des chansons usitées en pareil cas :

Les trois Anciens et les douze jeunes filles

De l’Océan, de la mer profonde Sont sorties douze jeunes fdles.

Elles sont arrivées par un long chemin Jusqu’au sommet des montagnes escarpées, Chez les trois Anciens...

CIIANTS D’ÉPIZOOTIES

« Apprêtez les blanches tables de chêne...

Aiguisez les couteaux d’acier,

Faites bouillir les chaudières ;

Déchirez, déchiquetez Tout être vivant sous les cieux ! »

Les Anciens exaucent la demande dès douze filles ; tout être vivant est mis à mort. Alors

Dans ces chaudières bouillantes Un feu inextinguible consume Chaque être vivant sous les cieux.

Autour des chaudières bouillantes Se tiennent les Anciens.

Les Anciens chantent Sur la vie, sur la mort,

Sur toute la race humaine.

Les Anciens donnent Au monde entier longue vie.

Mais sur l’autre, sur la Mort cruelle,

Les anciens jettent Une grande malédiction.

Les Anciens promettent Eternelle vie A toute la race humaine.

Ces trois anciens, dit Oreste Miller, sont évidemment des divinités bienfaisantes, mais on ne voit pas clairement ce que peuvent être ces douze

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sœurs que les exorcismes russes mentionnent plus d’une fois.

Veles, l’antique dieu slave, protecteur des troupeaux, a été remplacé à l’avènement du christianisme par saint Biaise (Vlas). — Dans le gouvernement d’Orel, une procession parcourt les villages en cas d’épidémie. Trois jeunes filles portent la statue de saint Biaise, avec lanterne allumée et encensoir fumant. Derrière elles marchent trois veuves qui chantent :

O toi, Mort-des-Vaches,

Va-t’en de notre village,

De nos étables, de nos cours.

A travers le village S’avance saint Biaise Avec flambeau, avec encens Et braise ardente.

Nous avons le feu pour te brûler,

La raclette du four pour te racler,

Le balai pour te balayer,

Les cendres pour t’étoufler.

Va-t’en de notre village,

Ne touche pas à nos vaches,

Quelles qu’elles soient, sous poil châtain ou marron, Avec une tache au front,

Avec le pis blanc, les tétines blanches,

Les cornes recourbées ou une seule corne.

Puis viennent toutes les femmes du village, l’une traînant une charrue qu’une autre dirige, une troisième à cheval sur un manche à balai, tandis

CHANTS d’ÉI’IZOOTIES

que les autres frappent sur des casseroles et des marmites. Si elles ren. contrent un homme sur leur chemin, elles lui courent sus comme des furieuses et il ne s’en tire pas toujours à bon marché (1).

(1) Ralston, d’après Mezhof.

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