‹ Les chants oraux du peuple russeChapitre 28 sur 134 · LA MORT DE FÉODOR BEZRODNY · texte numérisé non relu

LA MORT DE FÉODOR BEZRODNY

Un Kosak, sans parole et la pensée éteinte,

Au bord du Dnieper va prendre son repas,

Près de son compagnon : ali ! leur âme est atteinte ;

Le malheur tous les deux ne les épargne pas !...

D’où vient ce bruit ? Du pré dont les saules gémissent? Non : courant sur l’hetman Féodor Bezrodny,

Par le fer, par le plomb que leurs fusils vomissent,

De ses vaillants exploits des traîtres l’ont puni.

Son compagnon est sauf, il a pu fuir leur rage,

Il revient vers l’hetman pour étancher son sang...

« Ami, lui dit le chef, vois le long du rivage Qu’est cette rumeur sourde et qui va grandissant.

Si c’est le cri du cygne ou la clameur des oies,

Chasse tous ces oiseaux, chasse-les loin d'ici.

Si ce sont les chacals à raffut de leurs proies,

Oh 1 ne me laisse pas tout seul à leur merci !

LA MORT DE FÈODOR BEZRODNY

a Si c'étaient les Kosaks naviguant sur le fleuve, Dis-leur de débarquer, mande-les de ma part,

Car je voudrais les voir dans ma dernière épreuve ; Qu’ils se hâtent pourtant, pour n'arriver trop tard. »

Et le bon serviteur s’empresse, il court, il crie...

Oui, les Kosaks sont là, voguant paisiblement ;

Il les hèle, agitant son bonnet, il les prie :

« Venez vite, abordez, venez vers votre hetman ! ))

Les Kosaks entendant la voix qui les appelle,

Prennent terre et bientôt entourent Bezrodny

Qui peut encor louer son compagnon fidèle : 4

(( O toi, mon serviteur dévoué, sois béni !

Merci pour tant de soins. Reste toujours le même Et de Chaque Kosak te viendra l’amitié ! »

Puis Féodor à tous disant l’adieu suprême,

Rend son a me au Seigneur : que Dieu l’ait en pitié !

De leurs sabres aigus creusant la terre ensemble Et de sable emplissant leur manteau, leur bonnet,

Ils inhument l’hetman : bientôt dans Pair qui tremble De soixante fusils la salve résonnait !...

— Ils le vantaient encor, les yeux gonflés de larmes,

A l’heure où le soleil quitte le firmament :

a 11 a voulu mourir devant ses frères d’armes,

C’était un vrai lvosak, un vrai chef, un hetman ! »

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