LE CONSEIL DU CORBEAU
Sur le steppe roule une épaisse brume.
Un fier cavalier chevauche à travers Le brouillard rampant sur les gazons verts Et fait halte au pied du tertre qui fume.
« Pourquoi, ce matin, tertre, es-tu voilé,
Toi qu’on voit toujours brillant et superbe ? » — (c Cosaque aux yeux noirs, c’est que sur mon Le sang, le sang rouge à Ilots a coulé... »
Les corps des guerriers gisent dans la plaine : Une mère en pleurs par le vaste champ Erre, maudissant sa vie et cherchant Le corps de son fds : sa recherche est vaine.
Un corbeau, perché sur le roc noirci,
Croasse près d’elle en hochant la tète :
« Je connais ton dis, ô mère inquiète ;
Je mange son corps tous les jours ici.
(( J’ai tiré les yeux du fond de l’orbite, J’ai tiré le cœur du fond du sein blanc..
Va-t’en, vieille mère au pas chancelant, Retourne au logis, femme, va-t’en vite.
« Emporte en ta main du sable menu Que tu sèmeras dans ta cour : à peine Il aura germé, fleuri, porté graine,
Tu verras ton fils chez toi revenu ! »