INSOMNIE
Ah ! ce siècle est mauvais ! Trop de jeunesses meurent, Trop de beauté s'en va, trop de sanglots demeurent,
Trop de haine a chanté !
Va-t-il pas luire enfin sur nos querelles sombres, Sur l'éparpillement saignant de leurs décombres,
Un rayon de clarté ?
Allons-nous, nous tuant au lieu de nous comprendre. Pour aller au bonheur continuer de prendre
Cet étrange chemin ?
Aurons-nous donc toujours, dérision immense, Avec notre génie armant notre démence,
Plus de fléaux en main ?
Et faisant plus sanglants toujours nos crépuscules, Marchant parmi l'affreux comme des somnambules,
Irons-nous au néant, Sans qu'un homme, un colosse amer comme Shakspeare, Ne réveille soudain par son éclat de rire
La Raison sommeillant ?
Ah ! qu'il soit, ce railleur ! et devant l'agonie, La rage et le désastre, oppose l'ironie
A nos cris furieux !
Comme on rit aux combats des fourmis sur le sable, Qu'il rie à nos combats ! Que son rire effroyable
Nous dessille les yeux !
Qu'il soit celui qui voit parce qu'il se recule. Qu'il montre le spectacle immonde et ridicule
Que nos batailles font ; Et puisque en notre cœur nulle pitié ne monte, Que la confusion, la stupeur et la honte
Montent à notre front !
Qu'à son rire éclatant en trompettes moroses S'écroulent tout à coup les façades des choses.
Et que l'enfer humain Voie enfin se lever, astre, de leurs décombres, De nos orgueils crevés mêlant leurs débris sombres,
L'apaisement serein I