‹ Les Chants secretsChapitre 17 sur 51 · INSOMNIE · texte numérisé non relu

INSOMNIE

Ah ! ce siècle est mauvais ! Trop de jeunesses meurent, Trop de beauté s'en va, trop de sanglots demeurent,

Trop de haine a chanté !

Va-t-il pas luire enfin sur nos querelles sombres, Sur l'éparpillement saignant de leurs décombres,

Un rayon de clarté ?

Allons-nous, nous tuant au lieu de nous comprendre. Pour aller au bonheur continuer de prendre

Cet étrange chemin ?

Aurons-nous donc toujours, dérision immense, Avec notre génie armant notre démence,

Plus de fléaux en main ?

Et faisant plus sanglants toujours nos crépuscules, Marchant parmi l'affreux comme des somnambules,

Irons-nous au néant, Sans qu'un homme, un colosse amer comme Shakspeare, Ne réveille soudain par son éclat de rire

La Raison sommeillant ?

Ah ! qu'il soit, ce railleur ! et devant l'agonie, La rage et le désastre, oppose l'ironie

A nos cris furieux !

Comme on rit aux combats des fourmis sur le sable, Qu'il rie à nos combats ! Que son rire effroyable

Nous dessille les yeux !

Qu'il soit celui qui voit parce qu'il se recule. Qu'il montre le spectacle immonde et ridicule

Que nos batailles font ; Et puisque en notre cœur nulle pitié ne monte, Que la confusion, la stupeur et la honte

Montent à notre front !

Qu'à son rire éclatant en trompettes moroses S'écroulent tout à coup les façades des choses.

Et que l'enfer humain Voie enfin se lever, astre, de leurs décombres, De nos orgueils crevés mêlant leurs débris sombres,

L'apaisement serein I

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