LETTRE D'EXCUSE
Je n'irai pas chez vous ce soir.
Oui, je sais que tout sera joie, Je sais quel charme se déploie Quand vos amis viennent vous voir.
Parmi les rires intrépides.
Les mots allègres et falots.
Dans un tapage de grelots, Les heures passeront rapides.
Aux spirales blondes du thé, A la vapeur de cigarette.
Pétillement que rien n'arrête, Vous mêlerez votre gaieté.
Riez ! Régnez à votre guise !
Mais n'allez pas me regretter, Madame : j'eusse pu gâter, Vraiment, cette soirée exquise.
Car je promène un front nerveux Quand j'ai dans l'âme un crépuscule, Car j'ai ce grave ridicule :
Ne pouvoir rire quand je veux.
Ne me regrettez pas, Madame ; Et même ne m'accueillez plus ; J'aurais des gestes superflus, Je serais dur, brutal, infâme.
Pour un regard, un mot surpris.
Pour une main sur votre robe.
J'aurais ce front qui se dérobe Et des froideurs de malappris.
Tel est, hélas ! mon peu d'usage, Seul je ne crierais pas hurrah Devant un galbe scélérat Du feston de votre corsasre.
AMOUR yt
Si vous heurtiez d'un mot cinglant Ma ferveur triste que tout blesse, J'aurais la lourde impolitesse D'en demeurer pâle et tremblant.
Et, tant mon âme se torture En son amour malavisé. Si quelque soir, faible et brisé, Si quelque soir par aventure,
Je venais à vous découvrir Pâmée entre les bras d'un maître, Criant d'amour... j'aurais peut-être La grossièreté d'en mourir.