‹ Les Chants secretsChapitre 28 sur 51 · L'ESCALIER DE LA TOUR · texte numérisé non relu

L'ESCALIER DE LA TOUR

Escalier de la tour dont le granit s'éraille, Escalier de la tour abrupt et ténébreux Dont la spirale tourne en l'épaisse muraille, J'aime tes degrés noirs qui se mêlent entre eux.

Qui te gravit trébuche et fait crouler des pierres, Et son œil ne rencontre et rien ne le conduit Que les rayons filtrants des rares meurtrières Qui viennent frissonner tout blêmes dans ta nuit.

Qui te gravit affronte une âpre solitude ; Tu l'enfermes en toi comme dans un tombeau, Et ton silence donne une horrible amplitude Aux minutes qu'il met pour émerger là-haut.

Et cependant je t'aime, en ton ennui vorace, Bien plus que l'escalier de marbre du château : Ses dalles aux tons clairs meurent sur la terrasse Basse, plate et dormeuse, où grince le râteau ;

Toi, tu mènes au faîte où nos regards sont ivres, Où des souffles vibrants soulèvent nos cheveux, Toi, c'est un horizon d'extase que tu livres, Escalier de la tour abrupt et ténébreux ;

On goûte à ton sommet un vertige suprême. Et les sombres degrés qui conduisent à lui, Tous tes sombres degrés meurtrissants, je les aime ; J'aime ta pesanteur, ton silence et ta nuit.

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