‹ Les Chants secretsChapitre 3 sur 51 · ÉCRIT EN DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

ÉCRIT EN DÉCEMBRE

Aî-je assez fait pour toi lorsqu'on t'envahissait, France oîi ma mère dort dans sa tombe fleurie, O France de Hugo, de Vigny, de Musset, Pour mon rêve aussi la patrie ?

Ai-je assez fait pour toi contre l'âpre étranger. Moi qui ne saignai point, à qui, dans l'œuvre immense, Le destin n'assigna qu'un labeur sans danger Loin des lourds canons en démence ?

Oui, d'autres t'ont fait don de leur sang pur et beau ; Mais puisque mon corps neuf échappe à la tourmente, Je donnerai mon âme, et jusques au tombeau J epandrai sa flamme tremblante.

Je serai le soldat suivant, pâle et sans cris, La bannière Beauté qui flotte balancée, L'anonyme rimeur qui lutte dans Paris Pour le rêve et pour la pensée.

Et mon âme aura tant de frissons et de foi Qiie la tombe bientôt, France, l'aura saisie ; Et ne sera-ce pas un peu mourir pour toi Que mourir pour la poésie ?

Ne vas-tu pas trouver ton enfant moins ingrat Et lui sourire aussi comme à ceux de septembre. Quand par un matin clair on le découvrira Immobile et blanc dans sa chambre.

Tombé sur des feuillets griffonnés à demi, Parmi les derniers chants de son âme sans ruse, Portant sur sa lèvre âpre et son masque blêmi Le mortel baiser de la Muse ?

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