SÉPARATION
Je ne veux plus penser qu'à toi ; Cet amour profond dont tu m'aimes, J'oublierai mes livres eux-mêmes Pour mieux en savourer l'émoi.
Je ne veux plus penser qu'aux heures Où nos deux corps se sont étreints, Où je faisais ployer tes reins Sous ces caresses que tu pleures.
Je ne veux penser qu'à ces jours Où nos âmes se sont connues Jusqu'aux profondeurs ingénues Où plongent les grandes amoursi
Oh ! la douceur de tes prunelles, Oh ! nos deux regards enfantins, Et nos rires fous et soudains Quand nous lisions... tu te rappelles ?
Je ne veux penser qu'à cela, Qu'aux bonheurs que nous entassâmes, Qu'à nos deux corps, qu'à nos deux âmes Qu'une même extase mêla.
Oui : je veux revivre la joie, Les délires, les voluptés De ces jours à peine quittés, Tissus d'une éclatante soie :
Je veux savourer leur douceur, La goûter encore et sans cesse...
Mais voici qu'un flot de tristesse Monte lentement dans mon cœur.
Les heures chaudes sont finies, On ne peut les vivre deux fois, Et c'est le retour des jours froids, Les heures d'attente, infinies I
Oh ! te revoir, oh ! te revoir !
On s'en va, les mains bien remplies, Mais les gerbes d'amour cueillies Nous laissent pleurants dans le soir.
Et pourtant on s'enivre d'elles.
Mais les cœurs se soulèvent lourds, Et les bras se tendent toujours Pour en moissonner de nouvelles !