TA LETTRE
Ces quatre pages mal écrites Où le mot court éperdument, Ce frémissant épanchement Nu de tous voiles hypocrites,
Cette lettre écrite d'un trait Où ta chère ivresse chancelle, Oh ! cette lettre c'est bien celle Que ma solitude espérait !
J'ai tellement brûlé de vivre, Depuis des mois, depuis des ans Qjie je portais des jougs pesants Sans lever le front de mon livre
Aujourd'hui mes livres sont clos Et tes quatre pages m'abreuvent, Et toutes mes fibres s'émeuvent, Et je bois la vie à longs flots.
Cet amour qui vibre en ta lettre, C'est celui dont j'eus toujours faim ; Oh ! !e délire d'être enfin Aimé comme on rêva de l'être I
J'adore cette expansion Où divinement se mélange A ta délicatesse d'ange La fougue de ta passion ;
J'adore ta lettre, ô ma vie.
Ta lettre d'où montent vers moi Les parfums d'une âme en émoi Et d'une chair inassouvie ;
Et je la respire grisé, Et je la presse sur ma lèvre Dans la voluptueuse fièvre D'un long désir réalisé !