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SOUVENIR

Quand je reste au couchant derrière ma fenêtre, Sans lampe, l'œil mi-clos, exhumant le passé, Rappelant notre amour qui ne doit plus renaître, Parmi les visions qui viennent m'apparaître Une surtout est douce à mon regard lassé.

Une surtout réchauffe et dore ma pensée, Une surtout m'émeut. Cette image, ce n'est Ni celle qu'à jamais ta grâce m'a laissée Le jour qu'elle alluma dans mon âme glacée La palpitation d'une âme qui renaît ;

Ni celle de tes yeux voluptueux d'amante Sous l'échevèlement ardent des tresses d'or ; Ni celle où se fixa la ligne de ta mante ; Ni celle de ta bouche ingénument charmante, Au soleil du matin, quand tu dormais encor.

8o LES CHANTS SECRETS

Cette image, qui m'est un symbole suprême, Que mon souvenir garde en son plus riche écrin Et qui m'exalte plus que le plus fier poème, C'est l'image évoquée, ô visage que j'aime, De ton rayonnement calme sous le chagrin.

Oui, tu brillas un jour d'une splendeur profonde. Je ne me souviens plus de l'heure ni du lieu, Je ne revois plus rien, rien que ta tête blonde : Le malheur te fouillait de sa cruelle sonde, Mais ton œil se levait sans haine, fier et bleu.

Et ta sérénité hautaine semblait dire, Faisant face au fantôme énorme du destin : Je ne fausserai pas ma lèvre à te maudire ! Et je vis ta beauté, ta flamme, ton sourire Survivre harmonieux à ton bonheur éteint !

Chère, c'est là l'image entre toutes élue ;

Elle est en moi toujours, toujours elle me suit,

Telle qu'une clarté sans cesse reparue.

Plus vive quand plus d'ombre en mon âme se rue,

Mystique tremblement d'étoile dans ma nuit.

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