L'ETANG
Ce soir je veux aller, lorsque luira la lune, Errer sur le chemin qui domine l'étang ; Et je contemplerai l'eau pâle qui s'étend, Mystérieuse, au sein de la campagne brune.
Mes pas retentiront sur le terrain durci, Eveillant des échos au loin dans la nuit froide ; Et je reconnaîtrai la silhouette roide Des grands peupliers noirs qui méditent aussi.
Leurs troncs gardent le lac en file taciturne ; Derrière eux je verrai le bord lointain des eaux S'estomper au milieu de nappes de roseaux Sous le bleuissement de la clarté nocturne,
Alors je songerai, laissant errer mes yeux ; J'éveillerai des souvenirs dans le silence ; Et mon cœur s'en ira, de par l'espace immense, Ecouter d'autres cœurs battre sous d'autres deux.
Puis t'évoquant enfin dans l'ombre recueillie, Lamartine ! et rythmant tes magiques sanglots. J'apercevrai glisser sur la pâleur des flots Ton fantôme de gloire et de mélancolie.