AUX JEUNES ÉCRIVAINS
TOMBÉS SUR LE CHAMP DE BATxVILLE
Après une lecture du Bulletin des Écrivains.
Ah ! ce n'est pas ainsi que vous deviez mourir ! Il fallut donc, fronts lourds de l'œuvre commencée, Que le meurtre hagard vînt sur vous s'assouvir Et que le plomb brisât tant de jeune pensée !
Il fallut donc, beaux fronts que l'on vit, lumineux.
Incliner vos ferveurs pensives sous la lampe,
Vous évoquer soudain fracassés et hideux
Dans des champs infernaux où l'horreur blême rampe !
Tous nos morts sont égaux, d'une âpre égalité ; Mais votre sort est grand de ce qu'il symbolise : Vous êtes l'art saignant sous la brutalité, Le rêve aux pieds du crime et de la convoitise !
Adieu! Du corps glacé l'âme éternelle sort. Et vous vous évadez de la fureur humaine... O Seigneur ! conduisez le doux poète mort Dans un astre où l'amour a dévoré la haine !
Janvier /yij.
A J. M. RENAITÔUR