A DELPHIQUE
Delphica, c'est ton âme austère, C'est ton cœur pur, ce sont tes yeux Qui dans les formes de la terre Mettent pour moi l’esprit des cieux.
Avec l'argile ténébreuse De ma vie et de ma douleur Tu sculptes la statue heureuse De ma pensée et de mon cœur.
Gomme aux grands murs de la Sixtine, Vierge, tu flottes dans mon ciel, Courbant à la grâce latine L’esprit du nord torrentiel.
Haute raison, rythme sévère,
Cadence auguste, sous ton poing L’ombre renâcle avec colère.
L’informe ne t’attendrit point.
Près de Virgile, près de Dante Tu rêvais jadis ; aujourd’hui Ma cité sent ton épouvante,
Ta seule force me conduit.
Tu m’ouvres le secret des êtres Et je sais, dans les soirs pieux,
Que les grands chênes sont les prêtres De ton culte mystérieux.
Quand je marchais à ta conquête.
Gomme au-dessus des fronts élus Un aigle volait sur ma tête,
Mais un soir, ne le voyant plus.
O Sibylle, dans la montagne.
Sous les rouvres où tu dormais.
J’entendis pleurer la campagne Et se lamenter les sommets.
LE MATIN
Torrent de fleurs, marbre, lumière.
Tu dormais sous les chênes d’or... Dans flair sacré de la clairière Ton apparence dort encor...
Les grands vents de la solitude T’enveloppaient, et tu gardais Une si farouche attitude Que les vieux pâtres attardés.
Sous leurs mains cachant leur figure, Croyaient voir le Songe flottant.
Toucher l’Horreur de la nature,
Et s’enfuyaient en sanglotant.
O Delphique, ainsi les poètes Se détournaient de ton amour.
Et la ville était sans prophètes.
Ton peuple était muet et sourd.
Alors, ô souffle de ma vie,
Sous quelle forme, corps doré,
Tu brûlas mon âme ravie,
Mon cœur seul peut le murmurer...
La chanson des pâtres se mêle A tous les rêves de mon cœur.
O mon cœur, la saison nouvelle Sera celle de ton bonheur.
Les beaux rellets des eaux qui courent Dans mes yeux jettent leur lueur.
Le chant des hommes qui labourent Se mêle aux chansons de mon cœur.
O mon cœur, le printemps qui passe Est le rêve de ton bonheur.
Les beaux nuages dans l’espace Sont légers comme toi, mon cœur.