‹ Les chants séculairesChapitre 23 sur 62 · DERNIER MATIN · texte numérisé non relu

DERNIER MATIN

Pâle dans son peignoir de blanches mousselines,

Ce matin, me montrant Midi sur les collines Et le soleil couché sous la verte forêt.

Entre les grands rosiers au sourire empourpré,

Au seuil de la maison Delphique a murmuré :

« Partons... Ce monde est vieux, allons à l’aventure Vers un autre bonheur, vers une autre cité.

J’entends rire là-bas la jeune humanité.

Au-dessus des vallons la Victoire s’azure.

Puisque tu dois chanter le chant de la nature, L’hymne du siècle, viens, quittons la ville obscure. Ton fils naîtra parmi les feuillages flottants.

Je veux près de mon lit un berceau de verdure. Viens, on fauche les blés, ce n’est plus le printemps, O mon ami, l’été marche dans les campagnes, '

LE MATIN

Voici les jours brûlants, on moissonne, il est temps De cherclrer la fraîcheur aux gorges des montagnes.

Ah! souviens-toi, parmi les branchages épais,

Dans l’air vivifié par les neiges prochaineg^

Notre amour vigoureux s’accroît comme les chênes.

La forêt, de nos cœurs augmente^ encor la paix, Rappelle-toi ces soirs d’étoiles lumineuses.

Et ces tapis de mousse autour de la maison...

Ici, l’air étouffant de l’ardente saison

Vient au-devant de nous sous les branches poudreuses,

La fontaine est sans eau, les routes sont pierreuses, Là-bas, dans les ruisseaux, pousse le vert cresson.

Ah! viens. Nous dormirons sur les mousses heureuses.

Les chevaux sont sellés. Partons. Le ciel est bleu,

On dirait qu’au soleil se consume la ville,

Mais bientôt le couchant va sur les champs en feu Laisser traîner partout sa volupté tranquille.

Le long des chênes-verts, sous les grands noyers frais.

On entend murmurer les sources invisibles.

Le ciel est si profond, les champs. sont si paisibles,

Les serments que l’on fait de s’aimer sont si vrais.

Qu’on voit l’âme du soir errer parmi les branches Et l’ombre de l’Amour au fond des plaines blanches Se mêler un moment à la lune qui luit.

Nous nous arrêterons, pour y passer la nuit.

Dans une vieille auberge au détour de la route.

La chambre aux murs blanchis n’a qu’un grand lit; écoute,

CIIANT>S SKGULATUKS

La fenêtre est ouverte, une caàcade bruit A travers les grands pins argentés par la lune.

La lune s’est levée entre les peupliers.

Et sous nos pieds, en bas, dans la salle commune.

Avant de se coucher chantent quelques rouliers.

La lampe s’est éteinte, on a fermé la porte.

Sur la route, un moment j’entends quelqu’un marcher.

Et comme l’on a mis la bugade à sécher.

De grands linges neigeux luisent, et l’ombre apporte L’odeur des draps mouillés, à travers les rideaux...

Et la simplicité de ces choses rustiques.

Renouvelant en nous la paix des jours antiques.

Nous donnera demain une âme, un cœur nouveaux.

Et quand nous partirons, au trot de nos chevaux,

Caressés par le vent des montagnes prochaines.

Tandis qu’autour de nous s’éveilleront les plaines Et que les chênes d’or boiront dans les ruisseaux,

Nous laisserons couché sous les rideaux de serge,

Dans la chambre aux murs blancs de cette vieille auberge. Un souvenir, auquel nous reviendrons souvent.

Et nos chevaux joyeux henniront dans le vent. »

Page 1