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I.es chevaux arrêtés aux portes de l’auberge

Et ces hommes dormant dans les champs moissonnés

Mettent, ô bel enfant, dans tes yeux étonnés L’inquiète passion d’aimer et de connaître,

Tu chantes, et voici que du fond de ton être Montent, peuple brisant les murs de sa prison.

Les premiers pleurs d’amour de ta jeune raison.

Est-ce toi, cœur gonüé que la lumière enivre, Est-ce toi qui feras le geste qui délivre?

Ton front est large et pur, tes yeux ne mentent pas De l’invisible ciel un astre suit tes pas.

La forêt applaudit à ton jeune délire.

Saisiras-tu le glaive ou prendras-tu la lyre?

Vers ton peuple vaincu seras-tu l’envoyé?

Viens comme le matin sur ce pays noyé De brumes et pleurant ses provinces perdues. Éveille dans ton cœur les Muses attendues,

Marche dans les cités un laurier à la main.

Au troupeau sans berger montre un visage humain. Les temples sont déserts, les forêts sont muettes. Viens, comme après l’hiver viennent les alouettes. Viens, comme le printemps à travers le ciel froid. Les ruisseaux sont gelés, sois le torrent, sois roi.

Il naîtra de toi, Delphique,

Le beau jeune homme attendu, Le fils de la race antique, L’époux, le maître rendu.

Depuis longtemps dans tes rêves Tu l’entrevoyais, naissant Avec la fraîcheur des sèves Sous les flammes de ton sang.

Aujourd’hui le ciel te pare D’une divine langueur,

Ton triomphe se prépare.

Appuie-toi contre mon cœur.

Je devine une couronne Sur tes cheveux déroulés, L’enfant que le ciel nous donne Aura la santé des blés.

Tu m’as dil, dans cette aurore Qui baignait le blanc jardin :

« Mon bonheur s’accroît encore, Rien n’égale ce matin.

J’ai senti dans mes entrailles Palpiter le jour nouveau...

O mon enfant, tu tressailles Sous ces feuilles et cette eau.

Tu t’avances sur la route Avec l’aube, avec le vent.

Notre race revit toute Dans les voix du jour levant.

Oh! toi, mon amour, mon maître, Nourris-toi de mon bonheur,

Chère gloire qui vas naître Prends ta beauté dans mon cœur. »

LK MATIN

11 naît, ton âme respire Sur sa bouche, ton sein nu Porte le poids de l’Empire. ..

0 lait, coule : il est venu.

Dans les heures de colère J’ai pu maudire les dieux :

Chante l’hymne séculaire, 0 mon sang, sang radieux !

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