MATER NATURA
Du sein ravagé des épis Vénus en fleurs se dresse ardente.
« Ferme ta Bible. Laisse Dante, Viens au fond des bois assoupis
« Vivre... Les eaux ruissellent toutes, Les mousses font un lit épais.
Demain les blés seront coupés...
Laisse ta Bible. Fuis tes doutes.
<( Si tu crois toujours au démon.
Regarde-moi, je suis savante,
Je te donnerai, bien vivante,
Les délices de Salomon.
MIDI
(( En me voyant les loups sont ivres, Ma splendeur accable les nuits,
J’ai la verte fraîcheur des puits Et je brûle... Quitte tes livres. »
Elle rit dans son beau courroux,
Ses crins échevelés sur elle;
Elle étouffe une tourterelle.
Les grands blés fouettent ses flancs roux.
Elle accourt à travers les gerbes,
Ses yeux ont la couleur du ciel Et ses cheveux sentent le miel,
Des chiens la suivent dans les herbes.
« Vois-tu mon cœur qui resplendit?
Touches-tu ma splendeur réelle?
Je suis à toi. Suis-je assez belle?
Je suis la Force de Midi. »
Elle s’arrête, elle se couche Sous les cerisiers du verger,
Et sous le rosier ravagé Je sens son âme sur ma bouche,
Tandis que vers les noirs cyprès La Mort catholique s’échappe Et que les dieux tendent la nappe Des bleus festins au cœur des prés.
0 MARIA, ECGLESIA...
Conception immaculée,
Cité du ciel, maison de Dieu, Dressez sur la race souillée Vos murs de feu.
Vierge de feu, cité parfaite,
Que couronnent les Angélus, Vous nourrissez d’un pain de fête Les cœurs élus.
Les cœurs élus qui vous habitent Liés ensemble chaque jour Se transfigurent et palpitent Dans votre amour.
Dans votre amour le Fils réside, Par la porte de l’Orient Il entre en vous, il vient splendide Et souriant.
Son sourire en justice abonde,
Et maître des temps, peu à peu Il enracine au fond du monde Vos murs de feu.