L’INVISIBLE LAURIER
Les coteaux étagés où mûrit la moisson,
Dans le silence ardent que brisent les cigales, Meurent comme une vague au bord de Fborizon ; Pas un souffle; Pair dort sur les montagnes pâles.
Au-dessus de la mer qu’on devine, les dieux. Bercés par le mistral derrière les collines.
Au delà de la plaine- où se perdent nos yeux. Nous renvoient les reflets des campagnes marines.
T.K COUCHANT
Les grands champs de la mer fauves et scintillants Balancent au soleil leurs buissons de lujnière,
Et pour mieux modeler leur subtile matière Le ciel descend au cœur des beaux arbres brillants.
Port-Miou, Cassis, Bandol, eaux vertes, rouges criques, O placides pêcheurs en trempant vos filets A la beauté du soir confusément mêlés,
Peut-être songez-vous aux vagues Amériques?
Ici, loin de la mer, sous les branches des pins,
On ne peut qu’évoquer la volupté des îles.
Et lorsque le vent meurt sur les herbes tranquilles Rêver à la splendeur des tumultes marins.
J’irai, je laisserai la race inconsolable.
Et durant tout un jour, en face de la mer,
Les cheveux dans le vent et les pieds dans le sable. Je mordrai Pair qui garde un goût de sel amer.
Puisque sur tes rochers, ô Méditerranée,
Aïeule dont le ciel baise le cœur guerrier.
Comme aux jours glorieux où la Provence est née. On sent germer encor l’invisible laurier.
L’invisible laurier qui pousse Au cœur des hommes d’aujourd’hui Jette son ombre forte et douce Sur le maître qui nous conduit.
Le maître que la terre envoie,
Le dur chasseur que nous servons, Fait lever les bêtes de proie Sur les routes que nous suivons.
Ce jeu lui plaît, rien ne le lasse;
Si comme Enée il est pieux,
Son plaisir est la juste chasse :
Que Fon aiguise les épieux.
Dans Faboiement des chiens de guerre Qui se disputent le gibier,
Se reposant dans sa colère,
A l’ombre de quelque gerbier.
LK COUCHANT
Après l’ardente boucherie Le jeune roi de nos vingt ans Voit les pères de la patrie Se pencher sur notre printemps.
Dès que nous entrons en campagne, A travers les chênes gaulois L’œil des aïeux nous accompagne Du cœur des éternelles lois.
Les races ont leurs purgatoires, Délivrons nos morts anxieux :
A chacune de nos victoires
Tout un vol d’âmes monte aux cieux.
Mais déjà les troupeaux regagnent les étables,
A présent le soleil descend sous l’horizon,
La campagne s’endort sous les monts vénérables A la douceur du soir, ouvre-toi, ma maison.
Là-bas, la ville rêve au pied de la Victoire,
Je Taime, je la vois, je la touche des yeux...
O ma cité, c’est toi, mon humain purgatoire :
Je souffre, ils ont souillé ton corps délicieux.
Mais je veux contempler ton immortel visage.
Ce soir, mon cœur est fort, le soleil m’a nourri.
Tu m’apparais guerrière, une fleur au corsage,
Sous tes clochers dorés Minerve m’a souri.
Le crépuscule ardent te couronne et t’adore.
Sur tes toits sont assis de lumineux brouillards,
Et tu joins sous ton front qu’une fièvre dévore
Les espoirs du jeune homme aux soucis des vieillards.
L’immense paysage est là qui te regarde,
11 s’éteint, et voici, tu t’endors à ton tour.
Dans les bouquets de pins le ciel rêveur s’attarde A caresser encor ce qui reste de jour.
Mais nous, nous que le vent des temps nouveaux inspire Nous en qui croît la plante invisible des dieux.
Nous pouvons de nouveau te promettre l’empire :
Un héros, un prophète, un Roi te vient des cieux.
LE COUCHANT
Je ne quitterai pas la race inconsolable,
Je n’irai pas pleurer en face de la mer,
Puisque c’est dans ton cœur, hors du temps périssable, Que se nourrit et croît le grand Laurier amer.