‹ Les chants séculairesChapitre 61 sur 62 · CHANT FILIAL · texte numérisé non relu

CHANT FILIAL

Si les dieux paternels qui nourrissent le monde Ont au flanc de Vazur éveillé mon berceau,

Ton sein, brillant d’un lait où la justice abonde, A soutenu mon front gonflé d’un jour nouveau,

0 ma mère, et tes mains invoquant la lumière Pour fiancer mon corps à la pure raison Ont consacré mon cœur au cœur de la matière, Et les lauriers depuis parfument la maison.

Quand le ciel respirait devant notre fenêtre Aux fraîcheurs de la nuit offrant ma face en feu Tu m’ouvrais lentement les délices de l’être. L’astre nous couronnait d’un diadème bleu.

LE COUCHANT

Quand Vauhe se penchait en buvant aux fontaines, Dans la foule des blés quand brillaient les hameaux, J'embrassais tes genoux devant Vautel des plaines. Mes mains brûlaient du sang de la terre et des eaux.

La douceur de ton cœur, ô mère, n'est pas morte, Dans les blanches splendeurs de la mer et du soir Jusqu'à ton cœur de feu ton souvenir m'emporte. Tu ne m'as pas quitté, près de moi viens t'asseoir.

Tu souris sur le seuil des églises limpides Qu'ouvrent derrière toi les gouffres de l'été.

Car les flots du soleil dans les sépulcres vides T'ont rendu les trésors de la virginité.

A tes pieds le flot pur des herbes coule et brille, Assise sur le seuil du temple, un olivier Adoucit ton éclat de son ombre tranquille.

Mais tu tiens dans tes mains les flammes du laurier.

Lorsque les soirs pâmés sur les touffes de roses Ouvrent au fond de nous quelque antique douleur^ Les mains jointes^ entends, sous tes paupières closes Ma voix comme un écho de nos jours de bonheur.

Tu n'as jamais quitté la maison de mon père,

La maison où jadis le ciel mêla nos sangs,

Mais ta mort m'a rendu la lumière plus chère,

0 Justice, 0 Beauté, douceur des cœurs puissants.

Tu vois battre le cœur des arbres dans V aurore, Dans la pmœ étendue où revivent tes sens Un monde sans douleur f environne et t'adore.

Les monts devant tes yeux brûlent comme un encens

Sur des rocs foudroyés un bois de pins rayonne, JJhéroïcjue parfum des dieux est sur la mer,

La mer fume, le vent emporte une couronne,

Midi flambe au plus haut des sommets de V éther.

0 mère, que tes mains bénissent, voici Vheure,

Nous allons conquérir un empire inconnu,

Les vents venus du sud battent notre demeure.

L'été de notre race, o ma mère, est venu.

LE COUCHANT

Gloire, source de vie, air de l’antique France, Mélancolique orgueil dont s’enivrent nos cœurs, Nourrice des vertus, à travers ma souffrance Fais monter et crier tous tes aigles vainqueurs.

Quand nous veillions penchés sous la lampe, les vierges Ont entendu des voix sortir des vieux cyprès.

Sur les autels brisés s’empourprèrent les cierges.

Les veuves ont cousu les drapeaux déchirés.

Au bord du cimetière, où le sang des ancêtres Dans les rosiers en fleurs remonte vers le jour.

Nous avons réuni les bergers et les prêtres.

Et les vieillards pleuraient à l’appel des tambours.

Le blé pousse toujours sur les terres françaises,

Des chevaux ont brisé le front de nos aïeux,

La guerre dans les bois déchaîna ses fournaises.,.

Nos mères nous portaient alors, espoir des dieux.

La France nous conçut dans cette heure farouche Pour que fleurisse encor ta tige, laurier saint! Elle nous mit le goût de la gloire à la bouche. Elle étanchait son sang en nous offrant le sein.

Ses villes ont posé, pour calmer leurs blessures,

Leur main pâle et sanglante au bord de nos berceaux ,

Et rôdeur des combats mêlée aux figues mûres Flottait, quand nous naissions, sur les champs provençaux.

Mais plus tard nous avons, sur les rives du Rhône, Vu renaître de Veau les vieux dieux oubliés,

D'un antique olivier leur troupe se couronne.

Les hommes de ma race à leur sang sont liés.

Dans la Provence d’or flotte Vair de VHellade,

A peine si les pins rendent le vent amer.

Au pied cVun mont sacré s’endormait ma bourgade. Enfant, je le gravis pour voir blanchir la mer.

Je vis le ciel, je vis les îles parfumées,

Les moissons, et le soir tompant avec langueur. Quand j’aperçus du bourg les lointaines fumées j’aurais voulu presser le monde sur mon cœur.

LE COUCHANT

Et je coîinus les dieux : du ciel brillant et juste Us laissent leurs regards descendre jusqiC à nous. Pour temple ils ont élu parfois un front robuste^

Je me suis endormi souvent à leurs genoux.

Cest toi qu'ils ont choisie^ ô mère., pour m'apprendre A su ivre le chemin de leurs calmes vertus y Sur ta bouche leur voix m'a parlé, grave et tendre. Depuis que tu n'es plus, hélas l ils se sont tus.

Mais de soir tu reviens, montre-toi, pur visage... Un nuage doré défaille au bord de U air.

Les dieux ont consacré ta bouche simple et sage^ Je sens ton âme encor descendre dans ma chair.

Je f écoute, tu dis : « Au-dessus des collines Assieds-toi sur le mont couronné par le soir, Laisse flotter tes mains dans les sources marines. Vois l'aube lentement enflammer le ciel noir.

« Tu sentiras alors ruisseler dans tes veines La même vie auguste et les mêmes frissons Que tu voyais jadis palpiter dans les plaines,

Tu comprendras alors les muettes moissons.

« Le chêne et les lauriers et les tièdes rivières \

Ont conservé l’espoir de retrouver leurs dieux,

Les dieux sont là, leurs pieds font tressaillir les pierres, Déjà leurs beaux cheveux ont parfumé les deux.

« Les divins forgerons que Vhivér faisait taire,

Et qui gardent le feu, père de l’univers.

Au fond des gouffres d’or s’éveillent, sous la terre Ils forgent en chantant le'germe des blés verts.

(( Ils ont couvert la mer d’une blanche fumée,

El déjà, dans le soir, pour bénir leurs travaux. Ils voient passer la Mère à la robe enflammée,

Qui laboure les monts avec de noirs taureaux.

« Avec un soc d’argent ma charrue est d’ivoire, Devant elle s’ouvrent les rocs et les ruisseaux,

Le parfum des moissons couvre la terre noire,

O fils, entends trembler le cœur profond des eaux.

LE COUCHANT

« Sur les champs où flottaient mille parfums humides, Au ciel, d'où la blancheur des astres s'^écoulait,

Je trouvais, ô mon fils, pour tes lèvres avides,

La force et la douceur dont tu buvais le lait.

« Mais le feu nourricier de la grande matière Dont, lorsque tu naquis, j'entrevis la splendeur. Maintenant brûle en moi dans sa puissance entière. Des mères et des dieux éternelle vigueur.

Un immortel printemps environne la terre,

U âme des morts heureux habite vos maisons. J'ai visité souvent ta chambre solitaire Si mon âme a battu dans le cœur des saisons.

« Avec toi je veillais et je lisais ton livre.

Vers d'autres deux, vers d'autres plantes, d'autres eaux J'entraînais ton esprit, la lumière délivre,

La terre te parlait dans le chant des oiseaux.

« J'aime les rocs fendus par des mains éclatantes. L'odeur du miel y rôde au flanc des ruches d'or, Viens m'y trouver parfois sous les roses montantes Et dans la grotte fraîche où la colombe dort.

(( Là, je V enseignerai les secrets de la terre,

Tu porteras la fleur du monde dans ta main,

Et tes chants rempliront les hommes de mystère Comme pour les nourrir ton père fait le pain, )>

TABLE

PRÉFACE

Pages.

La Renaissance classique i

V arbre battu par les grands vents 5

LE MATIN

I Pour chanter de nouveau quelque immortel poème, 9

TI Un poëme nouveau circule 13

III Nicolas Poussin 15

IV René Descartes 17

V Voici les jours dorés où les ruches essaiment, . . 20

VI Les étoiles de la patrie 22

VU Premier matin, 24

TABLE

Pages.

Vlll Le poète offre son livre au Soleil 26

IX Prière du matin 30

X Là-bas, clans le matin levant 32

XI Le Chêne 33

XII A Delphique . 37

XII [. La chanson des pâtres se mêle 40

XIV Au rayon de soleil qui tombe sur ma table. ... 41

XY Le dimanche d’Hans Sachs 44

XVI Et comme toi, Hans Sac hs^, le dimanche matin, . . 48

XVII Le Laurier 51

XVIII Inspiration 53

XIX Nous nous sommes couchés si tard 56

XX Je veux laisser en moi parler les paysages 57

XXI Mais tu m' as dit '.(a Oh lnon,le bonheur n'est possible, 59

XXII Rien n'imposera silence 61

XXIII Non, le poète, ô Dieu! qu'au fond du soir écoute, , 64

XXIV Vie ardente ! Soleils nouveaux 1 68

XXV Le Temple 71

XXVI Nous entrons dans la grande vigne 74

XXVII Éveil 77

XXVIII It naîtra de toi, Delphique 79

XXIX Dernier matin 82

XXX Chant doré 85

MIDI

I Le Poëme 97

II Dans Vheure ardente rien ne vit. Vhorreur lyrique 99

III L'amour foule d'un pied superbe 103

IV Mais Delphique m'a dit : « L'amour n'est pas sem-

blable 105

V Le Poëme de TÉpouse . . . . 107

VI Romance 112

TABLE

Pages.

VII Tu regardais la mer,.. Couché sur la falaise., . . 114

VIII Dans le vent de la mer les plaines sont heureuses, 116

IX Le Chant des Blés 119

X Chant séculaire. . 122

1 — Dans les batailles lyriques 122

2 Tu m'as donné la main., Femme^ et je t'ai suivie, 124

3 Je connais le bonheur tranquille des époux. , , 125

4 Mon père a relevé la maison des ancêtres, ... 126

5 Écoute-moi... Ce soir s'ouvre profond et pur. . . 127

6 Sous le ciel gris les pins humides de la lande. . 128

7 Ferme tes livres... Rien de ce que tu m'as lu. . 129

8 Lorsque les amandiers en fleurs., comme unpoëme . 130

9 — Dans les rochers entrouverts 131

10 Lorsque l’enfant viendra ce sera dans un jour. 132

11 Un fleuve de soleil coule devant la porte. ... 133

12 Comme tu le voulais., nous avons vu la mer. . . 134

13 O corps de l’homme, en toi le monde se modèle. 136

14 Ah l le monde est semblable à l’homme, m' as-tu dit, 137

15 Aix s'endort chaque soir au pied de la Victoire, 138

16 Emplis tes yeux du jour sacré de ce pays, , . 139

17 — On disait la race morte 140

XI La Gloire de Marseille 142

XII Dans les bras de la mer dorée 146

XIII L’Apothéose 148

XIV Romance 151

XV Le Poëme de l’Époax 153

XVI Renaissance 158

XVII Lecture de la Bible 161

XVIII « Mater Natura » 164

XIX a O Maria, Ecclesia » 167

XX Chant héroïque pour la Bien-Almée 169

TABLE

LE COUCHANT

Pages.

I Le couchant 177

II Contemplation 180

III Dernier rayon 182

IV L’Hymne 184

V La Guérison 186

VI Hélène 188

VII Beauté d’Hélène 190

VIH Crépuscule. 194

IX Diane de Poitiers 197

X Soir païen 199

1 O doux vents de ma solitude. 199

2 Toute pensée est illusoire 200

3 Sous les arbres dorés la table d'or aussi 201

4 Le monde entier n'est qu' apparence 203

5 O mon corps, ô mes yeux^ ma bouche 204

6 La nuit vient. Le lâche s’afflige 205

7 Nous partirons à l’aventure . . ./ 206

8 Yénus le veut. Ne sois plus triste 208

9 J’ai chanté la chanson bacchique 208

XI Nocturne 211

XII A Louis A 214

XIII Vénus offerte 216

XIV Innocence 218

XV LHnvisible lauriek 220

XVI Jaloux dans l’ombre. , * 226

XVII Gustave Courbet 228

XVIII Le retour 230

XIX A Léo Larguier 232

TABLE 285

Pages.

XX SOIK MYSTIQUE 235

1 Au fond de ma tiede cellule . 235

2 Toi que j’ai fait à mon image 236

3 Dans le ciel triste et pur la Vierge a vu le soir, 237

4 Inaltérable vérité 238

5 La douce enfant couchée au milieu des brebis, , 239

6 Vierge Marie ^ en qui j’ espère,, . 241

7 Tout dort dans le cloître fermé 242

XXI Le soir tombe. Là-bas, sur la plaine apaisée. , , , 243

XXII Ebauches 245

XXIII Sous les parfums, ce soir^ tu luis comme un autel, 249

XXIV L’Isoleuient 252

XXV Prière du soir 255

XXVI Méditation 261

XXVII A Pierre Laprade 265u

XXVIII Don du Feu 267

XXIX L’OEuvre 269

XXX Chant FILIAL 272

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