L’ŒUVRE
Fais ton œuvre. Le reste est vain.
Le monde tranquille et superbe Autour de toi, pauvre brin d’herbe, Accomplit son travail divin.
Tu n’es rien. La nuit solennelle Apporte à ton cœur soucieux La plainte obscure des essieux Que la terre courbe sous elle.
Elle va, comme un char de feu, Par les routes d’or de l’espace ; Sur elle pèse la menace, L’ombre gigantesque de Dieit.
Qu’est-ce que la nuit élabore?
Demande à ton cœur les Secrets Qui demain sur les bois dorés Feront monter la vaste aurore.
Fais ton œuvre. La lampe luit Allumée au feu des étoiles,
Les Mères tremblent sous les voiles De ta pensée et de la nuit.
Sous les astres qui la protègent La France rêve à son destin,
Pour hâter le royal matin Chasse les ombres qui l’assiègent.
La troupe errante des espoirs Se pose au front des villes blanches.
Caresse le blé sous les branches Et les flancs des navires noirs.
Ceux qui jetèrent les semailles Dorment à côté des sillons.
Mais tous les troupeaux des vallons - Sont en marche dans les broussailles.
LE COUCHANT
Fais ton œuvre. Sois le berger, Sois le semeur, sois le navire.
Arrête au moment qui t’inspire L’univers en train de changer.
Fixe sur la toile légère De tes rythmes sans ombre encor Le patriotique décor D’un pays qui se régénère.
Si tu veux effacer l’affront,
Sur l’airain noir d’une cuirasse Grave le réveil de ta race,
Et les chiens du Nord aboieront.
•Mais si l’enfant pensif qui passe Devant ta fenêtre ce soir Voit briller ta lampe d’espoir Comme une étoile dans l’espace.
Sois heureux, l’instant est divin, Tu sentiras dans ce jeune être La France de ton cœur renaître.
Fais ton œuvre. Le reste est vain.