‹ Les chants séculaires. Préf. de Louis BertrandChapitre 48 sur 63 · A LOUIS A · texte numérisé non relu

A LOUIS A

Vous m'avez dit : « Le soir, lorsque après tout un jour

De chicane, affamé de lumière et d'amour.

De mes tristes papiers je lève ma figure.

Quand, jetant dans un coin toute la procédure,

Je laisse mes plaideurs se déchirer entre eux.

Un moment, m'échappant de mes cartons poudreux,

Comme un convalescent qui pousse sa croisée

J'ouvre enfin votre livre et je lis... 0 rosée,

0 souffles du matin, longs murmures heureux,

Vers mon cœur, à flots d'or, de tous les chemins creux

Viennent les dieux errants de la verte campagne.

Le chant des chevriers cachés dans la montagne

Répond à la chanson des bûcherons voisins.

Le vent, à large houle, au fond des bois de pins

Emporte les reflets de l'étang et des plaines.

De Pan et de Vénus s'endorment les haleines,

Le silence attiédi frôle à peine les lys. Je vais à pas rêveurs à travers un pays l Calme et pur, où la nuit descend sur les platanes, i Et si bleu, qu'on croirait (jue Puvis de Chavannes i En peint la fresque auguste au mur tremblant du soir. ' Et -vous-même, ô poète, il me semble vous voir t Causant sous les lauriers avec l'ombre du maître... 0 poëme!... et voici qu'au bord dé ma fenêtre Le crépuscule est plein de rayons et d'oiseaux. Je regarde la rue avec des yeux nouveaux, Et les mots que J'ai lus s'envolant de mon livre, Autour de moi, dans l'ombre, ils me semblent revivre, Et je vois les jaiaisous, comme si je rêvais. Prolonger la beauté des vers inachevés... »

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