‹ Les chants séculaires. Préf. de Louis BertrandChapitre 60 sur 63 · A PIERRE LAPRADE · texte numérisé non relu

A PIERRE LAPRADE

Mon Laprade, prends-moi la Muse que j'adore, Jette-la sur le lit de pourpre, au bord du ciel. Et dans le grand jardin plein de fruits et de miel Fais dans les hauts lauriers rire la jeune aurore.

Tâche, dans Tair fraîchi, que l'on entende un peu La fontaine couler au pied du vieux platane; Répands autour du lit la corbeille d'air bleu Qui caresse les parcs attendris de Ce'zanne.

Que ton âme de peintre arrête à l'horizon L'étoile du berger au-dessus de sa tête. Laisse couler partout de ta chaude raison Les lignes d'or, l'éclat dore' d'un jour de fête.

Suspends les longs colliers aux branches des rosiers,

Accumule à ses pieds les luisantes étoffes.

Que de beaux enfants nus secouent les cerisiers,

Et qu'on sente sous bois rêver l'œil bleu des strophes.

Car avant de chanter une dernière fois Une strophe d'amour à la fin du poëme Je veux que le frisson des jardins et des bois Enveloppe le cœur de la Muse que j'aime.

Baigne-la du rellet des sources, ses yeux las Adorent la caresse éparse du feuillage, Et sur les murs du parc, au-dessus des lilas, Montre les volets clos des maisons du village.

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