SES CARACTÈRES PARTICULIERS
Je n*ai pas rencontré de nodules siliceux ou de plaquettes silicifiées, dans l'épaisseur de mes échantillons du schiste du Bois d'Asson, il ne m'a donc pas été possible d'observer la gelée fondamentale, avec Taspect qu'elle avait au moment de son dépôt. De même que pour le Brown Oilshale, je ne puis décrire cette gelée que d'après ses parties soUdifiées et contractées. — Pour l'étude de la gelée ainsi contractée, les préparations doivent présenter les qualités que j'ai énumérées page 3i (i). ,
En dehors des fentes à exsudât, la gelée fondamentale du schiste du Bois d'Asson a une structure uniforme dans toute
(i) Parmi les échantillons que j*ai reçus de la vallée de la Largue, j'ai trouvé un calcaire très argileux avec zones silicitiées présentant la gelée fondamentale dans son état primitif avec pollen de pin et Desmidiées bien étalées. Il se pourrait donc qu*en cherchant plus longuement dans les couches de schistes on trouvât quelques parties siliciliées. Elles donneraient de précieuses indications. Malgré son aspect et sa dureté la dalle qui forme le toit ne montre la gelée fondamentale que contractée. Cette gelée y est déchirée en un réseau de plus en plus raréiié dont les mailles sont comblées par de la matière minérale.
sa hauteur. Il s*agit d*une gelée nettement stratifiée (fig. 3o, PI. V). Sa stratification est fortement soulignée par les grains de pollen, par les thalles, par les spicules et par les lamelles bitumineuses. — Cette gelée fondamentale est jaune clair, très pâle, par conséquent à un état de transformation humique très peu avancé. Elle rappelle les zones claires du Brown Oilshale. Le degré d'humification était le même dans toutes les parties de la gelée. De là une teinte uniforme qui contraste avec la structure zonée du schiste écossais. 11 s'agit dans cet exemple d'une gelée humique pure sans intervention de matières stercoraires.
La gelée fondamentale du schiste du bois d*Asson est très légèrement réticulée. Cette structure n'est rendue sensible que par une teinte rousse qui dessine un fin réseau à mailles horizontales ondulées. On passe de la partie rousse à la partie jaune; il n'y a aucune limite nette entre ces deux parties. On remarque seulement que les gouttelettes et les fines lamelles bitumineuses sont toujours dans l'épaisseur des filets de la trame rousse. L'indication de cette structure réticulaire ne peut être saisie du premier coup d'œil. Il faut un examen prolongé des coupes pour la reconnaître. Cette réticulation n'est peutêtre due qu'à une contraction locale un peu plus forte des parties de la gelée qui sont au contact immédiat des parcelles bitumineuses. J'ai des raisons de penser cependant qu'il y a là rindice d'une première tendance de la gelée fondamentale à se séparer en un coagulum réticulé et une partie un peu fluide, au moment où la gelée a fait prise. Une gelée aqueuse de gélose à o,oo4 donne, en se solidifiant, l'image d'un fait analogue. Cette première trace de réticulation dénote aussi pour moi une consistance moins forte de la gelée fondamentale. La dilution de celte matière lors de sa précipitation était plus grande. Le réticulum et la partie claire sont également répartis à travers Umte la masse.
On voit une confirmation de Texistence d'une partie plus fluide dérivant de la gelée fondamentale dans la matière qui emplit les cavités des objets qui y sont immergés. Ainsi, la cavité des spicules fusif ormes, celle des spicules sphérolaires, celle des Diatomées (fig. 55, PI. VI), est comblée par une substance jaune pâle à peu près aussi réfringente que les parois des cellules poUiniques. Elle est sans bactérioïde ou très pauvre en bactérioïdes. C'est la partie la plus fluide de la gelée fondamentale qui a flltré à travers les petits orifices des spicules et des Diatomées ou à travers leurs parois et qui est venue combler leurs cavités (fig. 3r, PI. V).
La réfringence de la gelée fondamentale est très voisine de celle de la paroi des grains de pollen enfermés dans cette gelée. Comme la coloration des deux corps est peu dilTérente, toutes les fois que les grains de pollen s*y présentent sons une faible épaisseur, ils échappent à l'observation. C'est ce qui arrive régulièrement sur toutes les coupes horizontales et sur les coupes verticales qui sont très minces. Les Diatomées à parois minces échappent au contraii*e sur les coupes verticales épaisses, tandis qu'elles restent très visibles, à cause de leurs ornementations, sur les coupes horizontales. Quand on constate ainsi avec quelle facilité, des organismes aussi diflérenciés que des grains de pollen et des Diatomées échappent à l'observation, on peut se demander si une foule d'autres organisnes, dont la membrane est moins caractérisée, ne nous échappent pas complètement dans l'épaisseur de la gelée fondamentale. Les colorations électives que j'ai tentées ne m'ont rien donné qui indiquât la présence de tels êtres, mais je reconnais volontiers qu'il faudrait multiplier beaucoup ces essais avant de se prononcer définitivement. 11 y a là une technique qui est à créer tout entière.
La gelée fondamentale du schiste du Bois d'Asson a fait rapidement prise. Cela résulte du fait que les spicules lourds
* en navette y sont couchés horizontalement et tenus en suspension, isolés et par petits groupes (fig. 3o et 3a, Pi. V). Les fragments du grand Orthosira ont la môme attitude. Naturellement et comme conséquence, les spicules sphérulaires, les carapaces de Diatomées, le pollen et les thalles sont tenus en suspension et posés horizontalement. Les thalles sont très affaissés. Les faces opposées de chaque grain de pollen sont exactement rapprochées au contact. Tous ces corps tiennent intimement à la gelée et font corps avec elle. Ils y demeurent enfermés même dans les minces lambeaux qu'on voit flotter à travers les fentes horizontales tardives (fig. 3i, PI. .V). L*aÛaissement du pollen étant ici plus complet que dans le Brown Oilshale, la consistance de la gelée tertiaire était plus faible que celle de la matière humique permo-carbonifère. En aucun point la gelée fondamentale ne montre d'indication d'écrasement ou d'affaissement sous son poids.
La gelée fondamentale avait déjà fait prise, quand elle a été pénétrée par le bitume ; cependant cette gelée était encore très molle comme le montre la dispersion des gouttelettes d'hydrocarbure. D'autre part, les petites masses de bitume s'étaient déjà solidifiées et faisaient complètement corps avec la gelée, quand celle-ci s'est déchirée par des fentes horizontales. La prise de la gelée a donc été rapide mais sa première consistance était assez faible.
La gelée fondamentale a parfaitement conservé les corps qui y sont enfouis. En particulier, on dirait que les thalles y ont été fixés.
Les corps bactérioïdes sont peu nombreux dans cette gelée eu égard à la quantité qu'on en trouve ordinairement dans les autres charbons. Ils sont par contre exceptionnellement nombreux dans cet exemple, eu égard à la très faible quantité de menus débris végétaux humifiés qui les accompagnent. Ils sont ici particulièrement visibles parce que les macrococcoïdes sont parti-
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ciilièrement nombreux et bullaires. 11 y a été reconnu de très * petits micrococcoïdes, des macroeoccoïdes et des bacilloïdes (fig. 3i, PL V). Ces corpuscules bactérioïdes ne sont pas couchés et affaissés comme les corps qui les entourent, ils ont Tair d'être en suspension et comme flottants. Cette allure des bactérioïdes est tout particulièrement accusée dans Texsudat des fentes horizontales. Dans la gelée fondamentale, les corps bactérioïdes ont une répartition assez uniforme. — Ils sont encore plus visibles dans les exsudats. Là ils sont bien isolés, nettement flottants. On y voit des bacilloïdes verticaux et inclinés. Certains d'entre eux, légèrement courbés à une extrémité, ressemblent aux germinations de certaines bactéries (fig. 33, PI. Y). Les macroeoccoïdes sont sphériques, de taille assez variable; ils mesurent de o ;jl 7 à 1 \l a. Ils sont bullaires, leur surface formant membrane. Autour est une autre enveloppe transparente, qui se fond avec la gelée fondamentale. Cette enveloppe n'est peut-être qu'une condensation locale de la gelée fondamentale. Il n'en est pas tenu compte dans les dimensions cidessus. Ce sont des corps réfringents et brillants comme des spores de bactéries, mais nettement bullaires. Ils ont les mêmes caractères sur les coupes horizontales et sur les coupes verticales (fîg. 33, 33, PI. V). — Les macroeoccoïdes sont souvent mêlés de bulles irrégulières étalées horizontalement. J'en ai représenté quelques-unes (fig. 34, PI. VI). On peut remarquer que ces bulles ont, elles aussi, une surface formant membrane et autour une gaine jaune clair. Nous trouverons des caractères analogues encore plus accusés autour des bulles des gouttelettes bitumineuses (fîg. 4»^» PI- V). Je ne crois donc pas qu'on puisse voir dans ces grandes bulles irrégulières de la gelée fondamentale, autre chose que des formations accidentelles et qu'on puisse les rapporter à des Bactéries géantes ou à des formes d'involution. On peut rencontrer des macroeoccoïdes libres dans des bulles semblables. J'en ai représenté des
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exemples (fîg. 3i, PL V, fig. 35 et 36, PI. VI). — Les macrococcoïdes sont relativement nombreux.
Les micrococcoïdes sont extrêmement petits. Ils mesui*ent o fx I à o {JL a. Us sont uniformément mêlés aux macrococcoïdes et plus nombreux que ceux-ci. Ces corps sont trop petits pour qu'il soit possible de décider s'ils sont pleins ou creux. Ils m'ont souvent paru bullaires. Ils sont isolés. Je n'ai pas observé les groupements en diplocoques , signalés dans le Brown Oilshale.
Les bacilloïdes sont des corps en bâtonnets, d'aspect buUaire, dont la surface fait membrane. Autour est une enveloppe transparente qui passe au fond. La bulle a un contour très nettement limité. Elle mesure a à 4 p- de longueur sur o [i 5 à o [1 7 de largeur. Elle est arrondie aux deux bouts. Quelquesunes de ces bulles sont horizontales, d'autres sont redressées ou même verticales. Quelques-unes ont une extrémité courbée. Je n'ai jamais vu de macrococcoïdes dans ces bacilloïdes. L'aspect brillant et bullaire des bacilloïdes est le même que celui des macrococcoïdes. Les bacilloïdes sont peu répandus. Les fig. 3a et 36, PI. V et VI, représentent une des régions les plus chargées que j'aie dessinées.
B. — CONTRACTION DE LA GELÉE FONDAMENTALE. — SES DÉCHIRURES HORIZONTALES. — l'eXSUDAT QUI REMPLIT LES FISSURES HORI- ZONTALES.
J'ai déjà relevé une première contraction de la gelée fondamentale contemporaine de sa coagulation. Elle n'est peut-être que la conséquence immédiate de l'action des gouttelettes bitumineuses sur les parties de la gelée avec lesquelles elles étaient en contact; mais il suflit qu'une gelée soit très diluée pour qu'elle présente spontanément cette tendance à se séparer en un coagulum réticulé et une matière de remplissage plus fluide. Cette première contraction a été ici très faible. De ce lait, la
réduction de volume de la masse n'a pas été sensible, la gelée en a conservé seulement une structure réticulaire.
Les grandes contractions sont postérieures à cet état. Elles se sont exercées ici sur une gelée ayant une structure stratifiée et réticulée. Nous pouvons avoir une idée assez précise de la contraction totale subie par la gelée fondamentale pendant sa solidification, grâce aux repères que nous fournissent les spicules lourds et les grands disques d*Orthosira. La contraction subie par ces corps siliceux, en se desséchant, a été faible. Elle n'a que légèrement modifié leurs dimensions primitives. Mesurée par rapport à des spicules et à de gros disques d'Orthosira, la contraction de la gelée fondamentale à été trouvée de a sur la verticale, de i,53 sur. l'horizontale transverse et de 1,43 parallèlement aux fentes longitudinales. G*est en volume une réduction totale de ^^3'j, La concentration de la gelée humique par rapport à son état primitif serait ainsi inférieure à 5 ou 6. Cette concentration serait donc extrêmement faible, elle ne donnerait pas une gelée solide. La gelée brune n'a donc pas fourni à elle seule par le fait de sa contraction la totalité des matières hydrocarbonées contenues dans le schiste du Bois d'Asson. De là l'obligation d'un enrichissement de la masse en hydrocarbures par un apport étranger.
La gelée du schiste oligocène n'a pas été coupée par de grandes fentes obliques comme celles du Brown Oilshale. Elle n'a pas présenté non plus ces glissements qui déterminent la structure en stratification disloquée.
La contraction horizontale a déterminé l'ondulation des grains de pollen. Pour la même raison les Diatomées sont souvent pliées en oo ou en N (fig. 3i, PI. V). La gelée s'est donc plus fortement contractée dans le sens horizontal que ces corps. Aucun d'eux n'offre ces fentes verticales si caractéristiques d'une contraction horizontale plus intense des corps
cellulosiques enfouis dans la gelée fondamentale du Kérosène shale d'Hai*tley. Très tardivement, après solidification complète de la roche, la contraction horizontale a déterminé de grandes fentes verticales. Ces fentes sont demeurées ouvertes. Les lits de la gelée stratifiée y forment saillie. Ces fissures verticales sont comblées par de grands cristaux tardifs qui ont ressoudé la roche. Il n*y a pas d'exsudat dans ces fentes verticales. Elles coupent les fissures horizontales.
La contraction verticale est particulièrement intéressante. Son action modificatrice s'est fait sentir alors que les gouttelettes bitumineuses solidifiées faisaient déjà corps avec la gelée fondamentale; cependant la masse était encore assez imparfaitement solidifiée pour laisser filtrer un exsudât chargé de Diatomées et de fins spicules dans les déchirures produites. On voit en effet dans la masse de la gelée, très irrégulièrement réparties, plus nombreuses au voisinage des grandes fentes horizontales tardives, de petites fissures horizontales ou presque horizontales, les feuillets de la gelée se sont écartés comme on écarte les doigts de la main placés horizontalement, en circonscrivant de petits espaces lenticulaires à angles latéraux très aigus (fîg. 3i, PI. VI). Des lits partent de la marge de ces lentilles et tantôt les traversent, tantôt s'y arrêtent nettement rompus. Un exsudât de remplissage dense comble les cavités de ces fissures. La gelée qui entoure ces lentilles, les ponts qui la traversent, les trabccules ou lamelles qui s'y avancent, ont une structure uniforme ; c'est celle de la gelée fondamentale avec tous les corps accidentels dont elle est chargée, spicules lourds, disques d'Orthosira, grains de pollen, thalles, corps bactérioïdes en nuage, gouttelettes et lamelles bitumineuses; ce sont là des parties de la gelée fondamentale écartées les unes des auli*es par simple traction mécanique. L'exsudat ne représente pas une pelote gélatineuse d'une autre nature déposée en même temps que la gelée générale. Rien
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dans Fattitude de la matière de remplissage ne justifie cette manière de voir. Les trabécules tendus à travers les fissures nous permettent de constater de plus que leur gelée fondamentale contient des gouttes et des lamelles de bitume semblables à celles du reste de la gelée. Le bitume y existait solidifié quand ces trabécules se sont séparés des lits voisins.
La matière de Fexsudat a une structure très uniforme qui contraste vivement avec celle de la matière entourante (fig. 33, PI. V). Elle présente une gelée fondamentale très pâle, presque incolore, consistante. Dans celle-ci sont tenus en suspension des corps très petits et très légers. Des Diatomées minuscules, de très petits spicules sphériques à parois d'une minceur extrême ; de très petites pellicules de bitume cassées à angles vifs et de nombreux corps bactérioides. Les trois sortes de corps bactérioîdes y sont représentés. Ils sont bien isolés, très nets, uniformément répartis ; tandis que les sphéniles et les Diatomées sont comme posés, soutenus, les bactérioîdes, qui sont là nettement buUaires, sont tenus suspendus, non posés, flottants: Jamais l'exsudat ne contient de corps volumineux ou de bitume en gouttelettes. Le bitume n-a pénéti*é dans Texsudat que comme les Diatomées légères et les petits spicules sphérulaires, entraîné par Texsudat même et déjà à Tétat de minces écailles solidifiées. Les Diatomées tenues en suspension témoignent de la consistance du milieu. Ces mêmes Diatomées et ces spicules légers existent d'ailleurs dans la gelée générale ; on les y retrouve, mais difilciles à voir à cause de leur exiguïté et de la forte réfringence de la gelée générale. Quoique très légers, les grains de pollen ont été très rarement entraînés dans l'exsudat, parce qu'ils faisaient fortement corps avec la gelée générale. L'exsudat remplit exactement les fentes horizontales.
Ces déchirures horizontales de la gelée fondamentale sont fréquentes dans les schistes organiques. Elles s'y produisent souvent à une période beaucoup plus hâtive.
Uni», de LiUe. Tomb VI. C. 5.