‹ Les charbons humiques et les charbons de purinsChapitre 29 sur 52 · F. — LES RESTES DR MUCÉDINÉBS · texte numérisé non relu

F. — LES RESTES DR MUCÉDINÉBS

Les coupes verticales du charbon de Geara montrent des amas rouge brun foncé affaissés, plus ou moins allongés, couchés à plat dans la gelée. Vu leur minceur, il est très difficile de reconnaître leur structure et de décider s'il s'agit de coprolithes de petite taille ou de petites masses bitumineuses comme celles du schiste du Bois d'Asson. L'examen des coupes horizontales permet de résoudre ces amas. Ce sont des débris provenant d'une Mucédinée (fig. 78, PI. VU, et fîg. 97, PI. VIII).

Ces amas sont des pelotes de spores juxtaposées irrégulièrement, ou bien encore des pelotons de filaments mycéliens et de spores. L'ensemble rappelle ces préparations d'Aspergillus ou de Penicillum que font les débutants en Mycologie. Il est plus rare de rencontrer les fragments mycéliens isolés (fig. 100, PI. VIII). Les parois du mycélium et celles des spoi*es sont teintées en rouge brun. Elles ont localisé le bitume par élection. Il y a là rindice d'une cutinisation intense. Le mycélium est grêle, ramifié et cloisonné. Les cellules du mycélium mesurent: longueur, 10 à iq u sur q à 3 [i de diamètre, l^es ramifications sont assez éloignées, égales aux branches-mèi^s ; fréquemment, les branches sont tordues. Les spores «ont ellipsoïdes. Certaines montrent un petit pincement qui marque leur région d'attache. Elles mesurent de 4 ^ 7 ;^ ^^ ^^^R ^"^ 3 ^ 5 {JL de large. Certaines sont ouvertes et affaissées. On est donc là en présence d'une forme conidiale de Champignon. Je ne crois pas utile, sur ces quelques documents, de lui assigner un nom générique. La Mucédinée du schiste de Ceara est une désignation qui suffit à l'indiquer clairement.

Ces pelotons de Mucédinées sont assez uniformément répar-

tis à travers toute la masse. C*est an élément constant de cette formation. Elles fournissent une caractéristique très précise de la roche. Cette caractéristique toutefois n'est facilement lisible que sur les coupes horizontales.

Les Mucédinées actuelles recherchent les liqueurs nutritives riches. 11 y a là un indice sur la nature spéciale des eaux brunes de la mare anthracigène de Ceara. Cette eau était suffisamment riche en matières nutritives pour permettre le développement de Mucédinées. Ce n'est plus l'eau brune simple du schiste du Bois d'Asson.

G. — LES COQmLLBS D*0STRACODBS.

11 y a de nombreuses coquilles d'un Ostracode voisin des Cypris. Ces coquilles sont bivalves, à section transversale elliptique. Le côté de la charnière est légèrement déprimé. Le bord ventral convexe s'y relie en avant et en arrière sans échancrure ou sinus. La coquille est lisse, sans poils. Le bord ventral présente sur chaque valve un prolongement intérieur très caractéristique qui permettra de définir le genre (fig. 79, PI. VI). En coupe transversale les deux valves monti*ent contre la charnière une saillie arrondie (fig. 80, PL Vlll). Ces deux valves sont en matière calcaire blanche. Elles présentent un léger amincissement vers le bord ventral. Toutes ces coquilles sont semblables; il s*agit donc d'une seule espèce. La taille des coquilles varie de Tune à l'autre , les grandes coquilles étant les moins nombreuses. Les animaux étaient de tout âge, les adultes étant moins fréquents. Je n'ai vu entre les coquilles aucune trace des téguments ni des parties molles des êtres producteurs de ces coquilles. Ce caractère indique des coquilles qui ont flotté après la mort des animaux et après la destruction de leurs corps. Gomme d'autre part les valves sont toujours entières et presque toujours couplées, les coquilles n'ont subi qu'un flottage insi-

IQO C. EG. BERTRAND

gnifîant. Les Cypris vivaient dans la mare anthracigène et leurs cadavres venaient flotter à la surface avant de s'enfouir dans la gelée fondamentale. J'ai déjà dit que presque toutes ces coquilles sont couchées sur le flanc, qu'un petit nombre seulement sont placées la charnière en haut. Celles-ci ont leurs valves légèrement écartées du côté du bord ventral. Sur les coquilles couchées les deux valves se touchent le long du bord ventral. La gelée fondamentale n*a pas pénétré entre les bords des coquilles, ou bien elle s* y. avance faiblement. Une autre matière, air ou eau, occupait donc la cavité de la coquille et s'opposait à la pénétration de la gelée au moment où la coquille a été englobée par cette gelée ; et la charge du dépôt supérieur n a pas sufli à injecter complètement la coquille avec la gelée fondamentale. Ces coquilles sont généralement isolées. En quelques points, elles sont groupées en bancs ou en amas. La plupart sont brisées. Dans celles qui sont entières, il s'est formé des oolithes de calcite à cristaux rayonnants. Près des coquilles groupées en amas, il s'est formé, en dehors des coquilles, de gros oolithes simples ou composés, i^ pyrite s'est souvent localisée sur les valves des coquilles.

La présence d'Ostracodes voisins des Cypris nous apprend qu'il s'agit d'eaux génératrices riches en matières organiques et en particulier en produits d'origine animale. Les mares dont les eaux sont souillées par les trop pleins des fosses à purin sont le milieu favori des Cypris. En été, ils y deviennent si nombreux qu'ils colorent l'eau en rouge sang. Ce résultat, rapproché de la présence des Mucédinées, nous donne la notion d'une gelée humique se déposant dans une eau brune additionnée d'une proportion sensible de matières animales.

§ V. — L'intervention du bitume,

La masse organique du charbon de Ceara a été soumise à une imprégnation bitumineuse et de ce fait, elle a subi un enrichissement en matières hydi*ocarbonées. Il s'agit d'un bitume brun clair, peu condensé. Dans son état actuel, il résiste à la température du montage des coupes minces, c'est-à-dire à la température de fusion du baume de Canada durci.

Ce bitume n'est pas individualisé dans la masse organique. On le y oit libre dans les fentes horizontales tardives, entre les valves des coquilles brisées et sur la région marginale des oolithes. 11 forme la plus grande partie, sinon la totalité de la matière qui remplit ainsi fissures et coquilles. Le bitume à pénétré la masse de la gelée fondamentale par diffusion. Il s'y est uniformément réparti et cette gelée l'a retenu avec une certaine intensité, plus fortement, par exemple, que ne l'a fait la gelée du Brown Oilshale. Cette rétention plus forte du bitume est due à la fois à un état de condensation humique plus accusé de la gelée brune et à la présence de matières animales dans cette gelée brune.

L'imprégnation bitumineuse a été tardive, postérieure à la formation des oolithes. Les cristaux rayonnes des oolithes ne sont pas les mêmes que ceux des fissures horizontales tardives. Ces deux formes se sont produites dans des milieux différents. Comme d'autre part les cristaux des fentes horizontales se retrouvent entre les valves des coquilles brisées, au centre des grands oolithes, et dans la matière brun clair qui remplit les grandes fentes; ces cristaux, derniers fournis, se sont développés dans uae matière qui imprégnait toute la masse ou du moins qui en comblait toutes les solutions de continuité. Je place ainsi la pénétration du bitume api*ès la formation des

ItàfÀ C. BO. BERTRAND

oolithes. Le bitame est peut-être même postériear aux fentes horizontales puisqu'il les a comblées, ou alors il était encore assez fluide pour s'y amasser lorsqu'elles se sont ouvertes. Le bitume est d'ailleurs antérieur k la solidification de la masse, puisqu'il est fissuré comme elle par les petites fentes à pyrite (D TT, fig. 84, PI. VIII).

Le retrait de ce bitume a été plus considérable que celui de la masse entourante. Ce fait est établi par l'abondant développement de cristaux tardifs qui s'est fait dans la matière brun clair des fentes horizontales et des grandes déchirures voisines des gros oolithes.

L'imprégnation bitumineuse de la roche de Ceara est donc très analogue à celle du Brown Oilshale. Elle est plus intense. Comme la minéralisation de la masse est demeurée faible, c'est la gelée brune fondamentale, imprégnée de bitume dans toutes ses parties, que nous apprend à lire la cassure noire, lustrée, presque vitreuse, des lamelles du charbon de Ceara.

§ VI. — Les matières minérales tardives

J'ai relevé Fabsence de matières argileuses tardivement individualisées dans la gelée brune du charbon de Ceara. Les matières minérales tardives sont représentées par de la calcite et de la pyrite.

La calcite affecte quatre formes principales :

a) Les menus cristaux imparfaits localisés dans la gelée fondamentale.

b) Les cristaux en aiguille disposés radialement dans les oolithes.

c) Les cristaux isolés ou en lames parallèles des aifias bitumineux.

d) Les gros cristaux de la masse.

LES CHARBONS HUMIQUES ET LES CHARBONS DE PURINS I!l3

J'ai indiqué les cai*actères des deux premières catégories de ces cristaux, leur localisation dans la gelée brune et dans les coquilles brisées, et près des grands amas de coquilles.

Il y a toujours un abondant développement de cristaux dans la matière bitumineuse brun clair des fentes horizontales et des coquilles brisées. Lorsque la lame bitumineuse est mince, la calcite y affecte la forme de cristaux isolés, courts, terminés par deux pointements. Lorsque la lame bitumineuse est plus épaisse, la calcite affecte la forme de lames cristallines parallèles que Ton pourrait confondre avec des lambeaux de coquilles brisées (fig. 8i et Sa, PL VIII). Ces lames cristallines deviennent très nombreuses dans les grandes déchirures, mais leur parallélisme est moins accusé. Fréquemment aussi la calcite s'est individualisée à la périphérie de la masse brun clair. Celle-ci parait alors enchâssée dans une ampoule irrégulière et incomplète (fig. 83, PI. VIII). Au centre de Tampoule sont de petits cristaux courts^ imparfaits. On passe ainsi à des amas de micro-cristaux formant un sable blanc dans la matière bitumineuse. Souvent la matière brun clair devient finement granuleuse comme si elle se chargeait d'un très fin précipité ferrugineux. Cette cristallisation tardive de la calcite pendant le grand retrait de la matière bitumineuse paraît un phénomène d'un tout autre ordre que sa localisation dans les coquilles entières et dans la masse de la gelée.

Après la solidification de la masse il s'est produit une quatrième sorte de cristaux de calcite. Ce sont de gros rhomboèdres répartis à travers toute la masse. Ils n'ofl^rent aucune trace d'imprégnation bitumineuse. Ils sont donc postérieurs à la solidification du bitume. Ces cristaux sont relativement volumineux, à angles vifs. Leur grande diagonale est horizontale.

J'ai exposé les caractères de la pyrite disséminée dans la gelée fondamentale. Elle contraste avec la pyrite des fissures; c'est pourquoi j'ai in«iiqué qu'il y avait peut-être là l'indice d'une localisation de la pyrite par la gelée fondamentale.

La pyrite est accaronlée en grande quantité le long de certaines fentes tardives. Elle y est en gros cristaux ou en pelotons de petits cristaux.

Il n'y a pas de matière tardive jaune d'or en gouttelettes ou concrétée dans le charbon de Ceara.

§ VII. — Les conditions géogéniques de la formation du schiste bitumineux ou charbon humique de Ceara.

I. — Nous retrouvons encore comme premières conditions de la genèse du schiste bitumineux de Ceara des eaux brunes tranquilles laissant précipiter leur matière humique.

3. — La matière humique était parvenue au même degré de condensation dans toutes les parties de la mare. Cet état de condensation était plus accusé que dans les exemples précédents.

3. — Les eaux génératrices recevaient un faible apport de pollen, quelques menus débris humifiés très altérés. La plupart sont des fragments végétaux effilochés ou fortement macérés. Les lames chitineuses sont rares. Les fleurs d^eau ne s'y rencontraient qu'en très petite quantité. Ces corps n'interviennent pas d'une façon appréciable dans la masse de la roche.

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