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CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Les quatre exemples dont je viens de tracer les monographies me permettent de poser les conclusions générales suivantes : I. — 11 existe une classe de charbons organiques amorphes produits par des accumulations de gelée brune humiqne solidifiée et fossilisée en présence de bitumes. Je propose de les distinguer des autres charbons en les désignant sous le nom de charbons humiques. Ces charbons correspondent à peu près aux schistes bitumineux de Vlndustrie^ comme les charbons d'algues ou charbons gélosiques correspondent aux bogheads,

a. — La gelée brune des charbons humiques est la même matière que celle qui forme la trame fondamentale des schistes organiques. Dans les charbons humiques la gelée brune est la matière dominante ; c'est elle qui donne à la roche ses caractéristiques essentielles au moins optiquement. Dans les schistes organiques la gelée brune plus ou moins raréfiée et déchirée est subordonnée à la matière minérale et c'est cette dernière qui donne à la roche ses principales caractéristiques optiques.

3. — Les charbons humiques conservent le faciès macroscopique de charbon toutes les fois que la localisation élective des matières minérales sur la gelée brune n'a pu s'exercer que faiblement. Quand, au contraire, cette localisation a pu s'exercerlibrement, la roche charbonneuse prend l'aspect schisteux. ^4* — Les charbons humiques apparaissent ainsi comme

I^a C. EG. BERTRAND

de simples incidents au cours de formations schisteuses. Le dépôt plus abondant de gelée brune indique dans les quatre exemples analysés un amoindrissement dans l'arrivée des eaux d*alimentation des bassins et par suite des périodes de sèche resse relative. Cette conclusion est contrôlée par la constatation d'une plus grande abondance des pluies de pollen aux mêmes périodes.

5. — La gelée des charbons humiques est aussi la môme matière que celle qui forme la trame des bogheads, des charbons sporO'polliniques et des charbons de menus débris^ c'està-dire des charbons à corps accidentels dominants. Les charbons humiques sont donc les charbons les plus simples qui se puissent produire au cours d'une formation schisteuse. Ils relient d'une part les schistes organiques aux charbons organiques. D'autre part ils sont le fond commun dans lequel s'accumulent les corps caractéristiques des divers types de charbons à corps accidentels dominants.

6. — En nous apprenant à lire quelques-unes des qualités de la gelée fondamentale commune à» divers types de charbons organiques, les charbons humiques nous permettent d'apprécier les conditions initiales nécessaires à la formation de ces charbons.

7. — Je ne puis dire si la gelée brune est d'origine bactérienne. Elle apparaît comme un précipité amorphe qui a fait prise. 11 ne m'a pas été possible de résoudre la gelée contractée et solidifiée en organismes figurés. D'autre part les nodules siliceux m'ont montré cette matière comme une substance amorphe en flocons grumeleux (i). — Selon son degré de dilution, la gelée brune s'est diversement déchirée pendant la prise

(i) Si Ton parvient à établir d*une façon complètement satisfaisante que les corps bactérioldes de la gelée brune sont généralement des restes laissés par la fossilisation d'organismes bactériens, comme le pense mon savant ami M. B. Renault, il deviendrait très probable que la gelée brune doit son origine à l'activité bactérienne.

et le retrait. Diluée comme dans le schiste du Bois d*Asson, la gelée a pris, en se coagulant, une structure réticulée. En se contractant elle s*est déchirée. Il s*y est fait des fentes horizontales qui sont comblées par un exsudât. Lorsqu'elle était plus consistante comme dans le Brown Oilshale de Broxburn, la gelée brune s*est coupée par 4® grandes fentes obliques, ses morceaux ont glissé les uns sur les autres et la matière présente une structure en stratification disloquée; le retrait et le tassement qui a suivi suffisent à rendre compte de cette structure spéciale de la roche. La structure réticulée est de beaucoup la plus répandue. Elle se retrouve dans la plupart des schistes organiques alors même que la matière organique y est extrêmement réduite, telle est par exemple le cas de nos. schistes gris ordinaires des terrains houillers du Nord et du Pas-de-Calais.

8. — La gelée fondamentale est chargée de corps bactérioîdes ; sa charge en bactérioides augmente généralement lorsque les menus débris végétaux humifiés sont plus fréquents. Ces corps bactérioides ressemblent beaucoup à des spores de bactéries. Il ne m'a pas été possible toutefois de reconnaître avec certitude la nature de ces corps ni même de décider si nous sommes en présence des restes d'organismes figurés ou d'inclusions inorganiques. Les bactérioides semblent faire partie normalement de la gelée fondamentale bien plutôt que d'y avoir été ajoutés après coup ; ils paraissent aussi avoir été entraînés dans les exsudats de remplissage à la manière des corps légers. Ce» arguments indirects et beaucoup d'autres sont favorables à la notion de restes d'organismes bactériens. Toutefois il y a de très grandes différences entre l'état de ces corps bactérioides et celui des bactéries saisies vivantes dans le même milieu. Dans les bactéries coprophiles et aussi dans un organisme voisin, le Zoogleites

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êlaçerensis, la présence des protoplastes fixés est indiquée par la localisation^du bitume.

9. — La gelée fondamentale localise normalement Targile par action élective. Cette matière s*y individualise parfois en cristaux tardifs. La localisation élective de la pyrite dans la gelée brune est beaucoup moins nette, elle dépend peut-être des matières ajoutées à la gelée fondamentale ou de variantes secondaires de la composition de celle-ci, par exemple d*une addition de produits sulfurés.

10. — Convenablement modifiée, la gelée brune localise la silice et détermine la formation de nodules comme ceux qui sont à la partie Siupérieure de la Grosse Couche de Buxière.

11. — Les exsudais tardifs localisent les matières minérales, telle est la localisation de la calcite dans Texsudat du schiste du Bois d'Asson. Les cristaux tardifs sont très régulièrement alignés dans ces exsudats.

la. — Le degré d'humification (ou de condensation hundque) de la gelée brune présente de notables variations dans les exemples que j*ai analysés. Quand Thumification a été très faible comme dans certains filets du Brown Oilshale de Broxburn, la gelée fondamentale a été transformée pendant sa fossilisation en présence du bitume en corps jaunes amorphes. Le bitume n'y a donc pas été retenu tout entier. Cette transformation rappelle plutôt la localisation élective des carbures éclairants par les membranes gélosiques. Quand Thumification est plus forte, le bitume complet est retenu dans la gelée par une action élective, véritable fixation, qui est de plus en plus intense à mesure que Thumification s*accentue. La gelée fondamentale donne ainsi des filets charbonneux de plus en plus fortement colorés en rouge brun. La contraction de la gelée est d'autant plus forte qu'elle a plus énergiquement retenu le bitume. C'est la gelée du schiste de T Allier qui nous a présenté la plus forte contraction.

i3. — Les contractions relevées pour la gelée brune dans les charbons humiques ne suffisent pas à rendre compte de la teneur de ces roches en matières hydrocarbonées. Ces gelées humiques ont été soumises à un enrichissement en hydrocarbures. Elles ont subi des imprégnations bitumineuses. Les bitumes y sont arrivés tout formés car on ne voit nulle part dans ces roches la production de bitumes aux dépens des matières organiques. Dans presque tous ces exemples les matières bitumineuses ont pénétré la masse par diffusion. Elles y sont retenues électivement par quelques parties de la gelée fondamentale, par les fragments végétaux convenablement humifiés, par les protoplastes, par le tissu osseux et par les coprolithes. Les carbures éclairants sont retenus de même par les membranes gélosiques et cellulosiques non humifiées. La gelée humique et les corps accidentels qu'elle contient donnent des masses de charbon parce qu'ils sont des substratum de bitumes ou d'hydrocarbures éclairants. Dans le schiste du Bois d'Asson le bitume particulièrement figeable a pénétré de bonne heure à l'état de gouttelettes minuscules qui ont été retenues mécaniquement dans la gelée humique injectée.

14. — Dans ce milieu de gelée brune se fossilisant en présence de bitume il se fait normalement des corps jaunes très variés, des charbons brillants et des fusains, c'est-à-dire les principales variétés de charbons qu'on rencontre associées dans les houilles. Il peut s'y produire aussi des charbons d'os et des charbons de coprolithes. Chaque corps organique suivant sa nature et son degré d'altération retient soit le bitume entier soit quelques-uns de ses éléments. J'ai cité comme exemples extrêmes la rétention du bitume par le bois humifié et par les coprolithes et d'autre part la localisation des carbures écl^rants sur les membranes gélosiques non humifiées.

i5. — Les corps jaunes des charbons humiques sont fournis par les membranes végétales gélosiques et cellulosiques macé-

rées mais non humifiées, par les corps résineux, et par les fragments osseux. Ils peuvent provenir des parties les moins humifîées de la gelée fondamentale. Il peut s^y ajouter des corps jaunes inorganiques des infiltrations tardives.

i6. — Les bitumes qui sont intervenus dans les divers charbons humiques que j'ai analysés ne sont pas identiques. Celui du Brown Oilshale est le moins coloré. Il est rouge brun très pâle. Il est craquelé. Celui du schiste de 1* Ailier est coloré en brun noir et il se contracte en réticulum dans les cavités où il est libre. Celui du schiste du Bois d'Asson a été particulièrement figeable. Ces variations des bitumes imprégnants nous font prévoir des variations étendues dans les qualités des charbons dont ils ont provoqué la formation. Le charbon sera gras ou anthracique selon que le bitume imprégnant sera lui-même riche en hydrogène, à la manière des asphaltes, ou très riche en carbone à la manière des perles anthracitiques des fissures du calcaire de Visé.

17. — Dans ce milieu de gelée humique se fossilisant en présence de bitumes, la conservation des corps organisés qui y sont accidentellement enfouis est parfaite. Les corps y ont été fixés dans leurs divers états d'altération et rendus imputrescibles, absolument comme dans les fixations que nous essayons de faire sur les matériaux qui doivent servir aux études histologiques des plantes actuelles.

18. — Les accumulations de gelée brune qui forment les charbons humiques impliquent comme conditions géogéniques initiales des eaux génératrices brunes chargées de matières humiques qu'elles laissaient précipiter facilement dans des mares parfaitement tranquilles. Les seuls matériaux élastiques de nature minérale que nous y ayons constatés sont les parcelles de mica du schiste de l'Allier. Pendant ces périodes de tranquillité, la surface des eaux brunes recevait des pluies de pollen venant de la végétation forestière voisine. Dans les

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exemples que j*ai analysés je n'ai pas constaté Texistence d'une Tégétation de fond.

19. — Le Brown Oilshale de Broxburn nous présente le plus pur des charbons humiques, mais avec leur faciès macroscopique schisteux. Le charbon de Ceara, qui peut servir de transition entre les charbons humiques et les charbons de purins, nous présente les charbons humiques avec leur faciès de charbon. Le schiste du Bois d'Asson nous montre comment se fait la transition des charbons humiques aux charbons gélosiques et aux charbons polliniques.

ao. — Il existe des charbons de purins.

ai. — Ils se sont formés dans des conditions géogéniques très peu différentes de celles des charbons humiques. Pour donner les charbons de purins, la gelée humique des eaux brunes authracigènes s'est précipitée dans un milieu additionné de matières stercoraires dans toutes ses parties. La gelée brune fortement humifiée a acquis par cette addition une capacité de rétention du bitume plus grande. Elle est par suite fortement colorée en rouge-brun foncé et fortement contractée. Cet accroissement de la capacité rétentrice de la gelée fondamentale pour le bitume suffit à différencier les charbons de purins des charbons humiques. Il y a naturellement des transitions entre ces deux classes de charbons.

aa. — Les charbons de purins sont fortement chaînés de coprolithes entiers et éparpillé^ Ils contiennent de nombreuses écailles tombées des coprolithes. Ils passent aux schistes à Ostracodes toutes les fois que Teau bi*une génératrice se dilue suffisamment par addition d'eaux ordinaires,

a3. — Les régions des charbons de purins qui correspondent à la plus grande concentration des eaux génératrices peuvent présenter des organismes spéciaux comme le Zoogleiles elaoerensis.

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