‹ Les Charmettes et Jean-Jacques RousseauChapitre 2 sur 18 · ET J.-J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

ET J.-J. ROUSSEAU

X 1895, au mois d'août, je lis, après tant (raulrcs, le pèlerinage des Charmettes, la maison célèbre du coteau de (>hambèry. Longtcmiis j'en avais eu le désir, désir à la fin devenu aigu et qui parfois m'envahissait comme une fièvre. Je voulais revivre l'idylle adorable de la jeunesse de Rousseau dans le cadre enchanteur où elle avait brillé quelques saisons. J'ai réalisé mon rêve et je viens consacrer quelques pages à ces beaux jours.

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Plus d'iiiie fois, on m'a tlemaiulc d'écrire une élude sur ces CharmeUcs fameuses. Je me hâtais peu de le faire. 11 est doux de se complaire, seul, dans un souvenir, une émotion lointaine cachée au fond de l'être. L'àme y puise une chaleur féconde, une joie mystérieuse qui n'a pas besoin de confidents, qui les redoute même et les éloii*ne.

Au milieu des foules banales, des hommes tumultueux et vains, qui forment l'insuffisante société, le philosophe, réfugié dans la Nature, se plaît à porter en lui une solitude inviolée qui le console et l'enorgueillit ; c'est là sa force irréductible. 11 n'a besoin de personne pour goûter jusqu'à la mort un bonheur infini.

Quand le souvenir déjà s'apaise, après avoir fortifié et embelli l'àme, et après lui avoir donné ses fioraisons embaumées, il reste une dernière joie à y attacher, celle d'un récit fait à une amie chère, à des amis indulgents, (pii vous écoulent avec la pensée de cueillir de semi)lal)les boidu'urs, le long du chemin de la vie.

|A yraiule sédiiclion qui s'allachc aux CharniL'tles, c'est que dans cette maison fortunée se réalisa l'idéal roman d'amour, après lequel tout homme plus ou moins a soupiré dans sa vie.

Rencontrer à l'aurore de sa jeunesse une lenîme intelligente, belle, instruite, indépendante, pleine de douceur, d'enjouement, d'éléii;ance, qui vous forme l'esprit, vous fasse vivre auprès d'elle dans un vallon poétique et charmant, vous ouvre les horizons d'une existence harmonieuse, vous })rotège, vous aime, vous

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le dise et vous iiiilic à de myslérieuscs délices... quel lève, quelle destinée, quelle félicité ! Ce fut le sort de Jean- Jacques.

11 se trouva qu'il était digne de ces faveuis si rares, quil sut apprécier l'excellence de ces bienfaits, qu'il en profita pour améliorer son être moral et développer le germe des facultés, des talents, du génie que la nature lui avait donnés ; il arriva aussi que plus tard, devenu un des grands hommes de son temps, un maître de la pensée et du style, il raconta dans une langue inimitable l'attrait de ces (^liarmeltes si chères, les enveloppa dans les plis de sa renommée, et fit apparaître ce lieu privilégié à la postérité avec le double prestige de l'intelligence et de l'amour.

Telle est en quelques mots Tliisloire des C.liarmelles. Telle est leur séduction, leur magie ; telle est la délicieuse allinilé quelles possèdent avec les vœux secrets de notre àme, avec le souhait brûlant que nous formons au seuil de la vingtième année, et ([ui souvent revient nous tenter au milieu des luttes de l'existence.

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