‹ Les Charmettes et Jean-Jacques RousseauChapitre 3 sur 18 · I.KS CMAHMIITIKS · texte numérisé non relu

I.KS CMAHMIITIKS

Iinagincz l'clat (ràmc criin jeiinc lionime l)iL'n doué, qui. le cœur i>onllL' (Vospoii-, se ])rL'scnle sur la scène du monde el vient prendre sa place au milieu de la société. Il est avide d'inconnu^ l'amour chante en lui sa divine chanson, il amhitionne la gloire, les grands noms le rendent rêveur, il a des allures de conquérant, veut hoire à toutes les coupes et se promener comme un roi dans la création .

Qu'il vienne à lire les pages enchantées que Rousseau a consacrées aux Charmeltes, qu'il comprenne le rôle que celles-ci ont joué dans son aventureuse destinée, et, involontairement il s'écriera : Dieux ! voilà mon rêve ! voilà mon désir, ma pensée, la félicité à laquelle j'aspire, la maison où je veux habiter, les fleurs que je veux cueillir !

L'attrait des Charmettes, qui correspond si intimement à un besoin de notre cœur, est d'autant plus grand qu'il est plus difficile à saisir dans la réalité, pour la plupart des hommes.

Quand Rousseau rencontra Madame de Warens, il était errant, vagabond, on peut dire

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sans famille, bien que son j)èie lût encore vivanl. Il était niailie de sa personne, de son temps, de sa destinée. Il put donc se jeter sans entraves dans la tendre aventure qu'une divinité bienfaisante fit surgir tout à coup sur sa route incertaine.

C'est ici, je le pense, l'occasion de citer nn document peu connu, la lettre même de l'abbé de Pontverre, curé de Confignon, j)rès de Genève, qui adressa le jeune Ivousseau à madame la baronne de ^Yarens, au printem})s de 172cS. Bien que cette lettre soit fort antérieure aux Cbarmettes, elle les explique cependant, et en est la préparation initiale, le germe mystérieux. Son autbenlicité n'est pas établie, mais le texte en est vraisemblable. La voici :

« Je vous envoie .lean-.Iacques Rousseau, jeune liomme qui a déserté de son pays. Il est resté un jour chez moi ; je lui ai parlé beaucoup de vous. Au leste, il me j)arail d'un heureux caractère, (^est encoie Dieu cpii l'a])pelle à Annecy. Tâchez de l'encourager à embrasser le catholicisme ; c'est un liionq)he

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(juaiul on iH'ut faire des conversions. Je ne vous invite pas à lui procurer des secours, voire cœur m'est i<aiant que vous ne lui en laisserez pas manquer. Outre que vous concevez aussi bien que moi que, poui' ce grand oeuvre iUKiuel je le crois assez disposé, il faut lâcher de le fixer à Annecy, dans la crainte qu'il ne reçoive ailleurs quelques mauvaises instructions. Ayez soin d'intercepter toutes les lettres (juOn pourrait lui écrire de son pays, parce (jue se croyant abandonné, il abjurerait plus tôt. < ,Te remets tout entre les mains du Dieu tout puissant, et les vôtres que je baise.

« Votre très humble serviteur,

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