‹ Les Charmettes et Jean-Jacques RousseauChapitre 6 sur 18 · I.I-.S (IIAItMIlllKS · texte numérisé non relu

I.I-.S (IIAItMIlllKS

prononcf loi ou lard, lois(|iril dcsceiul le second veisîinl de la vie el aj)ereoit les landes sléi lies de la vieillesse. Le [)riiicipc de l'aclivilé morale alors est le souvenir. L'être se dé- <loul)le, el le^vTeiTTard se revoit tel qu'il élait au début de sa earrière, quand, jeune et hardi, il s'élançait dans le vaste monde, [)()ussé par l'aiguillon de l'espérance.

Qui n'a vu les portraits de quel([ue jK'rsonnage célèbre aux dilTérents âges de l'existence, à vingt ans, à trente, à quarante, à soixante? 11 est facile de lire sur les images diverses du même visage les impressions, les émotions, l'état d'àme dont parle Rousseau, en racontant sa propre histoire ; l'élan, l'essor en avant dans les yeux du jeune homme, la réflexion, le retour en arrière, le long regard vers le passé dans ceux du vieillard. Heureux celui qui, touchant au terme, })eut reposer son regard mélancolique sur un coteau verdoyant, pareil à celui des C.harmelles !

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ii:x que dovcmi tout à coup soufrmnf, Rousseau fut heureux sans iiiélauge et sans nuai^e aux Cliarmelles, pendant ce piemiei" séjour (pii dura jusqu'à l'arrivée de l'hiver de celle même année 1736, c'est-à-dire pendant quatre ou cinq mois. Ami des champs, il s'eflbrçait de les faire aimer à Madame de Warens. Celle-ci, d'une nature active, y prenait goùl sérieusement et s'intéressait fort au jardin, à la basse-cour, aux pii^eons du col()ml)iei-, aux vaches de Télahle. Il y eut là, de la })art des âvux amants, une

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vraie \nhv dv possession, un cnhainenunt délicieux vers la vie chanipêlre, veis les oeeu- |)alions agréables el saines qu'elle coniiK)ile, vers les plaisirs eharniants qu'elle l'ail naître.

« Les vendanges, dit Rousseau, la récolle des fruits nous annisèrenl le reste de celle année et nous allachèrcnl de plus en plus à la vie rustique, au milieu des bonnes gens dont nous étions entourés. Nous vimes venir l'biver avec grand regret, et nous retournâmes à la ville comme nous serions allés en exil ; moi surtout (jui, doulanl de revoir le printenq)s, croyais dire adieu pour-loujours aux (Ibai*mettes. Je ne les quittai pas sans l)aiser la terre el les arbres, et sans me retourner plusieurs lois en m'éloignanl. »

On |)eut juger, par ces dernières lignes, de réj)anouissement de boulieur du philosophe. Il faut éprouver un bien grand chagrin, quand sonne l'heure du déj)ait, poin' baiser la leire et end)rasscr les arbres. Rousseau a de ces tiaits saisissants (|ui lévèlent son âme entière. (!e coin de terre, il en avait foulé le ga/on dans

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l'allégresse, dans l'amour, dans la poésie; ces arbres, il s'était reposé sous leur ombre, leur avait confié ses espoirs juvéniles, leur avait parlé comme ini ami. Ils incarnaient pour lui les beaux jours qui venaient de s'écouler et il s'attendrissait en se séparant d'eux.

Pendant cet liiver passé à Chambéry, il continua à s'instruire, à faire de grandes lectures et à soigner sa santé dont il désespéra un peu moins. Madame de Warens et lui babitaient alors une maison appartenant à ^I. de Saint- Laurent, intendant des finances. Cette maison existe encore. Elle est située rue des Portiques,, numéro 13, dans la cour, au fond, et porte le numéro 44. L'biver disparut, le printemps de 1737 annonça son retour. Les amants songèrent à émigré r.

« Le printemps, dit Rousseau, que j'avais cru ne pas revoir, étant proche, je m'assortis de quelques livres pour les Charmettes, en cas que j'eusse le bonheur d'y retourner. J'eus^ ce bonheur et j'en profitai. La joie avec laquelle je vis les premiers bourgeons est inex-

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])iimal)lc'. Pic'voir le i)iinleinj)s clait pour moi icssiisciler en paradis. A peine les neiges commençaient à fondre que nous quittâmes notre cachot, et nous fûmes assez tôt aux Charmettes pour y avoir les prémices du rossignol. »

Le i)rinlemps, Tété s'écoulèrent dans une lelicilé parfaite. Il faudrait citer ici cinq ou six pages exquises, où Rousseau décrit ses occupations, ses études, ses tendresses. Il en était arrivé à la haute culture de son esprit et il l)énétrait avec ravissement dans les régions élevées des lettres et des sciences. 11 s'assimilait })etit à petit le vaste ensemhle des connaissances humaines, et, ne se sentant inférieur à aucune, il prenait conscience de sa supériorité:

Moment admirable dans la vie d'un jeune homme ! Il marche de découverte en découverte, de chef-d'œuvre en chef-d'œuvre ; il s'engage dans la région profonde des systèmes inventés par l'anliquilé ou les temps modernes ])our expliquer l'origine et les fins de l'humanilé et résoudre l'énigme du monde; il comprend les invocations, les rêveries, les descriptions,

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