LES PORTRAITS
Le feu s’était éteint; mais, tout à cet adorable conte de fée, je ne songeais pas à le rallumer.
Je me levai et je fis le tour de la chambre en détournant la tête à chaque pas, croyant voir Jean- Jacques et madame de Warens.
Je regardai leurs portraits. A droite , dans ce vieux cadre vermoulu, reconnaissez-vous madame de Warens , métamorphosée en Omphale avec un Hercule qui file à ses pieds? Cet Hercule est-ce Jean-Jacques ou Claude Anet? Ce n’est ni l’un ni l’autre. C’est le hasard qui a fait de ce tableau le portrait de madame de Warens. Un de sesamislelui
apporta un jour en lui disant : — Vous reconnaissez-vous? — C’était une toile déjà ancienne dans la manière du Ricci, achetée à Turin et offerte à la belle baronne.
J’en dirai autant d’une toile plus petite représentant Armide et Renaud, peinte à l’école du Castiglione. C’est encore, d’un peu loin, le portrait de madame de Warens, mais toujours parrencontre. Rousseau n’est pas plus le Renaud avec sa cuirasse dégrafée par des Amours qu’il n’a été l’Hercule avec la quenouille soulevée par Cupidon.
Dans ces deux portraits, madame de Warens est à peu près telle que la peint Rousseau, le meilleur des trois peintres, le plus ému, le plus coloré, le plus voluptueux ; car Rousseau a répandu sur son portrait ce duvet de pêche et cette fleur de volupté qu’il buvait à pleines lèvres sur les joues de madame de Warens.
Il y a aussi le portrait de Pacini, d’après lequel La Guillermie a fait la gravure qui est en tête de ce volume. C’est, je crois bien, le plus ressemblant. On y trouve bien la femme, — la vraie femme, — peinte par Rousseau : l’intelligence et la bonté, ces deux grâces de Dieu ; l’œil rêveur, noyé d’amour, cherchant quelque rêve envolé ; la gorge