LES RELIQUES
Mais madame de Warens , qui s’était arrêtée pour une pervenche :
La pervenche, œil des bois, que le buisson protège !
ne s’était pas arrêtée pour une véronique.
Si on retrouve Rousseau au rez-de-chaussée, on ne le retrouve guère au premier. Quand on arrive sur le palier, à la vue de la porte de sa chambre qui a encore la chattière, la serrurerie et la peinture du temps, le cœur va battre; mais dès qu’on entre, on sent « que les oiseaux sont envolés et que le vent a emporté le nid. » D’autres existences ont passé par là qui, peu à peu, ont chassé pour jamais les ombres solitaires qui aimaient tant à y revenir.
Mais ne les retrouve-t-on pas à chaque pas , dans le jardin, dans le verger, dans la vigne, ici devant ce rosier, là devant cette vieille quenouille, plus loin sous ce berceau où le chèvrefeuille et la clématite s’enlacent aux ceps capricieux? Quelle moisson de souvenirs à travers ces champs où l’éternelle Nature, surprise un jour par le poëte, continue son poëme des fleurs et des fruits !
Oui, ils sont bien là tous les deux. Je revenais de Venise, où j’avais vu peindre encore Titien et
Véronèse, tant Venise est toujours Venise. Le temps, qui détruit tout si vite, qui depuis un siècle a presque détruit tout le passé, a oublié Venise et les Charmettes. On dirait des deux côtés le château de la Belle au Bois Dormant.