‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 30 sur 91 · LES U EAUX ESPRITS · texte numérisé non relu

LES U EAUX ESPRITS

Lu conduite de Thérèse dans les dernières années de la vie de Rousseau, et surtout après sa mort, prouve que cette femme « n’avait aucune sensibilité. » Selon M. de Barruel, i Jean-Jacques n’était pas le père des enfants de Thérèse Le Vasseur, et ne l’ignorait pas. Rousseau convient lui-même qu’il avait eu un prédécesseur, et nous savons que son indigne femme lui a donné, à l’âge de cinquante-sept ans, un palefrenier pour successeur. Madame d’Houdetot eut tous les secrets de Jean-Jacques, comme il le dit lui-même. « Pourquoi celui-ci peint-il la répugnance de Thérèse ? Il est difficile de répondre à cette question autrement qu’en supposant que Jean- Jacques a senti combien il rendait Thérèse odieuse en disant la vérité. » J’aime mieux écouter Jean-Jacques lui-même :

« La crainte d’une destinée, pour eux mille fois pire que la mienne, et presque inévitable par toute autre voie, m’a le plus déterminé dans cette démarche. Hors d'état de les élever moi-même , il aurait fallu, dans ma situation, les laisser élever par leur mère qui les aurait gâtés, et par sa famille qui en aurait fait des monstres. » Et dans sa lettre à madame B., datée de Monquin, le 17 janvier 4770, il s’exprime en ces termes : « Mais

LES CHAHMETTKS.

moi, qui parle d’enfants... Madame, plaignez ceux qu'un sort de fer prive d’un pareil bonheur; plaignez-les s’ils ne sont que malheureux, plaignez-les beaucoup plus s’ils sont coupables. Pour moi , jamais on ne me verra prévaricateur de la vérité, plier dans mes égarements mes maximes à ma conduite ; jamais on ne me verra falsifier les saintes lois de la nature et du devoir pour atténuer mes fautes. J’aime mieux les expier que les excuser : quand ma raison me dit que j’ai fait, dans ma situation, ce que j’ai dû faire, je l’en crois moins que mon cœur qui gémit et qui la dément. »

Nous assisterons plus loin à ce procès du XVIII e siècle devant la cour d’appel du XIX e . Je reviens aux beaux esprits qui donnent la marque de leur style aux Charmettes ; mais je ne veux pas feuilleter plus longtemps ce chef-d’œuvre à la portée de tout le monde.

J’allais oublier la dernière remarque, toute fraîche encore :

« Jean-Jacques Rousseau avait annexé la Savoie à la France un siècle avant Napoléon III. »

Jean-Jacques avait annexé les Charmettes, sinon

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