‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 49 sur 91 · DIDEROT · texte numérisé non relu

DIDEROT

Celui-là a failli être heureux dans son temps. Le bonheur, c’était une femme qu’il aimait, la femme des Charmettes; mais il n’avait pas la science de la vie. Ses Confessions prouvent qu’il a été jeune dans sa jeunesse, ce qui est une vertu; mais ses Confessions prouvent aussi qu’il a été plus souvent un enfant qu’un homme.

Ce Jean-Jacques est un beau fou, mais c’est quelquefois un sage. Le plus souvent, c’est un comédien qui veut cacher son jeu, mais qui joue trop mal pour cela. Il est prédestiné à faire beaucoup de bruit pour rien. On l’accuse de plagiat, qu’importe si c’est son bien qu’il reprend. Il y a de l’apôtre et du bon apôtre chez cet homme. C’est une machine de guerre qui prêche la paix avec les foudres de l’éloquence. A Genève comme à Paris, il a remué tout le monde. Vous vous rappelez que la République s’est assemblée en tumulte et a déclaré unanimement, au consistoire des ministres, que la Profession de foi du vicaire savoyard était la sienne. Eh bien ! voilà un petit événement, de rien en lui-même, qui aura fait abjurer en un jour la religion chrétienne à vingt mille âmes. Oh! que

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