‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 63 sur 91 · I, ES CO M M E K T A T E U R S · texte numérisé non relu

I, ES CO M M E K T A T E U R S

il aura raison (le s’écrier pourtant : Ce n'est plus là les Charmellesl La misanthropie et le soupçon dont il est déjà atteint le poursuivront dans cette période de solitude. 11 y pensera continuellement au monde de Paris, à la coterie de d’Holbach ; il jouira de sa retraite en dépit d’eux, mais cette pensée empoisonnera ses plus pures jouissances. Son caractère s’aigrira et contractera durant ces années un mal désormais incurable. Il aura sans doute de délicieux moments alors et depuis jusqu’à la fin ; il retrouvera dans l’île de Saint-Pierre, au milieu du lac de Bienne, un intervalle de calme et d’oubli qui lui inspirera quelques-unes de ses plus belles pages, cette cinquième Promenade des Rêveries y qui, avec la troisième lettre à M. de Malesherbes, ne saurait se séparer des plus divins passages des Confessions. Pourtant rien n’égalera comme légèreté, comme fraîcheur et allégresse, la description de la vie aux Charmettes. Le vrai bonheur de Rousseau, celui que personne, pas même lui, ne sut lui ravir, ce fut de pouvoir évoquer ainsi et se retracer, avec la précision et l’éclat qu’il portait dans le souvenir, de tels tableaux de jeunesse jusqu’au sein de ses années les plus troublées et les plus envahies.

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