‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 70 sur 91 · PENSÉES DE MADAME DE WARENS · texte numérisé non relu

PENSÉES DE MADAME DE WARENS

Madame de Warens fut la maîtresse d’école de Jean-Jacques. C’est un peu par elle qu’il apprit à lire ; car, avant de la voir, il n’avait lu que des romans, et, en lui donnant l’amour, elle lui apprit à lire dans son cœur ; c’est un peu par elle qu’il apprit à penser ; elle était sentencieuse ; elle avait brouillé dans son esprit les sept sages de la Grèce; àtoyte heure, il tombait de ses belles lèvres, entre un sourire et un baiser, un grain de sagesse antique qui relevait l’âme amollie de Jean- Jacques*.

* Et combien de pensées toutes chrétiennes tombaient de la bouche de madame de Warens! Celle-ci, par exemple :

« L'espoir en Dieu, le seul pain blanc des pauvres ! »

LES CHARMETTKS

Voici le petit recueil des sentences des Charmettes. Je lis dans une lettre du général Doppet *, datée de Chambéry de 1785, qu’il a retrouvé le bréviaire de madame de Warens. Malheureusement, le général l’a corrigé et augmenté. Il est difficile aujourd’hui de reconnaître ce petit monument de madame de Warens sous le badigeon de son éditeur. Toutefois, ceux qui connaissent la femme y retrouveront la femme.

DE l’amour

L’amour et la raison nous mènent à Dieu. La raison sans l’amour nous conduit au néant. L’amour sans la rai son nous mène au bonheur.

La femme bien née retrouve sa pudeur en so détachant des bras de son amant comme une robe de lin toujours blanche.

L’amour a cela de beau qu’il fait croire à tout, même au

* J’ai oublié de dire un mot du général Doppet : il naquit à Chambéry en 1763. U lui tomba, au sortir du collège, les papiers de madame de Warens; celte bonne fortune lui (U croire qu'il allait devenir célèbre comme Rousseau. Il publia les Mémoires de madame de Warens, qui ne furent lus de personne, pas même à Chambéry, parce qu’au lieu d’être un historien il ne fut qu’un déclamateur, violant la vérité pour injurier Rousseau. Pour se consoler de cet échec, il se jota dans le mouvement révolutionnaire. Il vint à Paris, où il fut un des acteurs de la journée du 10 août. Je trouve, sur la première page des Jfém. de madame Warens, cette note autographe de I.emazurjer: « Nommé lieutenant-colonel de la légion dps Allobroges, il

PENSEES DE M"* DE WA RE NS

mensonge, et qu'il se moque de tout, même de la vérité.

O mortels ! si vous saviez que le cadran de l’amour ne marque l'heure que les jours de soleil, vous n’attendriez pas les jours de pluie pour aimer.

de l’édttc.vtion.

Le but de l’éducation est de donner à la société un homme : on doit donc commencer par l’éducation physique, avant que d’entreprendre l’éducation morale : oui, il faut d’abord faire un homme ; on en fait ensuite un savant ou un ouvrier.

Veut-on dégoûter un enfant des sciences, on n’a qu’à le forcer de bonne heure à apprendre par cœur du grec ou du latin. Notre sexe, par bonheur, n'est point exposé à cette méthode scientifique; cependant, comparez un latiniste de douze ans à une fille de même âge, vous verrez si le garçon est le plus spirituel.

Comme les tempérameuts sont différents chez tous les hommes, de même les caractères ne doivent pas être semblables; par la même raison, l’éducation doit varier chez tous les sujets.

On enseigne tout aux enfants, excepté ce qu’ils doivent savoir.

devint général de brigade dans l’armée du Midi, commandée par Carteaux; de là, il fut nommé général en chef de l’armée des Alpes, dirigea le siège de Lyon, et fit ce qu’il put pour épargner à cette malheureuse ville les horreurs du pillage et l’effusion du sang. Il fut ensuite commandant de l’armée chargée de reprendre Toulon, puis envoyé à celle des Pyrénées-Orientales, où il se distingua. Ayant plus tard éprouvé des revers, il fut mis de côté, et, après des vicissitudes de rappel et de disgrâce, il mourut presque oublié en 1800. »

Un de ses frères est l’auteur des Mémoire t de Claude Anel, qui luivirent «eu* de madame de Warena chez l’épicier.

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