DE LA LECTURE
Beaucoup de personnes lisent, mais il y en a fort peu qui sachent lire.
Il en est de la lecture comme des voyages : si l’on est prévenu en ouvrant le livre, tout ce qu’il contient est inutile ; on fait penser l’auteur soi-méme, ou on ne lit que pour se moquer de lui
Il y a de bons et de mauvais livres. Ceux qui renferment des obscénités sont les seuls qu’on doive proscrire ; ils n’ont d’autre but que d’alimenter un libertinage.
Une mauvaise lecture peut donner de mauvaises mœurs; mais l’abeille ne puise-t-elle pas souvent ses trésors dans le sein d'une plante dangereuse?
Beaucoup de livres sont défendus par la seule raison qu’ils amusent; je n’approuve pas les mortifications de ce genre. Le meilleur moyen de dégoûter des livres à la mode serait de changer le style des autres : ceux qui défendent la lecture des livres attrayants écrivent si mal, qu’on ne va jamais jusqu’à la fin de leurs insipides remontrances.
Un livre n’a souvent de vogue que parce qu’il est défendu; c’est prêter du talent à un auteur, que de le persécuter. S’il a dit des sottises, il faut le laisser lire, parce qu’il sera bientôt méprisé En brûlant le livre, on fait croire au public qu’on n’étouffe les propositions qu’il contient que parce qu’on ne sait pas y répondre.
Dû LA. BOTANIQÜE
A quoi sert-elle à celui qui ne s’y livre que par curiosité, et qui, sans autre but, court les plaines et les montagnes pour voir les plantes? C’est une manie à laquelle ou se livre facilement par l’envie de paraître observateur. C’est courir après le nom de philosophe, le foin à la main, quand on devrait s’en tenir à le mettre bonnement dans sa bouche.
Lorsque l’immortel Linné rassemble sous ses savantes mains et classe tout le règne végétal, n’est-ce pas dans l’espoir que la chimie pourra profiter un jour de ses célèbres travaux? Imitons-le, travaillons; mais toujours pour le bien des hommes.