‹ Les Charmettes; Jean-Jacques Rousseau et Madame de WarensChapitre 81 sur 91 · DES ADVERSITÉS · texte numérisé non relu

DES ADVERSITÉS

Apprendre de bonne heure à savoir se passer du superflu, sans cesse réfléchir à l'inconstance de tout ce qui nous environne, c’est certainement le moyen de braver toutes les adversités. La maladie est la plus grande de toutes, surtout lorsqu’elle est une suite de nos déréglements : car alors le remords se joint à la peine. Cependant le sage sait se consoler ; il respecte la main cachée qui le frappe ; et la paix est toujours dans son cœur.

La vie est courte : les heureux du siècle passé ne sont plus : que leur reste-t-il de leur grandeur, de cette aisance où se délectait leur être?

Les adversités sont un bien : l'homme égaré par une fougueuse jeunesse apprend enfin, par elles, à tourner un regard sur lui : elles lui font sentir la faiblesse humaine; et, s’il sait soumettre son cœur au mal qui lui arrive, ce temps de douleur n’est pas perdu; ses égarements passés lui sont pardonnés.

Vivre comme moi dans la solitude n’est pas se soustraire à ses devoirs. Ou n'a pas besoin, pour être dans Ja solitude, d’aller s’enterrer dans des grottes, pour y rire des folies humaines.

Celui qui peut s’arracher au luxe des villes est sans doute plus heureux que celui qui y est attaché par ses besoins; mais suivre son devoir est au-dessus de toutes les jouissances. Que vous êtes fortunés, vous que l’harmonie des oiseaux arrache des bras du sommeil, vous qui voyez en vous levant l’astre du jour colorer les campagnes 1 Le méchant seul fuit la solitude ; ne tremble-t-il pas de se connaître?

L'homme qui a bien vécu sait toujours mourir.

La mort n’est qu’un passage : il doit être terrible pour le méchant ; mais il est l’espoir du sage.

Le trépas est inévitable : tout le monde le sait; cependant peu de gens y songent. Le moment arrive ; on se lamente, on invoque les secours de la médecine, qui pro-

U K L A S OLIIUDK

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