LE CHEMIN DE J E A X - J A C Q T E S
homme en soi ; mais il faut encore que Prométhée féconde ce limon, allume cet esprit. Pour l’harmonie universelle des âmes, il ne faut pas que toutes chantent ù la meme heure. Dans la foret la plus profonde et la plus oubliée, les oiseaux n’ont jamais fait une Babel discordante. La première loi de l’univers, c’est l’harmonie. Il y a partout la gamme des sons et des couleurs, des lumières et des parfums, il y a pareillement la gamme des intelligences. Les dieux jouent leur musique sur le clavier de l’espèce humaine, comme Jean-Jacques sur son epinette.
Le passé est pour moi comme ce ciel nocturne tout étoilé, où j’interroge l’avenir. Dans la nuit du passé, les étoiles, ce sont les jours où je me retrouve. Pourquoi cet amour qui me saisit pour une figure d’Homcre ou de Phidias? Là fut ma passion, là fut mon âme. Je respire je ne sais quelle fraîche odeur de roses sur le sein de quelque Diane rustique chantée par Ovide. Ces dieux de l’Olympe, je les ai connus et j’ai été "ébloui de leur éclat. Ce ne sont pas mes dieux aujourd’hui, ces grands dieux et ces demi-dieux ; mais pourquoi le souverain de l’infini ne leur aurait-il pas permis, dans quelque étoile voisine de la terre, de
répandre sur nous un rayon de leur divinité passagère. Ne sommes-nous pas nous-mêmes, selon le mot de Platon, les dieux mortels de la terre? Ne raillons pas les religions de nos ancêtres du globe, toutes nous ont indiqué les sphères rayonnantes du beau et du bien.
Les savants, qui savent tout, disent du monde : Tout cela s’est arrangé au hasard, vaille que vaille, dans les révolutions aveugles du chaos. Selon eux, le monde n’a pas été fait pour l’homme, ni l’homme pour le monde. Comme un voyageur qui s’égare et qui trouve une auberge, il s’y est campé pour une heure. Il est né, il est mort, et la farce est jouée. La belle farce ! Si Dieu existait, disent les savants, le monde ne serait pas si bête, et l’homme ne souffrirait pas toutes les misères de la vie. Mais si le monde n’était pas si bête, il n’y aurait pas tant de savants; mais c’est la douleur qui élève l’homme jusqu’à Dieu. Le jour n’est beau que parce que la nuit vient et s’en va : si Dieu avait mis le bonhéïir sur la terre, il eût gâté le ciel, il eût supprimé pour l’homme ces divines aspirations qui l’entraînent avant l’heure aux fêtes, aux épreuves , aux douleurs des existences futures. Ah ! vous avez l’orgueil de vouloir monter jusqu’à