‹ Les chartes coloniales et les constitutions des États-Unis de l'Amérique du NordChapitre 25 sur 50 · COLONIB DE LA GEORGIE · texte numérisé non relu

COLONIB DE LA GEORGIE

La Géorgie fit d'abord partie du domaine considérable que la charte de i663 donna, sous le nom de Caroline, à des seigneurs de la cour de Charles II ^*^)* Elle devint une colonie distincte, en 1789. A plusieurs reprises déjà, particulièrement en 1717, 1720 et 1798, quelques personnages anglais avaient projeté de conduire, dans les limites qui lui furent plus tard assignées, des bandes de paysans du Royaume-Uni, et même de la Suisse. La région où devaient s'élever les établissements nouveaux était celle qui s'étend du fleuve Altamahah au fleuve Savannah. L'Angleterre n'y exerçait qu'une domination nominale. La France et l'Espagne prétendaient en être également maltresses. On n'y voyait que des lieux incultes, et l'on n'y rencontrait que des Indiens de tribus errantes. Ces grands espaces, presque sauvages, menaçaient de dangers constants la Caroline du Sud, en offrant aux indigènes ennemis et aux troupes des nations européennes, rivales de l'Angleterre, une retraite à peu près impénétrable. C'était donc une nécessité de défricher et de peupler d'Anglais la Géorgie. Il ne sembla pas d'abord possible de trouver un nombre suffisant de colons, disposés à occuper un poste aussi dangereux. Los projets de colonisation furent cependant repris, et enfin exécutés vers 173a. D'une part, dans de récentes expéditions, les indigènes venaient de mettre à feu et à sang le midi de la

^') Comp. Marshall , 3/17-379; Slory, Murray, I, 3io-3i5; Hougli, I, a43-

I, 97-99; BancroH, ÎII, /it8-/i68; IV, 3/i5; Poor% î, 369-377; Seaman, 6,

i99-i3i, /i35-43o; V, 328; VI, /io7- ao/i; Laboulaye, I, 38a-390. Aïo; VII, .337.338, 357-358; VIII, ^^ Comp. ci-d tissus, p. t36-i37.

54, 83-8/4, 108, i/ii, a45-a/iri, 391;

Caroline du Sud; de l'autre, un philanthrope éminent imagina de recruter les colons parmi des gens auxquels la métropole ne pouvait guère procurer, sur son propre territoire, les moyens de vivre ^^\

Les lois anglaises de ce temps punissaient, avec une grande rigueur» l'insolvabilité et les moindres méfaits qu'une misère extrême était propre à engendrer. Sans parler des menus larcins, leurs dettes seules, souvent des dettes infimes, faisaient emprisonner, chaque année, au moins il,ooo sujets du Royaume-Uni. Cette situation parut grave à quelques personnes. Un membre de la Chambre des communes, particulièrement généreux et hardi, tour à tour, auparavant, élève d'Oxford, associé aux travaux de l'armée anglaise sous le ministère de Bolingbroke, volontaire dans celle du prince Eugène, présent au siège de Belgrade et à la campagne brillante conduite contre les Turcs sur le Danube, Jacques Oglethorpe, proposa qu'une enquête parlementaire étudiât le régime des prisons du royaume. 11 fut nommé membre de la commission d'enquête, et mit un zèle infatigable è remplir ses fonctions de commissaire. L'enquête montra que le régime était mauvais : les prisonniers détenus pour dettes ou pour des offenses minimes subis* saientlcs traitements les plus tyranniques; toute douceur leur était refusée; on les faisait vivre confondus avec les plus infâmes scélérats; cette promiscuité les corrompait profondément, ou, tout au moins, les frappait, à tout jamais, dans leur patrie, du discrédit et de la défiance la plus absolue; beaucoup, par une captivité prolongée au delà de toute mesure légitime, étaient devenus, pour leurs propres concitoyens, non seulement des objets de répulsion, mais encore, dans un sens, de véritables étrangers.

Les soins d'Oglethorpe rendirent à la liberté un grand nombre de ces malheureux. Quelques-uns de ses amis se prirent à penser

<*^ Voir Charte de la Ghrgiê de ijSs, dan» Poore, 1, 369.

avec lui que les meilleurs de ces captifs libérés, et, en général les pauvres, sans cesse menacés, h cause de leur pauvreté même, des horreurs de la prison, fourniraient des colons à la Géorgie. La persécution religieuse leur paraissait encore assez cruelle dans plusieurs pays d'Europe, pour qu auprès des premiers pionniers, des victimes de l'intolérance vinssent demander un refuge à la colonie nouvelle. Enfin ils nourrissaient quelque espoir de convertir à la civilisation et h la foi chrétienne les indigènes qui hanteraient le voisinage des établissements projetés^'). Une association se forma, probablement par les soins du même Ogielhorpe, en vue d'exécuter le projet de colonisation. Les associés étaient d'abord au nombre de vingt ^^^ Us se disaient de simples administrateurs d'une entreprise où ils ne voulaient avoir aucun intérêt matériel d'un caractère purement individuel. Eux-mêmes demandaient et acceptaient l'interdiction de posséder, à titre personnel, des terres dans la colonie, et celle de recevoir, de l'association, des emplois salariés ^^\

A la requête des associés, par une charte donnée de Westminster, sous le contreseing de Cooks, le 9 juin 17322, la cinquième année de son règne ^*\ le roi Georges II régla la condition de l'association et de la colonie. L'acte relate les motifs de colonisation que l'on a déjà vus^^^ Les vingt premiers associés y sont nommés, Jean, vicomte Percival, figurant le premier sur la liste, et Oglethorpe, le troisième ^®l L'association y est désignée par ce nom : «Les fidéicommissaires pour l'établissement de la colonie de la Géorgie, en Amérique ^'^. » Elle formait une (t corporation politique ^*N, revêtue de la personnalité civile ^®^ et avait un sceau qu'elle demeurait libre de modifier, à son

t') Voir Chartedela Géorgie de ij3 a, '*) Voir Charte, elc, I, 869, el, cidans Poore, [, 369-379. Voir aussi I, dessus, p. 18 9- 18 A. 369 a la note. («) lbid,,l, 369.

W JM,,l, 369. (') lbid.,l,S6g.

t« Ibid., I, 37s, 37/1, 375. (•) Jlnd,, I, 369.

'*) Ibid., I, 369, 377. (•) Ibid,, I, 369.

grë ^^K La compagnie entière était appelée à délibérer» dans ses réunions générales, sur toutes les affaires sociales ^^^ et, attendu qu'il pouvait devenir trop diflicile de réunir assez souvent toute la compagnie, un conseil d'administration, le << conseil ?>, devait expédier les affaires courantes, passer les conventions et les contrats nécessaires, effectuer ou surveiller l'emploi des deniers sociaux: ^^K La compagnie et le conseil avaient le droit de fixer euxmêmes le temps et le lieu de leurs réunions ^^^ La compagnie recrutait ses propres membres ^^^ et, après la première nomination que le roi faisait dans la charte, elle pourvoyait au remplacement des membres du conseil, morts ou démissionnaires ^^^ Oglethorpe était l'un des conseillers nommés par le roi^'^l Le nombre des membres du conseil ne pouvait être inférieure quinze, et si, comme le roi le désirait, le nombre des membres de la compagnie s'accroissait, la charte ordonnait que celui des membres du conseil fût porté h vingt -quatre ^^\ A tour de rôle, chacun des conseillers présidait les assemblées de la compagnie et celles du conseil ^^K La compagnie, à charge de respecter les lois et les statuts du royaume, était autorisée à faire des règlements et des ordonnances pour l'exercice de ses pouvoirs ^*^^. Le choix de ses agents, et, en particulier, des personnes habilitées h solliciter et à recevoir, pour elle, les contributions volontaires, lui appartenait ''^l Chaque année , elle avait à fournir un compte écrit de toutes ses recettes et de toutes ses dépenses a de hauts fonctionnaires du royaume, désignés dans la charte ('*^^, et, de temps en temps, h l'un des principaux secrétaires d'Etat et aux commissaires anglais du commerce et des plantations,

^» Voir Charte, elc, I, 870. (') Voir Charte, elc, I, 871.

w lbid.,\,^^o. w /w., 1,871.

W Ihid., I, 37/i. '•) Ibid,, I, 87i-37t.

1*) Ibid,, I, 370. f'«) lind,, I, 379-878.

(») /M., I, 370. (») Ibid,, f, 379-874.

un rapport sur les progrès de la colonie ^*l La propriété absolue du sol lui était attribuée ^"^^ et le mandat implicitement mais nécessairement confié d'user du droit de propriété, et, d'une ro.inière plus générale, de toutes les ressources sociales, pour développer la colonie^^^. Si l'association ne recevait pas une attribution perpétuelle de la puissance politique, du moins elle pouvait, pendant vingt et un ans, composer les lois de la colonie ^^^ sauf à les soumettre à l'approbation du roi en conseil privé ^^\ créer les fonctions publiques, nommer les fonctionnaires, à l'exception de ceux que la couronne préposerait à la perception des redevances dues au roi^^\ lever des troupes, qui seraient sous les ordres du gouverneur de la Caroline du Sud^"^^, fortifier et armer le pays, appliquer la loi martiale en temps de guerre, d'invasion ou d'insurrection effective ^^\ former et organiser les cours de justice ^^l Le roi se réservait, après l'échéance de ce terme de vingt et un ans, de choisir les fonctionnaires et d'établir la forme de gouvernement qui lui paraîtrait la meilleure ^'^l Aux colons ordinaires la charte promettait la conservation des libertés, franchises et immunités des sujets anglais ^''^. Hormis les papistes, tous les habitants de la colonie devaient jouir de la liberté de conscience, tant qu'ils ne troublaient pas la tranquillité publique et ne donnaient au gouvernement ni offense ni scandale ^^'^l Même, par égard pour leurs scrupules de conscience, les quakers avaient l'autorisation de substituer, dans toute occasion, au serment proprement dit, une affirmation solennelle dépourvue de tout caractère religieux. La colonie tenait de la charte elle-même le nom

^*^ Voir Charte de la Géorgie de t j3a , ^•î Voir Charte, etc. , 1 , 876.

1,376. W Ibid,. I, 373,376-377.

C«) Ihid., I, 373, 375. W Ifnd., 1, 376-377.

(« Ci-dessus, p. i84, et fade dans ^'^ Ibid., I, 376.

Poore, 1, 369-370. (") Ibid,, I, 877.

î*) Voir Charte, etc. ,1, 873-376. (»» Ibid,, I, 874-875.

'*) Ibid,, [, 878.87/1. (»») Ibid,,l, 875.

de Géorgie ^^\ en souvenir du roi sous le règne duquel les projets de colonisation allaient être exécutés. Enfin les limites de la colonie, décrites par Tacte, étaient, à l'est, la côte de l'Atlantique et les tles en deçà de vingt lieues de la côte, à Touest la mer Pacifique, au nord l'extrémité septentrionale du cours du fleuve Savannah, et, au midi, l'extrémité méridionale du cours du fleuve Allamahah ^^\

Oglethorpe et ses associés surent concilier à leurs projets la faveur publique. Nombre de gens accueillirent avec enthousiasme l'idée de répandre dans une colonie nouvelle la connaissance de l'Evangile, d'ouvrir un nouvel asile aux personnes que persécutait fintolérance religieuse, de procurer les moyens de vivre à des pauvres presque incapables de gagner leur subsistance en Angleterre. Les mêmes ou d'autres estimaient que le climat de la Géorgie se prêterait merveilleusement à la culture de la vigne et à la production des vers h soie. Ils attendaient donc de cette double exploitation une source de richesses abondantes. Les contributions volontaires d'individus furent considérables. La société pour la propagation de l'Evangile dans les pays étrangers donna son secours. Le parlement lui-même vota, en deux ans, des crédits qui s'élevèrent à 36,000 livres sterling.

Oglethoq)e avait accepté d'être, sans rémunération, gouverneur de la colonie. Il y conduisit, dès le mois de novembre lySa, une troupe de cent vingt immigrants. On y vit arriver bientôt, les uns à la charge de la compagnie, les autres à leurs frais, des Anglais, des Irlandais, des Ecossais, des Allemands. Dans la seule année 173&, six cents vinrent, dont cent payèrent leurs propres dépenses. Les colons qui cherchaient la liberté religieuse étaient aussi nombreux peut-être que ceux qui fuyaient la seule pauvreté. Les premiers con-

0) VoirOflrte, elc.,I, 373. Story, I, 97-98; Bancron, III. ^19-

<*> Ibid,, I, 373. Voy. aussi, sur la 4«o; Murray, I, 3ia; Seaman, «oA; charte de 1739, Marshall, 967-948; Hough, I, 963.

vois d'immigrants eurent h peine passé quelques mois dans la colonie, que la compagnie put faire un utile appel, vers 1785, aux travailleurs qui n'étaient aux prises ni avec la persécution ni avec la misère. Les colons allemands portèrent promptement la production de la soie brute à une valeur annuelle de 1 0,000 livres. Le bourg de Savannah s'était élevé en tySS, et celui d'Augusta en 1 784. Un rapport des fidéicommissaires attestait, en 17A0, que la compagnie avait dépensé près de 80,000 livres sterling, et transporté ou envoyé q,5oo immigrants.

Après quelques années, le succès ne répondait plus à l'éclat des débuts. La colonie, qui devait avoir, vers 1770, 17,000 habitants blancs et une milice de 3, 000 hommes, ne comptait guère que 5,000 ou 6,000 âmes vers 1756. Entre cette dernière année et 1760, voire depuis 1786, des causes multiples avaient ralenti le progrès de la colonisation. Si, grâce à la prudence et à la bonté d'Oglethorpe, les Indiens gardaient une attitude amicale, c'étaient les vicissitudes diverses soit des expéditions conduites par Oglethorpe contre les Espagnols de la Floride, soit des coups de main tentés par les Espagnols contre les établissements de la Géorgie , qui compromettaient souvent, de 1 786 à 1749 , la sécurité des colons. En 17/18, Oglethorpe, retournant dans la métropole pour ne plus revenir dans la colonie, privait celle-ci des ressources d'un zèle, d'une activité, d'un désintéressement incomparables, auxquels les contemporains ont rendu d'éclatants hommages. Enfin, au moins jusqu'à 1761, prévalaient des lois émanées des fidéicommissaires, à Tapplication desquelles les colons ne voulaient pas se plier. Une de ces lois érigeait la plupart des terres en véritables fiefs, soumis à l'obligation du service militaire, et, par voie de conséquence, réversibles sur les mâles seuls; une autre prohibait l'introduction des liqueurs spiritueuses et toute relation commerciale avec les Antilles; la troisième déclarait l'esclavage absolument interdit. Toutes soulevèrent les protestations les plus vives. Les colons ju-

geaient intolérable qu'âne des règles les plus dures du régime féodal fût appliquée à des établissements nouveaux, où aucune tradition ni aucune nécessité rigoureuse ne l'imposait; ils estimaient que le marché des Antilles était nécessaire à la colonie; ils pensaient que les noirs seuls pouvaient fournir, sous le climat brûlant de la Géorgie, la somme de travail corporel sans laquelle tout progrès semblait devoir être lent et difficile. Ogiethorpe et ses associés résistèrent à toutes les plaintes. Au même temps, sous un régime différent, la Caroline du Nord atteignait une facile et prompte prospérité ^*l Si, des gens de la Géorgie, quelques-uns se bornaient à faire, par contrebande, le commerce prohibé, d'autres allaient, en plus grand nombre, trouver, dans la colonie voisine, les libertés que leur refusaient les fidéicommissaires, et, sur le sol qu'ils désertaient, de nouveaux colons ne venaient pas volontiers s'établir. L'insuccès découragea les fidéicommissaires eux-mêmes. A l'unanimité, en 1751, ou, au plus tard, en 1 763 , ils décidèrent de rendre leur charte à la couronne. Dès lors, la Géorgie fut une province royale. La première assemblée représentative s'y réunit en 17 5&, et les représentants du peuple ne cessèrent plus de tenir des sessions régulières, où, à l'imitation des colonies plus anciennes, ils travaillaient h développer les libertés publiques. Les vieilles lois dont les colons s'étaient plaints si vivement furent expressément abrogées, ou tombèrent en désuétude. Peu à peu la colonie recommença à fleurir. A la veille de la révolution de 1 776, elle avait acquis une importance considérable. Les Indiens dont Ogiethorpe lui fit d'abord des amis, et que les guerres de l'Angleterre et de la France déchaînèrent plus tard contre elle, arrêtent leurs hostilités dans les dernières années de la domination anglaise. A l'acquisition de la Floride par l'Angleterre elle doit une cause nouvelle et puis-

t') Voy. ci-dc8sii8, p. iSq-iA/i.

santé du développement de son agriculture et de son commerce. Sa prospérité récente , la modération habituelle de ses gouverneurs royaux, la distance considérable qui la sépare des plus fortes parmi les autres colonies, Tempéchcnt de prendre, de bonne heure, une part très vive h la lutte commune contre les exactions de la maison de Hanovre. Le grand nombre de ses habitants blâment cependant la politique coloniale de la métropole. Ils viennent, vers 1776, à la combattre par des mesures positives. Mais si, en 1777^ les colons adoptent une constitution d'Etat indépendant, leur territoire, sans cesse occupé par les troupes anglaises, subit, de fait, la domination étrangère jusqu'au mois de juillet 1783 ^^K On saura de l'histoire de cette colonie tout ce qui importe, si l'on observe que, malgré le progrès réel de la colonisation, le territoire effectivement colonisé ne dépassait pas, du nord au sud, une étendue de i5o milles, et 3o milles, de l'est à l'ouest.

{» Bancroft, V, 3a8; VI, ^107; VII, 337-338, 357-358; VIÏI, 5/i, 83-84, 108, i&i, 965-a66, 391; Uough, I, 9/16.

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