VII
6' ëdit., 101, 186-185, 701; Murray, I, 177-969, 816-888; Sparks, II, 356- 866; Hough, I, 5o5, 6ii-6i5; Poore, I, 776-788, 991-956; II, 1888-1908; Mitchell, 169; de Tocqueville, 1, 88- 53; Laboulaye, I, 119-161, i83, 188, 199-909.
^*^ Voy. ci-dessus , p. 11-18.
^*ï Voy. ci-dessus, p. 11-97, surtout 11-19, i6-i5, 19-98, 96-97.
d'une fois de tout projet de colonisation. Cependant, vers 161&, le capitaine Smith avait fait l'exploration , dressé une carte , donné des descriptions favorables de cette partie de la cAte américaine que bornent le fleuve Penobscot et le cap Cod, et nommé Nouvelle-Angleterre, en signe d'admiration, la région qu'il avait parcourue. Ce fut lui qui, au prix de mille fatigues, après des vicissitudes singulières, par une propagande active, poursuivie avec une infatigable patience, rendit l'espoir et leurs anciens desseins aux membres de la compagnie de Plymoutb. Il semblait appelé à diriger leurs entreprises ; la compagnie lui conférait le titre viager d'amiral de la Nouvelle-Angleterre; mais une divergence d'idées religieuses devait l'empêcher de se joindre aux colons
C'était en 1618. La compagnie de Plymoutb voulut avoir les mêmes privilèges que la compagnie de Londres. Elle réclama la concession d'une nouvelle charte, avec de pressantes sollicitations. Il parait que, dès la première heure, Jacques I*^ fut porté à céder. Où la crainte d'indisposer les associés de Londres, déjà, selon lui, trop indépendants et indociles, ne l'eût pas arrêté ^*\ une considération plus grave le fit tergiverser. La compagnie de Londres avait le monopole du commerce d'une partie considérable du continent américain ^H la compagnie de Plymoutb désirait l'obtenir pour une région d'égale étendue. Or ceux-là ne manquaient pas, en An^eterre, qui soutenaient que l'intérêt de la nation exigeait la suppression même de tout monopole commercial. Cependant les gens de Plymoutb eurent le talent de gagner à leur cause, même d'associer à leur compagnie , quelques-uns des hommes les plus influents de l'époque, et, après deux années d'hésitation, le roi octroyait la charte.
L'acte est du 3 novembre 1620. Les motifs en sont remarquables : çtLes gens de Plymoutb ont, au prix de travaux extraor-
^') Voy. ci-dessus, p. 33-3 A. dans Poore, II, 1888-J908, pastim,
Gomp. Bancrofl, I, 973;Hough, 1,61 1. (xtmparexri-dessus, p. i5, 41, a6, a6-
Voy. chartes de 1 606, 1609, i6ti, 37.
dinaires et de lourds sacrifices, cherché le lieu d'une colonisation utile. Ils ont fondé des établissements entre le &o* et le &8* degrés de latitude nord. Ils se sont assurés qu'avant eux aucun prince ou Etat chrétien n'occupait réellement ces parages. Réduite par d'hor^ ribles massacres, chassée par la peste, la population indigène a abandonné tout ce pays, sur lequel dès lors personne n'a droit. C'est au roi d'Angleterre que, dans sa munificence, le Tout-Puissant révèle cet abandon, avant de le laisser connaître à d'autres princes, attestant de la sorte son intention de livrer aux Anglais ces vastes et belles contrées. De son cAté , le roi veut lever toute difiiculté, et accroissant les privilèges de la compagnie de Plymouth, encourager une œuvre, qui tend à former une société régulière, et à développer la prospérité de l'Angleterre ^^^»
Ces motifs ne donneront pas tous une haute estime de la sincérité ou des lumières des gens auprès desquels Jacques I*' s'était renseigné ^^^; ils firent cependant créer, d'un trait de plume, au profit de quelques individus, une des associations les plus puissantes dont les annales du monde civilisé aient conservé le sour venir. Au bourg de Plymouth, dans le comté de Devon, sous le nom de (( conseil pour coloniser, régir, ordonner et gouverner la Nouvelle-Angleterre, en Amérique, 79 était formée une corporation politique de quarante personnes ^^^ De ses membres, huit seulement appartenaient à la roture ; encore de ces derniers l'un exerçait les fonctions de doyen d'Exeter, un autre celles de conservateur des actes de la cité de Londres, et trois portaient les noms fort connus
(') L'acle , dans Poore , 1 , 99a et 93 1 .
Le roi «'y donne, avec d*autres litres, ceux de roi de France et de défenseur de la Foi , qui paraissent avoir été de style dans toutes les patentes ou chartes de colonisation qu'accordèrent les Stuaris et les princes de la famille de Hanovre:
à litre d*e\emples, voy. encore chartes
du Maryiand de i63a, du Gonnecticut de 1669 , du Massachusetts-Bay de 1 699 et de 1 69 1 , de la Géoi^e de 1739, dans Poore, I, 969, 369, 809, 939, 969.
(') Voy. ci-dessus. Introduction, p.xiixnvii, passim; surtout xii-xiii, x?ii-xx, XXIll-XXIT, xxx-xxxiii , xxxv-xxxvi.
'*> L'acte, foe. cil., 1,993.
de Drake, Gilbert ot ArgalH^^ Parmi les nobles, on trouve le duc de Lennox, lord intendant, et le comte de Pembroke, lord chambellan de la maison du roi, le grand amiral, marquis de Buckingham, le comte Henry de Southampton et lord Zouch, membres du conseil privé, le marquis d'Hamilton, les comtes de Bathe, de Salisbury et de Warwick. Même des simples chevaliers ou barons, quatre s'appelaient Gorges, Seymour, Popham et Gates ^^^. Les membres du conseil choisissaient leur président (^^; leur nombre ne pouvait dépasser quarante ^*^; les membres défunts étaient remplacés par cooptation ^^^ Investi d'un pouvoir presque souverain, ce conseil obtenait du roi le droit de se choisir des sceaux ^^\ et, avec la personnalité civile ^'^ il recevait la propriété absolue du sol ^^\ le droit exclusif d'autoriser la résidence ^^\ le monopole du commerce ^^^\ le droit exclusif de pêche ^^^\ le pouvoir législatif ^^^\ le pouvoir exécutif ^**^, et le pouvoir ou l'autorité judiciaire ^^*\ dans toute la région que bornent à l'est l'océan Atlantique, àl'ouest la mer Pacifique, au nord et au sud le 48" et le 4o* degrés de latitude nord^^^l Spécialement une seule réserve limitait l'attribution du pouvoir législatif : les lois faites par le conseil ne devaient pas être contraires aux lois et aux statuts de la métropole ^^^K D'autre part, dans l'exercice du pouvoir exécutif, le gouverneur, nommé par le conseil, avait l'autorisation d'appliquer la loi martiale en cas de révolte , d'émeute , d'insurrection , comme les lieutenants du roi sur le territoire de la métropole ^*"'\ Sans doute, la charte
''^ Voy. ci-dessus, p. 6, 1 4, 3o. '^ L'acte, loc, cit., I, 997-938.
'*' L'acte, loc, «(., I, 98,3, et ci-des- '^^ Ibid,, !, 915-998, poMÏm.
sus, p. 10, i4, 23, 36-37, 3o. '") Ibid,, I, 926.
«) Ibid,, loc. ctl., I, 99/i. '») Ibid., I, 935.
*) Ibid,, 1,933. ^») Ibid., 1,935.
*) Ibid., I, 993-934. "*l Ibid., I, 995.
W Ibid., I, 994-935. ^») Ibid., 1,993.
<') Itnd.,{, 933.934. ^«"J Ibid.,{, 935.
<*^ AM., 1, 999« 935, 996, 997. "^ /i&ù/., I« 995. 998, patgim.
recommandait de distribuer des terres aux «impies colons, eu égard aux services rendus, aux exploits accomplis, aux dangers courus ^^^ Elle conservait encore, pour eux et leur postérité» aux sujets du roi qui se rendraient à la colonie, le droit aux franchises et aux immunités des libres citoyens du Royaume ^^^ Mais elle se préoccupait davantage et de prévenir ou de réprimer la violation des contrats d'engagement, surtout l'insubordination ou la fuite des gens engagés, l'oubli de la déférence due au conseil, la divulgation mensongère de bruits nuisibles à la colonie ^^\ et d'interdire l'accès de la Nouvelle -Angleterre aux personnes soupçonnées de partager « la superstition de l'Eglise de Rome ^^^ y> A vrai dire, elle laissait les colons ordinaires soumis, en Amérique, à une puissance arbitraire ^^K
De si vastes possessions, qui englobaient, dans un espace de beaucoup supérieur à i million de milles carrés, la moitié du lorriloire actuel des États-Unis, et pouvaient contenir plus de t)00 millions d'habitants^^), ne reçurent pas un colon du conseil de Plymouth. Déjà la compagnie de Londres, absolument transformée, donnait de grandes libertés aux immigrants^''). Cependant l'autre, presque uniquement composée de seigneurs, dont la plupart ne devaient guère se soucier de quitter leurs châteaux et leurs hauts emplois, se faisait octroyer une charte nouvelle où rien n'était pour attirer à la Nouvelle-Angleterre ces immigrants auxquels la Virginie offrait les promesses les plus séduisantes^^'. En vérité, on serait disposé à croire que bientôt les desseins de colo-
') Uacte, loc. cit.,l, 937. (^) Gomp. sur ia charte , Marshall, 83
'*> /W., 1,980. 8A;Slory,I, 34; Bancroft, 1,279-373;
^) /6ûif.,I, 999. Comp. d-desffus, Murray, I, 180-181; Hough, I. 6ti;
p. 96*17. Laboulaye, iA3-i/i6.
'*^ L^afte, loc. ci7. ,1, 998. C'est ainsi •> Voy. ci-dessus, p. 50.
que Pacte qualifie une relig^ion qui avait ^) Voy. ci-dessus, p. «19-31.
été, plusieurs siècles durant, cell«» du * Voy. ci -dessus p. 97-3-».
royaume.
nisatioD lui parurent indignes d'attention , auprès de l'entreprise , qui semblait plus aisée , de battre monnaie au moyen de ses forêts maritimes et de ses pêcheries singulièrement fréquentées. A coup sûr, des grands pouvoirs quelle avait obtenus, elle n'exerça que deux, sans succès d'ailleurs, le monopole du commerce et le droit exclusif de pêche. Ce fut la principale cause de sa perte.
Les pêcheurs anglais se rendaient nombreux, chaque année, aux côtes de la Nouvelle-Angleterre. D'autres sujets du roi y allaient chercher les bois de construction , qui y abondaient. L'émoi fut grand à la Chambre des communes, quand on apprit que la fortune de tant de personnes dépendrait du bon plaisir d'une association de quarante gens de qualité. «Il était intolérable que des citoyens du royaume fussent soumis à un pareil régime^^l?) La lutte éclata aussitôt, âpre et pressante. Les représentants du peuple contestèrent d'abord la légalité de la charte. Puis, dans la session de i6âÂ, ils votèrent une loi qui autorisait tous les nationaux à fréquenter les pêcheries et à exploiter les forêts américaines du conseil dePlymouth. Mais, le roi refusant de l'approuver, la querelle fut renouvelée pour durer jusqu'au jour où la charte cessa d'être invoquée. Le peuple lui-même eut raison de celle-ci. Tandis qu'à la Chambre des communes les réclamations succédaient aux réclamations, les pêcheurs et les marchands de bois continuaient obstinément leurs expéditions. En vain le conseil de Plymouth se plaignait. Vainement il chargeait divers agents de défendre ses droits. En vain il obtenait du roi des proclamations et des arrêtés favorables. Rien n'aurait pu mettre fin aux empiétements, sinon- une force armée que le conseil n'avait pas , et que le roi sans doute ne voulait pas employer. Trente-cinq navires anglais allèrent aux pêcheries en 1629, et quarante-cinq en i6q3. Bientôt le conseil estima ses pn^tentions chimériques. Comme il ne désirait
"> Marshall, 8/t; Bancroft,!, 89/1.
ou ne pouvait coloniser à ses propres frais, il se prit à vendre quelques parties de ses vastes domaines aux gens de bonne volonté qui, à leurs risques et périls, s'y étaient déjà fixés, ou projetaient de s'y installer. Ces ventes mêmes ne le satisfirent point. Quelques-uns des associés se retirèrent de la compagnie. Les autres, au mépris des droits qu elle avait concédés, formèrent des lots de tout le pays que bornent TAcadie et le fleuve Hudson, et les mirent au sort entre eux , pour essayer d'en tirer individuellement parti; puis, avec l'espoir de voir confirmée par le roi cette distribution qui leur partageait la propriété du sol et les pouvoirs du gouvernement, ils rendirent la charte à la couronne en 1 635. Ainsi se dissolvait d'elle-même la puissante compagnie, après avoir été, trente années durant, investie de pouvoirs considérables dont elle ne sut pas user, après avoir formé de grands projets qu'elle n'eut pas la persévérance de mener à terme, et après avoir commencé quelques travaux dont aucun ne fut couronné d'un succès durable.
Quelques années avant cette dissolution, la seconde colonie anglaise de l'Amérique du Nord s'était élevée, sans le secours effectif du roi, sinon par les soins, du moins sur le territoire même et avec l'autorisation des gens de Plymoutfa.
On sait que la réforme engendra promptement en Angleterre plusieurs sectes, qui rivalisaient d'intolérance, poussant colle-ci, quand elles le pouvaient, jusqu'à la persécution la plus vive. Tolérer l'erreur leur paraissait être la subordination du christianisme à de simples intérêts temporels; et les persécutés condamnaient moins la persécution que l'erreur des persécuteurs. La secte que les vexations de l'église anglicane ofiicielle , longtemps omnipotente, atteignirent d'abord, fut celle des puritains, ennemis soit de la hiérarchie ecclésiastique, soit de la pompe du culte, et plus encore que ne l'étaient les autres protestants, amis de la liberté de la pensée et de la parole en matière religieuse, même, par voie de
conséquence, disaient leurs adversaires, en matière politique. Un groupe peu nombreux, fondé en i58o, et nommé le groupe des Brownistes, du nom de Brown, son fondateur, formulait la doctrine de la secte avec une énergie toute particulière, et en faisait l'application la plus rigoureuse. Il sembla mériter une violence exceptionnelle dans la répression , si bien qu'après plusieurs années de souffrances, les premiers de tous les dissidents, la plupart de ses menjbres résolurent, vers 1 608 , de chercher un refuge hors de leur pays. On les voit s'installer successivement à Amsterdam et à Leyde, puis, vers 1617, pour conserver plus facilement leur langue et leur nationalité , former le projet d'établir une colonie sur le sol de l'Amérique, où ils pensent recouvrer la protection de la métropole, en contribuant à étendre lés possessions anglaises. Ils cherchent, «avec la gloire de Dieu et le progrès de la Foi chrétienne, l'honneur du roi et du pays^*^w Le lieu choisi est le territoire de la compagnie de Londres. Des négociations s'engagent avec celle-ci. Elle accorde, en 161 4, une large concession de terres. Mais le roi Jacques, sollicité de garantir aux émigrants la liberté religieuse, refuse toute promesse formelle, et se borne à laisser espérer la tolérance du gouvernement. Peu rassurés sans doute, les Brownistes projettent alors de s'établir sur les bords de l'Hudson^^^. Des secours sont demandés à la compagnie hollandaise des Indes occidentales, dont les membres ne les veulent octroyer que si les Etats généraux promettent de défendre, envers et contre tous, les établissements projetés. Les Etals craignent de s'engager à ce point^^^ Enfin ce sont des marchands de Londres qui fournissent des subsides, aux termes d'un traité d'association, où une clause, singulièrement imprudente, même pour celte époque, stipule une communauté temporaire des biens et des profils ^*^
'*) Voy. la convention du 1 1 novembre '^^ Comp, Introduction , p, xxx'xxxiii.
1 6*10, dans Poore, 1,981. **' Voy. ci-dessus, p. 17-18, 07-98,
'^^ Gomp. Iniroductùm, p. xxi-xxxv. 33.
C'est ainsi que les émigranls puritains, les pèlerins, pour les appeler comme faisaient leurs contemporains, vont pouvoir entreprendre l'exécution de leur dessein.
Le 6 septembre i6âo, deux mois avant la promulgation de la seconde charte de la compagnie de Plymouth, l'expédition composée de quarante et un hommes et de leurs familles, en tout, de cent personnes, quitta, pour les bords de l'Hudson, le port de Plymouth même, dans lequel elle avait relâché. Le mauvais temps, ou peut-être la ruse du capitaine du navire, Hollandais de naissance, désireux d'épargner toute rivalité à ses compatriotes qui colonisaient la région voisine de l'Hudson ^'), fit atterrir les pèlerins sur les cAtes du iMassachusetts, près du cap God. Là, le 1 1 novembre i6qo, au moment de débarquer, les quarante et un chefs de famille signèrent une convention, demeurée célèbre. Aux termes de cet acte fort court, qui appartient réellement au droit public des colonies anglaises d'Amérique, les pèlerins se formaient, pour les besoins de leur gouvernement, en un corps ou une corporation politique dont les membres promettaient obéissance aux lois équitables que la corporation édicterait, et aux fonctionnaires qu'elle étabUrait, en vue du bien général de la colonie ^^^K
On a fort discuté sur la nature de cette convention. L'illustre Slory lui-même paratt y avoir vu un véritable contrat social ^*^^. C'était beaucoup moins. Les pèlerins ne se proposaient pas de créer une société qu'ils avaient apportée toute formée par la nature. Ils organisaient un gouvernement^^); mais, en lorganisant, ils donnaient le premier exemple que l'Amérique du Nord ait eu sur son territoire, d'une constitution faite de toutes pièces par tous les hommes qui devaient d'abord lui obéir. L'acte du 1 1 novembre i6ao fut, au moins en Amérique, suivant les expressions de This-
^') Voy. ci-dessus f/n(ro<2uc(ûm, p. XXX- 80; Bancroft, I, 809; Hough, l, 611. wxiii. ^*î Story, I, ag.
') L'acte, dans Poore , 1 , 93 1 ; Marsliall, '^^ Lat>oiilaye , 1 , 1 33- 1 30.
torien Bancroft, «la naissance de la liberté constitutionnelle populaire ^^^»
Que pouvait être , et que fut le gouvernement aussitôt mis en exercice, sinon une pure démocratie? Les pèlerins n'avaient parmi eux ni chef guerrier, ni grand seigneur. La naissance, la persécution, les souffrances et la pauvreté les rendaient égaux. Ils promettaient obéissance aux lois qu'eux-mêmes auraient composées , et aux fonctionnaires qu'ils auraient nommés. Tous se mirent à délibérer sur les affaires de la colonie, participèrent à la composition des lois, et créèrent un gouverneur électif, auquel ils fournirent, dans ses fonctions, l'assistance, d'abord d'un second ou lieutenant, puis, d'un conseil qui se composa successivement de cinq et de sept membres.
Ce n'est pas au lieu où les pèlerins débarquèrent que ce gouvernement fut d'abord appliqué. Après quelques explorations, les immigrants s'établirent, le i t décembre 1630, sur la côte occidentale de la baie du cap Cod , presque en face de l'extrémité du cap. Ils donnèrent à l'agglomération qu'ils y formèrent, le nom de Nouveau-Plymouth , en souvenir du port d'Angleterre où ils avaient relâché. Quelques groupes de colons détachés de cette agglomération, et d'autres petites troupes de Brownistes, venues de la métropole après la première, fondèrent bientôt, çà et là, de nouveaux établissements. Le premier bourg leur servit de capitale, et le nom même de colonie du Nouveau-Plymouth désigna , avec la capitale, les agglomérations secondaires qui dépendaient de celleci. A toutes setendit le système d'administration qu'avait créé la convention de iGqo. Il demeura sans aucune modification jusqu'au jour où le nombre et la dissémination des habitants firent remplacer par une assemblée représentative les comices du peuple entier. Puis, ainsi modifié, les colons composant leurs lois par
'> Bniicrull, 1, .'ho.
leurs mandataires électifs, et continuant (i*élire leurs fonctionnaires, il dura sans désordre, autant que la colonie eut une existence distincte.
Cette grande indépendance reçut l'approbation d'un corps constitué, qui n'avait pas qualité pour l'approuver. Les pèlerins ne tardèrent pas à apercevoir qu'ils étaient dans les limites du territoire de la compagnie de Plymouth. A leur demande , par des actes de i6qi, 1628, 1626 et 1629, celle-ci leur concéda toutes les terres sur lesquelles ils avaient déjà pris demeure, ou conçu le dessein de s'établir. En général, les actes de concession furent rédigés au nom de quelques-uns des colons, ou de leurs amis de la métropole. On y lisait pourtant que les associés des ayanis droit nommés pourraient se prévaloir des privilèges de ces derniers. Or, à vrai dire, dans la colonie du Nouveau-Plymouth, tous les colons avaient la qualité d'associés. Au fond, c'étaient eux qui demandaient, et de simples agents qui obtenaient les concessions de terres. Un représentant infidèle, déjà nommé dans un acte de concession du i^'juin 1621, obtint, en 1 628 , une nouvelle patente, de laquelle il prétendit user pour revendiquer la colonie entière; mais sa prétention ne fut qu'un accident sans portée : des tempêtes qui , par deux fois , l'empêcbèrent d'aborder au continent américain , le découragèrent de telle sorte qu'au prix de 5 00 livres il revendit son titre au conseil de Plymouth. A supposer, d'ailleurs , que disputer au corps même des colons le bénéfice des actes de concession eàt été auparavant une démarche justifiable, la contestation cessa d'être permise en i64o. Le 2 mars de cette année, Bradford, l'un des signataires de la convention de 1 6 2 , et le seul personnage nommé dans l'acte de 1629, céda à la colonie, dont il était alors le gouverneur, tous les privilèges qui dérivaient de cet acte. Généralement encore, les patentes de concession faisaient une simple attribution de la propriété du sol. Il n'en fut pas ainsi de l'acte de 1629. De ce dernier les colons recevaient, par une cession défini-
tive» avec trois comtés de l'Etat actuel du Massachusetts, Plymouth, Bristol et Barnstable, ef une certaine étendue de terres sur les bords du fleuve Kennebec, tous les pouvoirs nécessaires pour le gouvernement de la colonie. C'était la confirmation , au moins implicite, de la convention du 1 1 novembre i6qo. Rien de plus légitime que cette translation de la propriété du sol : la charte donnée, en ]6so, au conseil de Plymouth, la permettait ^^^ Rien de plus irrégulier que celte délégation irrévocable de la puissance politique : la charte de i 6qo confiait le gouvernement de la Nouvelle- Angleterre aux seuls associés de Plymouth ^^^. Ceux-ci pouvaient, à la vérité, le mettre aux mains de leurs propres agents ou représentants, par un mandat essentiellement destiné à prendre fin, si le titre des mandants venait lui-même à être annulé; mais ils ne considéraient pas les pèlerins comme leurs agents, et ils allaient bientôt rendre leur propre titre au roi^^^ Avant cette reddition, à plus forte raison après, le roi seul eût pu autoriser le système politique sous lequel vivait la colonie du Nouveau-Plymouth. A plusieurs reprises, sollicité d'octroyer une charte qui le confirmât pleinement, il ne consentit jamais à la donner.
De la condition où la Virginie se trouvait alors , à celle des pèlerins, la différence était grande, puisque les colons de la Virginie n'avaient point de part à la puissance executive ^^l Doit-on juger étonnant que le souverain ne fût guère pressé de garantir aux pèlerins des privilèges dont quelques-uns n'appartenaient même pas à cet autre corps de colons d'une orthodoxie certaine et de tendances politiques moins suspectes? On aurait plus de motifs de trouver étrange sa tolérance pour une condition à laquelle il refusait toute approbation officielle. Au moins jusqu'à 168^, la couronne ne se permit vraiment qu'une seule entreprise sur l'indépendance de la colonie puritaine; encore fut-ce une simple
<' Voy. ci-dessus f p. 56, et note 8. '^) Voy. ci-dessus p. 5/i, 59-61.
<^5 Voy.ci-dessua, p. 56-5 7,et les noies. ^*' Voy. ci-dessus, p. 1 5, a 3, 9 7, 99-30.
démarche sans eOet. Vers 1665, Charles II faisait prier les habi- ' tants de renoncer à Tusage de nommer eux-mêmes leur gouver-r neur : ils présenteraient trois candidats , parmi lesquels le roi choisirait. En retour de ce sacrifice, une charte était offerte, qui devait valider leurs autres coutumes. Après mûre réflexion, non sans protester de leur fidélité, ni sans remercier le roi, ils demandèrent de demeurer ce qu'ils étaient ; et la négociation ne fut pas renouvelée. En particulier, sous Charles II, si les pèlerins furent ménagés, ils ne le furent pas pour avoir, de leur plein gré, proclamé, comme ils le firent, le roi à sa restauration. D'autres colonies, qui ne firent pas autrement, furent autrement traitées ^^^ Une autre raison paraît seule pouvoir expliquer cette indifférence, ou cette négligence du gouvernement anglais, à laquelle les libertés du Nouveau-Plymouth durent de subsister si longtemps : la colonie ne semblait mériter, par le nombre de ses habitants, ni des querelles judiciaires ni des actes de violence. Suffisante au temps de Charles II , cette raison l'aurait été sous le Long Parlement et le Protectorat, à supposer que les idées religieuses et les tendances politiques des pèlerins n'eussent pas eu alors la faveur du pouvoir. Elle l'aurait été bien davantage sous Charles I*'. Lentement et péniblement s'étaient développés les bourgs de la colonie. La rigueur exceptionnelle de certains hivers, le déplorable régime de la propriété commune, mal à propos contiàué quelques années durant, les différends avec les marchands associés de Londres, qui furent malaisément désintéressés, la diffusion relativement peu considérable de la doctrine des Brownistes, rendirent les débuts fort douloureux. Même, aux grandes épreuves de la première heure les essais de colonisation n'eussent pas survécu, s'ils n'avaient été l'œuvre de gens décidés à tout souffrir pour la liberté de leur religion. Puis, lorsque deux
*i Voy. ci-dessus, p. 4o-44.
66 NOTICES HISTORIQIES.
on trois cooYois enrent amené tout ce qui restait, sans doute, de Brownistes en Angleterre, Faccroissement du nombre des colons ne Tint guère que du développement normal de la population, qu'entravèrent parfois de nouvelles souffrances. Les colons étaient plus de lôo en 1690. Leur nombre diminua de moitié avant la fin de t6Qt. A peine égal à 18/1 jrers 169/1, à Soovers i63o, il atteignit pourtant 7,000 vers 1675. Mais, quoiqu'on les vtt organisés en petite armée, souvent prête ou occupée à guerroyer, les pèlerins formaient encore un peuple si peu considérable que la couronne parut le juger indigne d'attention.
Le nombre des colons ne donnait pas la mesure de l'importance politique de la colonie. Ce mince Etat, où dès Torigine prévalut une pure démocratie, eut une puissante influence. Ce n'était pas assez que les bourgs créés par les émigrants, qui sortaient de la pronière agglomération, participassent à nommer les fonctionnaires communs et à faire les lois générales de la colonie, ni même qu'appliquant au gouvernement local les principes du gouvernement central, les habitants, dans chaque subdivision organisée du territoire, élussent les fonctionnaires et fissent les règlements du lieu. On verra que des colonies, importantes et distinctes, s'élevèrent bientôt sur le sol de la Nouvelle-Angleterre auprès des établissements du Nouveau-Plymouth. Toutes façonnèrent leurs principales institutions à l'image des coutumes de ceux-ci. Une analogie certaine de doctrines religieuses, et peut-être de tendances politiques, antérieure même à la colonisation^^), rendit sans doute cette imitation plus facile et plus attrayante aux puritains qui peuplèrent le reste de la Nouvelle-Angleterre, qu'elle ne l'eût été è d'autres gens. Mais le plus vif encouragement dut être encore le spectacle de ce gouvernement populaire, déjà établi, dont les sujets avaient su ne pas porter jusqu'à la licence l'usage de la liberté la plus grande. 11 est vrai, d'ailleurs, que les nouveaux venus appor-
'^ Voy. ci-de88U8, p. 59-60.
talent avec eux, comme les pèlerins, ces croyances sérieuses' et ces mœurs sévères qui sont cdes conditions essentielles de la liberté et de la démocratie ^^K y> Cependant Tausténté toute spéciale et le caractère particulièrement religieux des pèlerins semblent leur avoir inspiré une constante émulation. Ainsi, tandis que la colonie du Nouveau-Plymouth fournissait aux colonies les plus voisines leur forme de gouvernement, elle contribuait à conserver, parmi leurs habitants, cette religion profonde et cette sévérité de mœurs, sans lesquelles «le gouvernement populaire, dénaturé par les passions mauvaises, s'abtme enfin dans l'anarchie ^^.t)
De la sorte vécut jusqu'à 168/1 la colonie du Nouveau-Plymouth, libre, sinon très prospère , sous l'autorité de fonctionnaires qu'elle nommait, et de lois qu'elle composait. Le temps vint alors où la maison des Stuarts , touchant à sou déclin , ne voulut plus supporter Tindépendance des autres colonies , plus jeunes, mais singulièrement plus puissantes, dé la Nouvelle-Angleterre. Gharies II et Jacques II les soumirent , on le verra ^^\ à une administration arbitraire, par' un sort commun auquel, eux-mêmes, les enfants des pèlerins n'échappèrent point. Sans doute, comme leurs voisins, ceux-ci secouèrent le joug, dès que le renversement de Jacques II fut connu. Le q9 avril 1689, ^^ jetèrent en prison le représentant du gouverneur royal, et renouvelèrent, d'un accord unanime, le pacte de i6ao. Mais leur autonomie touchait h sa fin : une charte dé 1691 confondit leurs établissements avec plusieurs autres, sous un gouvernement commun, qui dura jusqu'à l'émancipation des États-Unis. Cette transformation sera expliquée, et l'histoire du gouvernement nouveau résumée plus loin^^\
Au début du xvii' siècle, la persécution, jusque-là plus dure
•' Laboulaye I, lAa; comp. de Toc- ^^^ Ci-après, p. 79-80.
queville,!, &i-53,etGi-aprè8, p.69-7o. ^*J Ci-après, p. 8 8-9 A.
') Laboulaye, It i&a.
contre les Brownistes, devint assez vive contre les puritains ordinaires, pour déterminer ces derniers à chercher, en grand nombre, un refuge au Nouveau Monde : mieux valait se fier à la bonté d'un sol encore inculte, et à la protection de la Providence , que d'endurer la tyrannie certaine des lois anglaises et les sévérités de la hiérarchie anglicane ^^). Ce fut surtout dans le sud- ouest de l'Angleterre qu'ils résolurent de déserter leur pays, principalement dans la Nouvelle-Angleterre qu'ils se transportèrent, et particulièrement de 16229 ^ 16/10 qu'ils affluèrent en Amérique. Déjà, vers 1623, quelques-uns avaient fondé de petites agglomérations de colons sur divers points de l'État actuel du Massachusetts. Vers 1638, un nombre considérable, ceux-ci de Londres, ceux-là du Lincolnshire et d'autres parties de l'ouest du Royaume-Uni , formèrent une compagnie où ne manquaient ni le zèle religieux, ni l'activité, ni les ressources de l'éducation et de la fortune. L'objet en était d'aider, au delà des mers, à maintenir et à développer les colonies puritaines. En souvenir du lieu où elle prit naissance, l'association fut appelée compagnie de Dorchester. Sans retard elle se mit à l'œuvre : avec l'aide du comte de Warwick et de Sir Ferdinand Gorges ^*^^ au nom de six de ses membres. Sûr Henry Roswell, Sir John Young, Thomas Southcott, Jean Humphrey, Jean Endicott et Simon Wethcomb , au profit de tous les associés des six personnages nommés dans l'acte, elle obtint du conseil de Plymouth^'^ 1^ *9 ^^^ 1698, la cession de toutes les terres du Nouveau Monde comprises entre deux lignes conduites de l'Océan Atlantique à la mer Pacifique, l'une à trois milles au nord de l'extrémité septentrionale du fleuve Merrimack, l'autre à trois au sud de l'extrémité méridionale du fleuve Charles et de la baie dite de Massachusetts ^^\
Aussitôt l'immigration se portant nombreuse et continue à cet
^•^ BancroUfl, 338-339. '"^^ Voy, ci-dessus, p. 11, 6/1-59.
^'J Voy. ci-dessus, p. 10, 50. *^ L*acte, dans Poore, I,93a-93à.
immense territoire, dont les limites embrassaient, avec d'autres vastes régions, TËtat actuel du Massachusetts et des parties étendues des États du Connecticut, du Maine, du New-Hampshire et du Rhode-Island, les immigrants fondaient et développaient promptement sur le sol même de l'Etat actuel du Massachusetts, non loin du Nouveau-Plymouth , une colonie importante, qui eut seule, jusqu'à 1691, le nom de colonie du Massachusetts-Bay. On vit s'y rendre quelques personnes dès 16^8, 3oo hommes accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants en 1609, près de 1, 5oo immigrants en i63o, 90 en i63i,prèsde9 5oen 1 633, en 1 633 vingt navires couverts de puritains , en 1 63 & un nombre considérable de colons, 3,ooo en i635 , le même nombre dans le seul été de 1 638. Avant le Long Parlement, deux cent quatre-vingt-dixhuit navires y avaient conduit 31,900 Ames et divers effets d'une valeur au moins égale à 300,000 livres sterling, 300,000 livres sterling étaient dépensées, trente ou quarante églises construites, cinquante bourgs et villages établis. Quand la persécution cessa en Angleterre, l'immigration s'arrêta t*^; mais, sans être augmentée par celle-ci, la population du Massachusetts-Bay pouvait croître rapidement désormais. Vers 1676, la colonie comptait près de 33,000 habitants de race blanche. Des premiers bourgs fondés, Salem, Watertown, Charlestown , Roxbury, Lynn, Boston, ce dernier acquit bientôt sur les autres, par le chiffre même de sa population, une prépondérance marquée. Il devint de bonne heure la capitale du pays. Un commerce actif de poissons, de fourrures, de bois de construction, et les travaux soutenus de l'agriculture, donnèrent de véritables richesses aux colons. Sans doute une si rapide prospérité ne fut pas exempte de souffrances. Mais, au temps des épreuves les plus dures, surtout à l'arrivée des premiers puritains, la force et la consolation naquirent des sentiments où déjà les
Voy. d-dessus, p. 59-61, 67-68.
-Brownistes avaient trouvé une patience infatigable ^^^ Pourquoi faut-ii que l'ardeur des croyances religieuses, parfois égarée, soit allée jusqu'à créer la persécution parmi ces gens qui, en fuyant leur patrie, avaient fui la persécution même? Les querelles de religion, qui firent plus d'une victime en 16229, de i63i à 1687, et de i656 à 1669, affligèrent le Massachusetts de quelques-uns des chapitres les plus sombres de son histoire.
Cependant, dans l'ordre politique proprement dit, la colonie vivait sous un régime de grande liberté. Dès l'origine, les habitants élisaient leurs fonctionnaires. Ils ne permettaient à personne l'exercice des fonctions publiques à titre héréditaire, à titre viager, ni même pendant une longue durée. Ils avaient leurs milices que la loi organisait, et qui guerroyaient souvent contre les Indiens, les Hollandais et les Français ^^^ Surtout, en toute matière, ils faisaient eux-mêmes leur propre législation. L'œuvre législative confiée, jusqu'à i63&, à des comices du peuple tout entier, le fut dès lors, la population devenant trop nombreuse, à une assemblée représentative recrutée par voie d'élection populaire. Elle ne cessa pas d'être accomplie avec une remarquable indépendance. A plusieurs reprises, particulièrement eni635, 16&0, 16/18 et 1668, les représentants discutèrent, ou même votèrent de véritables codes. Ce n'est pas le lieu de^ rechercher tous les principes de droit public dont ils imaginèrent des applications variées et des formules intéressantes. Mais on ne saurait passer sous silence un acte d'une importance toute spéciale, qui, au cours de Tannée 16Â1, transforma en lois expresses plusieurs des plus anciennes coutumes du pays. Grande y est la variété des sujets. Auprès de dispositions diverses qui réglaient notamment la liberté religieuse , le pouvoir
^*J Voy. ci-dessus, p. 59-61 , 65-66. 1675, 1676, 1693, Marshall, 93-9^,
W Voyei, à litre d'exemptes, sur di- 104-107, 137, i/i5-iû6; Baucrofl, H,
verses expéditious faites ou pittietëes par 78 , 98-1 1 o ; Murray, [ , 980 , 939-960,
la colonie en i635, i636, i653, 166/î, a43-îj/i/i.
du jury, la répression des crimes, Porgaoisation de la famille, la tutelle des incapables, la condition des terres et des successions, on y trouve l'indication précise des principes essentiels du système politique auquel les colons obéissaient. Ainsi le droit de réunion et de pétition devait être respecté ; tous les fonctionnaires communs, gouverneur, lieutenant-gouverneur, trésorier, conseil des assistants, commandants des forces de terre et de mer, étaient élus, chaque année, par le peuple, et payés des deniers du trésor commun; les fonctionnaires de Tordre judiciaire, eux-mêmes, recevaient annuellement leurs mandats de l'élection; chaque bourg élisait ses représentants à l'assemblée législative, et les rémunérait de ses propres deniers; le mandat législatif ne devait pas dépasser une année, afin que la colonie eût c^la liberté annuelle» d'adopter, sur toutes choses, le parti le plus favorable à l'intérêt général. D'autre part, à charge de ne pas transgresser les lois communes, les habitants de tout bourg étaient autorisés à pourvoir à l'administration locale au moyen de règlements, dont la violation rendait passible d'une amende au plus égale à lo shillings, et ils confiaient le pouvoir exécutif à un corps de magistrats locaux, annuellement éligibles^^^ C'est là «l'image la plus fidèle des principes, du caractère et de l'esprit de ce peuple, et la meilleure preuve de sa vigueur et de son autonomie ^^\ r> Il est aisé de voir que les colons du Massachusetts-Bay avaient emprunté les éléments essentiels de leur état politique h leurs voisins du Nouveau-Plymouth ^^^
Cet état ne subit aucune réforme considérable jusqu'aux dernières années de la dynastie des Stuarts. Ce ne fut pas, comme on verra, sans querelles ni sans menaces que le métropole le toléra si longtemps.
Par l'acte du 1 9 mars 1 6 s 8, le conseil de Plymouth avait transféré tous les droits qui lui appartenaient, dans la région qu'il aban-
») Comp, Bancroft, I, Aiy-AiS. — W Bancro(\, I, 4i8. — ^*) Voy. ci-des«u8, p. 6a, 65, 66-67.
72 NOTICES HISTORIQLES.
donnait 9 è la compagnie de Dorchester. De ces droits , les uns, qui ne touchaient qu'à la propriété du sol, étaient cessibles; les autres ne l'étaient pas, qui concernaient le gouvernement ^i). Mais une charte royale , bientôt octroyée de Westminster, le & mars 1699, sous le contreseing de Wolseley ^^\ confirma l'abandon des droits sur le sol ^^\ et régla l'administration de la région cédée ^^\
La charte rappelle les principales clauses de l'acte de i6s8^^^ Avec les noms des six cessionnaires primitifs ^^^ elle donne ceux de vingt associés nouveaux, dont un seul, simple chevalier, appartenait à la noblesse ^^). C'est au profit égal de tous, de leurs héritiers et ayants cause, et des autres associés qui se joindraient è eux, que ses dispositions étaient rédigées ^^^. Sous le nom de «gouverneur et compagnie de Massachusetts-Bay, dans la Nouvelle-Angleterre,') tous formaient une corporation «apolitique, )9 revêtue de la personnalité civile ^^K La compagnie pouvait se choisir des sceaux^"®^. Elle recrutait elle-même ses propres membres ^*^^ Elle était investie de tous les pouvoirs du gouvernement ^^^^ En particulier, d'une part, elle faisait les lois de la colonie, à charge de ne pas violer celles de la métropole ^*'^; de l'autre, elle déléguait annuellement la puissance executive à un gouverneur, un lieutenant du gouverneur, un conseil de dix-huit assistants, qu'après la première nomination faite par le roi pour un an , elle choisissait parmi ses membres ^^'^^ et à des fonctionnaires subalternes qu'elle^ nommait à son gré^^^l Le gouverneur et les assistants devaient se réunir au moins une fois par mois^'^), et les membres de la com-
(') Ci-dessus, p. 6s-6/î. •) L'acte, dans Poore, I, 986.
^*> L'acte, dans Poore, ï, gh^. "•» Ibid,, 1, 986.
(') Ibid., 1, 939-9/ia, passim. (") Ibid,, I, 986-937.
'*) i6ù{., I, 939-969, passim. (*» Ihid., {.gUo-^kt.
(») Ibid., I, 989-933. (») /M., I, 987 et 9^.
t») /Wrf., I, 988. (»*) Ibid.,\, 986-987.
") ïbid,, I, 988-986. ('*) Ibid., ï, 987.
W Ibid,, I, 988-986, 986-987. ('•) Ibid., 1,987.
pagnie tenir, chaque année, au moins quatre assemblées générales ^'^ Des colons ordinaires rien n'est dit, si ce n'est qu'ils conservaient les libertés et les immunités des sujets libres du roi habitant les dominations de la couronne ^^\ et que certains serments leur pouvaient être déférés, qui excluaient de l'immigration les catholiques ^^\ voire les dissidents puritains eux-mêmes ^^^ Tous les sujets anglais conservaient d'ailleurs, dans les eaux et sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre, suivant les usages établis, le droit de pèche et ses accessoires nécessaires ^^^
Telles sont les dispositions essentielles de la charte de 1639. A ne considérer que la lettre, on imaginerait difficilement un système plus libéral pour la compagnie et plus arbitraire pour les simples colons ^^\ L'esprit et les circontances corrigèrent la rigueur apparente de la lettre. D'abord, le gouverneur et le conseil n'étaient qu'ailtorisés à déférer les serments, qui auraient gêné l'immigration des puritains; ils ne les déférèrent point ^"^^ En second lieu, si presque tous les droits et les privilèges appartenaient à la compagnie, les membres de celle-ci, puritains zélés, ne demandaient qu'à l'ouvrir à leurs coreligionnaires persécutés, au profit desquels ils l'avaient formée. Enfin, le transfert, bientôt accompli, du siège social et politique de la compagnie aux bords de la baie du Massachusetts , permit d'associer effectivement à tous les actes de la corporation tous les colons qu'elle faisait venir de la métropole*
A peine la charte de 1639 avait-elle été octroyée, que de nombreux immigrants s'offrirent. Plusieurs, gens riches et influents, dont le concours devait être d'une haute importance, n'hésitèrent pas à réclamer que le gouvernement de la colonie fût transporté
^') L^acte, dansPoore, 1,937. (*) Sur la charte, voy. Marshall, 85-86;
W Ibid., I, 940* Slory, I, 36; Bancroft, I, Ui-Ub;
■'î !bid,, I, 960. Murray, I, 193 et aoo; Hough, I, 6t9 ;
(*) !M,, 1,9/ïo. Laboaiaye,!, i/i5-i&8.
'*^ îbid,, 1,9/11-949. W Comp. d-deseiu, note 3.
lit NOTICES HISTORIQUES.
dans la colonie même. Gomment gouverner, de la métropole, avec sagesse et utilité ^^^? N'était-ce pas un exemple probant que celui de la Virginie, où le succès demeura incertain jusqu'à ce que les colons eux-mêmes eussent été appelés au moins à légiférer pour leurs propres établissements ^^^ Le s8 juillet 1699, à une réunion "générale de la compagnie, le gouverneur en personne, Mathieu Cradock, proposa le transfert. Le â6 aoât, à Cambridge, dou^e personnages considérables, dont, à coup sûr, au moins deux appartenaient au premier conseil, se jurèrent, «devant Dieu,» d'aller vivre dans la Nouvelle- Angleterre, si, avanlla fin de septembre, la cha^e et l'administration y étaient installées. Le a8, une réunion générale fut de nouveau saisie de la proposition de Cradock, et le lendemain, après de sérieux débats, la compagnie l'adopta. L'exécution suivant de près l'adoption, on vit aussitôt s'organiser, sur les bords de la baie du Massachusetts, ce régime démocratique, dont les traits caractéristiques sont déjà connus (^).
La translation du siège de la compagnie eut ainsi les plus graves conséquences. Elle devait nécessairement les produire. Il est remarquable que le roi ne parait pas les avoir toutes prévues dès la première heure. Deux motifs l'avaient déterminé, sans doute, à octroyer la charte de 1629 : le désir de faire coloniser, à la hâte, par ses sujets, même hérétiques, une région importante que les Français prétendaient rattacher à la Nouvelle-France ^^\ et l'envie de se débarrasser de sectaires dont le nombre et les doctri/ies le gênaient. Mais ce ne pouvait être son intention, quand les gouverneurs royaux administraient déjà la Virginie ^^^ de créer une sorte de république où les habitants, plus indépendants que ne l'avaient jamais été ceux de la Virginie elle-même ^^\ allaient
(') Comp. ci-dessus, p. A 9.
t*î Voy. ci-dessus, p. 38-4o.
'^) Comp. ci-dessus, p. a 9-8 3.
(*5 Comp. ci-dessus, p. i5, 93, 97,
W Ci-dessus, p. 69-67.
(*) Bancroa, 1, 349.
tou$ participer à l'exercice de toas les pouvoirs du gouvernement. Pourtant il ne s'opposa point à la translation. Même il n'en contesta pas la légalité, que divers membres de la compagnie n'estimaient point certaine ^^\ Bien plus, comme des personnages de la métropole, moins patients, et quelques colons, ces derniers peutêtre de cette race de mécontents incorrigibles qui est toujours partout, demandaient une enquête sur la conduite de la compagnie, voire des poursuites contrôles associés, il souffrit que, le 19 janvier i63q, le conseil privé, rejetant la requête, déclarât maintenir les libertés dont la colonie jouissait, et promit celles dont elle pourrait avoir besoin. Espérait-il que les colons se lasseraient du régime démocratique établi sans retard? La chose est incertaine. Mais, quels qu'eussent été jusque-là ses motifs de tolérance, il changea brusquement d'avis et de conduite en 1 634, pour commencer contre la colonie du Massachusetts-Bay une dispute de prérogatives, qui, avec des péripéties diverses et des périodes d'accalmie, se continua, presque toujours vive et pressante, jusqu'aux dernières années de la dynastie des Stuarts. Le gouvernement de la métropole voulait ramener à lui l'autorité, fût-ce en annulant la charte de 1 6 Q9 ; les colons entendaient conserver celleci, et faire l'usage le plus large des libertés qu'elle leur accordait. Rien de plus curieux que cette lutte, dont quelques incidents au moins doivent être rapportés. En i63&, une enquête est ordonnée sur certains actes de la compagnie, et la production de la charte demandée. En 1 63 5 , le roi essaye d'entraver l'immigration , et , en 1637, il l'interdit En i635 même, une ordonnance de quo-warranto est émise contre les associés: quelques-uns comparaissent
(*) Marshall, 85; Story, I, 37-38; même devait bientM établir, hors de la
Baiicroft,I,35a-353; Laboulaye,!, i5i- métropole, le siège du gouvernement
iSs. — A vrai dire, aucune disposition d'autres colonies. Gomp. Bancroft, loe.
de la charte et aucun principe du droit cit. , et voyez , ci-après, les notices sur le
public anglais ne condamnaient Tacte Gonnecticut et le Rhode-Island. de la compagnie ; la couronne elle -
devant la justice, et sont déclarés individuellement déchus des bénéfices que la charte leur confère. En i638, le roi enjoint aux colons de faire abandon de cette dernière, menaçant, s'ils résistent à son injonction, de les soumettre à une autorité arbitraire. Même sous le Long Parlement, l'existence de l'acte est un instant menacée. Plus tard, Charles II veut d*abord en modifier quelques clauses; puis il l'abroge. Cependant, la résistance énergique des colons, souvent aidée par des circonstances favorables, avait prolongé jusqu'à 168& le maintien des libertés publiques. En i63&, les colons, sans protester, se dispensaient d'obéir aux sommations du roi. En i635, la compagnie ne se faisait pas représenter collectivement devant la justice; la plupart de ses membres demeuraient hors de cause; et des événements indépendants de sa volonté suspendaient la querelle judiciaire. En i635 et 1637, les immigrants éludaient ou violaient les ordonnances royales. Surtout après i638, la lutte que Charles I*' soutenait contre le Parlement le détournait souvent de celle qu'il avait entreprise contre les gens du Massachusetts. En 1 646, le Long Parlement, ramené, sans peine, d'une attitude menaçante, à traiter avec faveur des hommes dont la religion et les tendances politiques ne lui déplaisaient point, laissait à la colonie une indépendance presque absolue. Cromwell y protégea le commerce, l'industrie, la liberté religieuse et l'autonomie. Lorsqu'en i664, Charies II, dont lavènement n avait excité aucun enthousiasme parmi les puritains du Nouveau Monde, envoya auprès d'eux une commission chargée d'ouvrir une enquête sur les actes de leurs pouvoirs constitués, et de prescrire les réformes nécessaires, les enquêteurs eurent à lutter, dans le Massachusetts, contre une hostilité résolue, qui ne cessa de dénier toute autorité à la commission , et rendit les opérations de l'enquête impossibles ou illusoires. Ainsi, jamais la charte ne semblait un instant menacée d'annulation ou d'empiétement, que les colons n'adressassent aussitôt à la métropole les protestations
les plus vives, ou ne proclamassent leurs droits avec la plus grande énergie ^^\
En 168&, l'acte de 16229, si longuement défendu, fut abrogé. Quelques années durant, les démêlés de la politique européenne avaient absorbé l'attention de Charles H. 11 voulut, vers le déclin de sa carrière, faire sentir enfin tout le poids de son autorité à cette colonie du Massachusetts, qui ne relevait guère de la métropole que par une dépendance nominale. En 1663, demander que les lois locales, qui portaient atteinte à ses prérogatives, fussent abrogées, que les colons lui prétassent serment de fidélité, que la justice fût rendue au nom du roi, que les francs-tenanciers de certains biens déterminés eussent seuls la qualité d'électeur, et que le culte de la religion anglicane pût être célébré , lui avait paru une revendication assez énergique. Les colons pourtant s'étaient avisés de la trouver insupportable. Désormais il les voulait réduire à sa merci. DeiôyGàiGSs, des négociations irritantes, souvent interrompues, et divers procédés d'intimidation tendirent à obtenir que la colonie abandonnât d'elle-même ses privilèges. Mais elle traitait volontiers les représentants du souverain presque en ennemis de la chose publique, et, aux agents qu'elle envoyait à la métropole, elle prescrivait de ne sacrifier aucune de ses libertés. C'était l'époque où Charles H prenait horreur des immunités de toutes les corporations politiques. Les unes après les autres, les villes anglaises, quand elles ne les rendaient pas de bonne grâce, voyaient leurs chartes annulées par la justice. Même la cité de Londres essayait vainement de résister. Comment le roi aurait-il hésité plus longtemps à frapper le Massachusetts de mesures décisives? Au mois de juin 1 683 , une ordonnance de quo-warranto est
<»' Voyei, à litre d'eiemples, les dé- croft,I,6i3,44i-A6a;Il, 73.76, 78-81;
darations faites par eux, sous forme de Murray, I, aoa; Laboutaye, I, 199-900,
supplique ou autrement, eu 1 638, 1666, âoi-ao3, ao5, ao6-907. Comp. Mar-
1661, ]66&. Hazard, I, /i3&-&36; Ban- sball, 139.1/10.
78 l^OTICES HISTORIQUES.
rendue contre la compagnie, et la colonie prévenue que, si, avant la continuation des poursuites judiciaires, elle se soumet, sans réserve, au bon plaisir de la couronne, sa condition subira les seules modifications qui seront nécessaires pour l'établissement d*un gouvernement de province royale. Le gouverneur et le conseil des assistants, convaincus que la résistance sera inutile, voudraient ne pas la tenter. Les représentants du peuple, au contraire , tenant que la soumission ne servira pas mieux l'intérêt général , décident de ne pas céder : le procès fera au moins gagner du temps ; la condescendance n'a sauvé aucune des corporations de la métropole; en vérité, le roi est déjà résolu à détruire les dispositions essentielles de la charte ; la religion même de la Nouvelle-Angleterre vient à péril; les ministres du culte, après une journée de prières solennelles, ont conseillé la résistance; libre aux ennemis de la colonie de se rendre odieux en privant un pauvre peuple de ses libertés ; si les colons souffrent persécution , ce sera pour la justice aux yeux de la postérité, et, au grand jour, ils auront la gloire des martyrs. Le procès suivit donc son cours. La procédure fut vivement conduite. Le 18 juin 168&, un an et six jours après l'annulation de la charte de Londres, la charte du Massachusetts était provisoirement annulée par la haute cour de chancellerie. Cette première décision de justice fut confirmée au début de la session suivante de la Saint-Michel , et la copie du jugement définitif reçue à Boston, le 3 juillet 1 685^*1
C'est ainsi que tomba la charte sur laquelle reposaient les libertés de la colonie. «Il n'y avait plus de barrière entre le peuple du Massachusetts et la volonté arbitraire de la cour d'Angleterre. La religion était-elle en danger? La propriété territoriale était-elle en sûreté? Un système restrictif paralyserait-il les entreprises commerciales? La Nouvelle-Angleterre était-elle destinée à connaître
^'^ Comp. cliaKe de 1691, dans Poore, I, gàO.
le despotisme par sa propre expérience? La colonie se couvrit de sombres pressentiments ^^Kr>
La mort de Gharle^ II et l'avènement de Jacques II au trône permirent que les colons, presque oubliés ou négligés, retinssent, de fait, la plupart de leurs anciens privilèges jusqu'au mois de décembre i686. Aucun caractère de la tyrannie ne devait manquer au systè;me de gouvernement qui leur fut alors imposé. Le gouverneur nommé par le roi choisissait le conseil des assistants. D'accord avec le conseil, il composait les lois, et levait les impôts. Il commandait la milice. La presse était à la merci de l'autorité, l'instruction publique gênée ou mal soutenue , l'Église anglicane favorisée. Les antiques réunions de tous les habitants furent interdites dans les bourgs, comme des actes de sédition ou d'émeute, si elles avaient un autre objet que la nomination des fonctionnaires locaux , le seul privilège qui demeurât respecté. On vit certains frais de justice deux fois décuplés , mémo la validation des acquisitions de terre, faites sous l'ancienne charte, mise en question , et la liberté de partir subordonnée au bon plaisir du gouverneur ^-^l
Un pareil système ne pouvait prévaloir chez un peuple pareil, è cette distance de la métropole ^^). Les colons devaient nécessairement passer bientôt des protestations aux actes. La révolution qui renversa Jacques II ne fit guère qu'avancer parmi eux l'heure d'une insurrection triomphante. Le & avril 1689 '^ nouvelle de l'expédition du prince d'Orange s'ébruitait à Boston. Le 18 le peuple de la ville saisit, emprisonna le gouverneur, les soldats et les amis de ce personnage, et rétablit les anciens fonctionnaires. Le même jour, il recommandait «son entreprise h Celui qui entend le cri des opprimés, et il conseillait è tous ses voisins, pour les-
(^) Bancrofl, II, 197. rendre populaire en Virginie. — C^omp.
(*) Le gouverneur charge de mettre ci-dessus, p. hd, ce régime en vigueur était ce même An- ^'^ Gomp. ci-dessus, p. 33, 6^-53.
dros, qui sut, a une autre époque, se
quels il s'aventurait ainsi, de joindre aux siennes leurs prières et leur légitime action pour la défense du pays^^^. » Aussitôt les habitants des cinquante- quatre bourgs tenaient leurs comices. Dans quarante bourgs au moins, avant que l'avènement de Guillaume et de Marie fût connu , ils votaient le rétablissement de l'ancienne charte. Puis des députés étaient élus sans retard, et, le âs mai, l'assemblée législative de la colonie se réunissait de nouveau.
Soit qu'ils craignissent de voir la foule affecter bientôt une trop grande indépendance, soit qu'ils redoutassent d'offenser les nouveaux souverains de la métropole, proclamés dans la colonie le 99 mai 1689, les anciens magistrats rétablis ne voulurent point se prévaloir, sans réserves, des dispositions de la charte de 16229. C'était d'abord leur dessein de se borner à exercer, de fait, les pouvoirs nécessaires du gouvernement, en attendant les instructions de la couronne. Si plus tard, sur les objurgations des représentants du peuple , ils se décidèrent à tenir la charte pour restaurée, ils ne le firent qu'en réservant l'avenir, et déjà ils avaient écrit au roi qu'ils n'assumaient point le plein exercice d'un gouvernement de charte. Leur autorité parait cependant n'avoir pas cessé d'être respectée. D'un commun accord, magistrats et subordonnés tournèrent leurs efforts à obtenir de la couronne la confirmation des anciens privilèges. Les négociations durèrent plus de deux ans. A un premier Parlement , où la majorité affirmait que l'annulation de ces privilèges de la Nouvelle-Angleterre était un grief, succéda une législature plus favorable aux tories, et le roi, «plus libéral par situation que par caractère ^^\ » manifesta clairement l'intention d'imposer à la colonie ou une charte nouvelle, ou la condition d'une province royale. Ce fut la charte qu'il imposa. Un projet émané de Sir Georges Treby, Tun des grands jurisconsultes whigs de l'époque , ne faisait pas suffisamment large , au gré
"> Bancroft, II, à45-/i46. — W Murray, 1, a38.
du conseil privé, la part de Tautorité royale. Le roi et le chancelier Somers, moins généreux pour les gens du Ma|(|achusetts que ne Tavaient été Charles II et Glarendon^'^ adhërèreh^ à un autre texte, où la colonie jugea que l'autorité de la couronne était portée jusqu'à l'excès. La houvelle charte devait durer pourtant, mais elle mit fin à l'existence distincte de l'ancienne colonie du Massachusetts-Bay. Si le nom demeura, il servit à désigner désormais plusieurs des colonies primitives , fondues en une seule, sous un gouvernement unique, dont l'histoire sera résumée plus loin ^^K
Dans les limites de l'Etat actuel du Maine, quelques petits groupes de colons anglais paraissent s'être formés vers 1636, où Jean et Sébastien Cabot, Pring, Weymouth, Smith et d'autres n'avaient fait que passer ^^^^ Leur développement fut très lent. Soit que divers personnages, entre lesquels le conseil de Plymouth divisa, de bonne heure , la partie de la côte qui s'étend du fleuve Piscataqua au fleuve Penobscot, prétendissent tirer des redevances exagérées de leurs terres, soit que le voisinage des possessions françaises semblât une menace permanente, soit que l'abondance du gibier et du poisson détournât les immigrants des travaux plus utiles de l'agriculture, l'une des principales agglomérations, le bourg de Saco, ne comptait encore, en i636, que cent cinquante habitants. Si la population blanche s'accrut plus rapidement dès lors, cependant, vers 1676, elle ne devait pas dépasser de beaucoup cinq ou six mille âmes. Plusieurs années durant, les colons se régirent suivant leur bon plaisir, les propriétaires du pays ne faisant même pas l'essai de leur imposer un système de gouvernement. A supposer que ces derniers, simples particuliers, eussent reçu le droit ^*^ et possédassent la force de commander à des gens qu'ils n'avaient ni appelés d'Angleterre, ni liés par des
'^ Corop. ci-dessus, p. 76-77. — (*' Voy. ci-après, p. 88-yA. — ^^^ Ci-dessus, p. s-10, 19. — ^^^ Voy. ci-dessus, p. 6/i et no(es 1 et s.
promesses, ils jugeaient sans doute préférable de se borner à tâcher de battre monnaie, au moyen de la vente et de la location des terres ^^). Le roi, lui, ne prenait pas souci, pour lui-même, de si minces agglomérations^'^). Enfin, plusieurs des colons étaient apparenmient venus de la colonie voisine du Massachusetts-Bay, où déjà, vers 1 63 5, l'immigration affluait ^^^ Tout porte donc à penser que le régime démocratique , sous lequel vivaient les établissements du Nouveau-Plymouth et du Massachusetts, prévalut, dès l'origine , parmi les habitants du Maine. Au moins semble-t-il certain que l'un des grands propriétaires créés par le conseil anglais de Plymouth se résolvant, en 1 63 6, à tenter de gouverner son domaine qui était vaste, y trouva le peuple habitué, comme dans la Virginie, la colonie du Nouveau-Plymouth et celle du Massachusetts-Bay, à délibérer sur les intérêts communs , et à composer les lois ou les règlements nécessaires. En vérité, une liberté considérable paratt avoir subsisté partout, dans le Maine , jusqu'à 1 686. Ce ne fut pas sans quelques vicissitudes qu'il importe défaire connaître. Des lettres royaux de 1 6a i , confirmées par de nouvelles lettres de 1695, et par un acte du conseil de Plymouth, donnèrent à un seigneur, ami de Jacques I*', Sir Guillaume Alexandre, comte de Sterling, toute cette partie septentrionale de l'État actuel du Maine, que bornent les fleuves Sainte-Croix et Kennebec. Sterling reçut des privilèges considérables; mais il ne fonda ni ne régit le moindre établissement en Amérique : il se contenta de vendre, pour le Nouveau Monde, des titres de noblesse. Soit qu'il l'eût rendue à la couronne, soit qu'il l'eût cédée au duc dTork, frère de Chaiies II, et roi plus tard, sous le nom de Jacques II, la même partie de l'État du Maine passa définitivement, en i66ii, au pouvoir de ce dernier. La translation fut accomplie ou ratifiée par une charte royale, du 12 mars 166/i, revêtue
'J Comp. ci-dessuA. p. 57-68. — ^*' Comp. ci-dessus, p. 65-66. — ^^^ Comp. cidesiuft, p. 68-69.
du contreseing de Howard ^^^ Avec la propiëté absolue du sol, tous les pouvoirs du gouvernement étaient attribués : au «(très cher frère du roi^^).» En personne, ou par ses représentants, il pouvait composer les lois, à charge de ne pas violer celles de Ja métropole; il exerçait la puissance executive; il avait le droit d'appliquer la loi martiale, en cas de révolte, d'émeute et d'insurrection, comme les lieutenants du roi sur le territoire anglais; ilipossédait le monopole du conmierce,et seul, le droit d'autoriser la r&idence ^^\ Une nouvelle charte octroyée de Westminster, le 99 juin 167/1, sous le contreseing de Pigott, confirma la première ^^^ L'une et l'autre paraissent être demeurées sans application entre les fleuves Sainte-Croix et Kennebec. Avec cette fraction de l'État du Maine, elles donnaient au duc d'York des territoires singulièrement plus vastes, plus habités, plus utilement colonisés. Ce fut à gouverner ceux-ci qu'il tourna de préférence son attention, quand les afliedres d'Eufope la laissaient inactive. Les rares habitants qui s'étaient établis dans la partie septentrionale du Maine continuèrent donc apparenmient de se gouverner, à leur gré, jusqu'à 1691. Alors une charte émanée de Guillaume d'Orange et de Marie, les engloba dans la nouvelle colonie du Massachusetts-Bay ^^K
La partie méridionale de l'État actuel du Maine, que bornent les fleuves Kennebec et Piscataqua, semble avoir été la plus peuplée de bonne heure. Elle eut une fortune un peu différente de celle qui échut è la partie septentrionale. En i635, un acte du conseil de Plymouth, probablement rédigé au mépris de concessions antérieures ^^\ elles-mêmes à peine mises à profit par les gens qui les avaient obtenues, la donna è Sir Ferdinand Gorges, l'un des membres de ce conseil^''). Gorges la voulut gouverner aussitôt,
^'' L*acte,daii8Poore, i^ 788 et 786. ^^> Gomp. à-dessus, p. 67, 81, et cï-
'*) /W., ï, 783-78 A. après, 88-9^.
^*) lhiéL,U 78A-785» t«) Comp. ci-dessus, p. 58-59-
W Ibid., I, 786^88. (') Voy. ci-dessus» p. 56.
8/i NOTICES HISTORIQUES.
et y envoya, pour i'admiDistrer, un de ses neveux. On croit que ce dernier se borna à présider une assembiëe représentative , ou des comices des colons ^^); et Ton peut penser que l'administration de la colonie n'offrait guère d'avantages au gouverneur : sur le point de partir, après deux années de séjour, il proposait en vain ses pouvoirs à six puritains du Massachusetts et du Connecticut, deux des colonies voisines. Il partit sans successeur, et derechef, de t638 à i6/io, les colons s'administrèrent à leur fantaisie. Le 3 avril 1689 pourtant, une charte royale, faite à Westminster ^^^, avait confirmé la donation que Ferdinand Gorges tenait du conseil de Plymottth^^^ nommé comté ou province du Maine la région qu'il avait reçue ^*^ et déterminé les pouvoirs qu'il était régulièrement autorisé à exercer. Le propriétaire conservait la propriété absolue du sol^^^ Sous la surveillance et la haute autorité du conseil anglais des colonies, en personne ou par les fonctionnaires que lui-même nommait, il exerçait la puissance executive ^^^; il rendait la justice ^^); à charge de ne pas violer celles de la métropole, il faisait les lois avec le concours de représentants des francs tenanciers ^^\ ou, si l'assemblée ne pouvait être commodément réunie, il composait, sans l'assistance des délégués du peuple, pour la conservation de la paix et du bon ordre, des ordonnances qui ne devaient porter atteinte ni à la vie, ni aux membres, ni aux biens des sujets ^^^ Tout particulièrement il avait le droit de créer des bourgs, des villes, des comtés ^^°^, même une organisation féodale du territoire (^'^. Plus spécialement, dans l'exercice de la puissance executive, il levait les troupes, les orga-
') Comp. ci-dessiis, p. 8i-8:<. "^ L'acte, dans Poore, I, 777 el 780
^*) L'acte, dans Poore, I, 788. <"^ Ibid., ï, 777 et 780.
W Ibid,, ï, 77A-775, el la note de la ^•^ Ibid., l, 776-777.
page 774. ^*^ Ibid., ï, 777-778-
^*) Ibid.,\,']fo, ^'^Ubid.,\, 779.
(*) ibid.,\,']'jh-'j''rt' ^"^ ^^> ^ 780.
nisait, en pouvait déléguer la direction ^'^ et, au cas de révolte, d*émeute, d'insurrection, il appliquait la loi martiale, comme les lieutenants du roi^^^ sur le territoire anglais. D'autre part, il était seul habile à permettre le trafic et la résidence (^), et pouvait notamment déterminer les ports qui seraient ouverts au commerce, et en subordonner l'usage au payement d? taxes ^^^ Tous les sujets anglais gardaient, sur les côtes de la colonie, suivant les coutumes établies, le droit de pèche et ses accessoires^^). Aux colons ordinaires, d'ailleurs, l'acte promettait la conservation des privilèges et des immunités des sujets libres de la Grande-Bretagne , habitant les dominations de la couronne ^^). Telles sont les principales dispositions de la charte royale de 1639, un peu moins arbitraire que celles qui allaient être octroyées au duc dTork, en i664et lôyAt^V
Le nouveau seigneur que le roi créait ainsi passait pour un homme pieux et bienveillant. Ami et contemporain de Raleigh , il avait travaillé, pendant vingt ans, à la colonisation de l'Amérique, n'y consacrant pas moins de a 0,000 livres de son patrimoines^). La prospérité de sa province lui tenait fort à cœur. Mais, si doux qu'il pût être, c'était un vieux soldat, plus enclin à user, avec modération, d'une puissance presque absolue, qu'à donner au peuple de grandes libertés, comme des droits reconnus. Il rêvait de soumettre ses sujets à une féodalité organisée sur le modèle des formes politiques du temps du roi Alfred. S'il ne supprima point l'assemblée législative des colons, on le vit instituer les emplois fastueux de maréchal, de trésorier du revenu public, de chancelier, de connétable, donner des maires, des conseils, diverses cours de justice, toute une armée de fonctionnaires inférieurs à des bourgs,
t') L'acte, dans Poore, I, 77B-779. <*> L'acte, dans Poore, I, 779.
W /W., ï, 778. •) Ibid., I, 78a.
W Ibid., l, 781-789. (') Voy. d-^e«u8, p. 89-83.
^*' ïbid,, ï, 779, (•) Comp. p. 10-11, 56.
dont les plus considérables comptaient à peine trois cents habitants , et composer des ordonnances pour assurer une extrême énergie à la puissance executive. Cependant ses lieutenants ne semblent avoir eu qu une autorité nominale. Bientôt la propriété d'une partie considérable du sol fiit elle-même disputée par un membre du Long Parlement, Rigby, qui prétendait lavoir dûment achetée. Les agents des deux adversaires furent quelques années en querelles; puis, de guerre lasse, tous reprirent le chemin de la métropole. Gorges venait de mourir. Ses héritiers parurent ne pas se soucier d'administrer la province. Au mois de juillet 16/19, les habitants des principales agglomérations décidèrent, à l'unanimité, de former de nouveau un gouvernement tout démocratique , indépendant de celui de toute autre colonie.
Tant d'indépendance déplut à la colonie voisine du Massachusetts-Bay, qui s'avisa de prétendre, en 1669, que sa charte de 1699, antérieure aux actes dont Gorges et Bigby s'étaient prévalus, la faisait réellement propriétaire du Maine. Sans retard, ici par les menaces, là par la force, elle soumit, les uns après les autres, tous les bourgs à sa juridiction. Le pays conquis devint un simple comté du Massachusetts. Mais la propriété privée y fut respectée, la liberté religieuse laissée aux fidèles de l'élise anglicane, le droit de cité étendu à tous les habitants, le peuple invité à participer à l'élection des fonctionnaires, et à envoyer des députés aux assemblées législatives, qui se tenaient à Boston. Un pareil régime devait apaiser quelque peu le mécontentement des annexés. En 1 6 5 6 , un certain nombre d'entre eux n'hésitaient pas à protester contre des projets de séparation. Pourtant la plupart demeurèrent hostiles au nouvel état des choses. De leur côté, les héritiers de Gorges, se ravisant, avaient prié vainement Cromwell, dans cette même année i656, de protéger leurs droits. Comme ils renouvelaient leurs plaintes à la restauration de Charles II , la majorité des habitants se mit à solliciter, à défaut de l'autonomie, la condition
de province royale, et les commissaires qui visitaient la Nouvelle- Angleterre ^^^ s'empressèrent de leur nommer des fonctionnaires. La réforme ne dura point. Les commissaires partis, le gouvernement du Massachusetts, avec Tappui d'une minorité résolue des colons, rétablit son autorité sur tous; puis il sut prolonger neuf ans encore le diQérend, dont un petit-fils de Gorges, désormais seul héritier de ce dernier, demandait sans cesse au roi la solution. En 1677, une décision du conseil privé fit triompher ce prétendant. On apprit alors que le roi voulait acheter les droits du gagnant, et former, du Maine et de régions voisines, une principauté pour son fils naturel, le duc de Monmouth. Encore une fois intervint l'ancienne colonie suzeraine. Un marchand de Boston, simple mandataire sans doute, se rendit acquéreur, le i3 mars 1677, au prix de 1,9 5o livres sterling. Le 6 mai suivant, elle se subrogeait à lui. Le mécontentement fut vif parmi les habitants, qui n'entendaient dépendre que d'eux-mêmes ou du roi^^l II le fut d'autant plus, qu'à la translation de propriété succéda une forme inattendue d'administration. La colonie du Massachusetts-Bay, s'estimant substituée aux droits que créait la charte de iGSg^'^^ traita le Maine en province vassale : si elle y toléra, aux termes de cette charte, l'usage d'une assemblée représentative , elle prétendit y nommer le gouverneur et le conseil du gouverneur. La force seule put imposer ce système nouveau. Plus tard, la suprématie s'exerçant avec modération et justice, l'opposition dut se calmer peu à peu. Au moins est-il certain que, sans de graves désordres, le Maine demeura soumis à l'autorité du Massachusetts, jusqu'à 1691, après avoir subi, quelques mois durant, comme la colonie suzeraine elle-même, le despotisme des agents de Jacques IV^\
En 1 69 1 , le 7 octobre , une charte donnée , de Westminster, par
<') Comp. d-desBOS, p. 76-78. ^^ Voy. ci-dessus, p. 84-85.
<*) Comp. d-dessus, p. 86-87. ^*^ Comp. d-dessui, p. 67,^79-80.
le roi Guillaume et la reine Marie, et contresignée par Pigott^'^ fondit en un seul corps politique, sous le nom de ^province du Massachusetts-Bay dans la Nouvelle-Angleterre ^*^), 9) la colonie du Nouveau-Plymouth , Tancienne colonie du Massachusetts-Bay, la province du Maine, et la partie septentrionale de l'État actuel de ce dernier nom^^^. Le roi devait choisir désormais le gouverneur, chef du pouvoir exécutif, un lieutenant-gouverneur, et un secrétaire général de la province ^'^K Auprès du gouverneur, était institué un conseil d'assistants, composé de vingt-huit membres ^^), dont au moins dix-huit allaient représenter l'ancienne colonie du Massachusetts, quatre celle du Nouveau-Plymouth , trois la partie méridionale, et un la partie septentrionale de TEtat actuel du Maine ^^^. Une assemblée législative, formée du gouverneur, du lieutenant-gouverneur, des assistants , et des députés des francs tenanciers des bourgs , élisait annuellement le conseil des assistants ^''l A charge de respecter les lois de la métropole, l'assemblée législative, réunie au moins une fois par an, faisait les lois et les ordonnances. Elle levait les impôts nécessaires pour le gouvernement du pays ^^\ créait la plupart des cours de justice, en réglait l'organisation, et choisissait les fonctionnaires civils dont la nomination n'était pas réservée au gouverneur ^^). Les décisions de l'assemblée étaient sans valeur, si le gouverneur ne les approuvait par écrit, et le roi, en conseil privé, les pouvait annuler, pendant trois ans après leur adoption ^*®\ Le gouverneur avait le droit de proroger et de dissoudre l'assemblée (''). Il commandait la milice et en nommait les
(') Uacte, dans Poore, I, gâa et gS/i. W L'acte, dans Poore, ï, 9^8.
(») iW., I, 947. W /M., 1,948.
(^) Ibid., I, 9^7. — La nouvelle pro- W Ibid., ï, 9^9.
vince comprenait d'autres vastes régions, (^) Ibid., I, gliS-ghg.
qui ne font pas partie des États-Unis, et <") Ibid., I, 961 -gBa.
qui, pour la plupart, n'étaient guère ha- (*) Ibid., I, 961 .
bitées alors que par les Indiens. Ibid,, ('<^) Ibid.,l^ 969.
I, 967; fomp. Bancroft, fil, 81. <") Ibid,, I, 969.
officiers ('). Il était autorisé à appliquer la loi martiale, dans les cas de guerre, d'invasion, d'émeute effective ^^l A l'exception des juges d'amirauté» que le roi ou l'amirauté anglaise devait nommer annuellement, il choisissait encore, avec l'assistance du conseil, les juges et tous les fonctionnaires de Tordre judiciaire ^^l Suivant les formes et pour les affaires que la charte défmissait, les décisions de justice pouvaient être portées, par appel, au conseil privé du roi^^l Aux habitants de la province, sujets du roi, était promise la conservation de tous les privilèges et immunités des sujets libres du royaume ^*^. A tous, sauf aux ce Papistes, 9 était garantie la liberté de conscience et du culte ^^^ La charte confirmait la validité des concessions antérieures de terres^^l Enfin elle maintenait à tous les sujets du roi, sur les côtes de la province, le droit de pèche, suivant les coutumes établies ^®^.
Tels sont les caractères essentiels du régime que la métropole établit, en 1691, pour la nouvelle province du Massachusetts-Bay. Sous ce régime, cette province grandit singulièrement et prospéra. De lyaS à 17/18, la population doublant, vingt-cinq bourgs nouveaux furent créés. La seule ville de Boston semble avoir compté 90,000 habitants en 17/18. Vers 1765, la population de la province entière dépassait sans doute 990,000 âmes. Elle atteignait 997,000, en 1765, et près de 4oo, 000, en 1776. Avec le nombre des habitants le commerce de la colonie croissait et prenait une importance considérable.
Tant s'en fallait pourtant que la charte de 1 69 1 eût été joyeusement accueillie. Seule, peut-être, la partie méridionale de l'Etat actuel du Maine se réjouit de réformes qui la dégagaient de ta
W L'acle, dans Poore, ï-, 968. W L'acte, dans Poore, I, 9^8.
W 7W., I, 953. W Ihid., l. 954. Voy. d'aiHears, sur
(') Ihid. , I, 9^9 et gbk, la charte : Marshall, 1 86-1 88 ; Story, I ,
W /W., 1,961. 4i-4a;Bancpoft,m,8o-8i;Murr«y,l,
W Ihid., I, 960. 938-939; Hough, I, 61&.
domination d'une simple colonie (^). Ailleurs, des libertés étaient enlevées au peuple, qu'il ne pouvait perdre avec indifférence : en particulier, la nomination de son gouverneur et de ses juges lui échappait, et ni son assemblée législative ne devait faire les lois sans une lourde surveillance, ni ses juges rendre la justice sans appel. Cependant aucune sédition n'éclata. L'attitude ne fut même nulle part, au premier abord, cçUe d'une opposition déclarée, systématique et intraitable. Soit que les habitants attendissent du roi une application douce et modérée de règles qui ne plaisaient point, soit que le souvenir du despotisme de Jacques II leur fit trouver supportable une condition , où le peuple retenait, du moins, des droits considérables, assez nettement définis ^^\ soit qu'ils se flattassent de tenir en échec l'autorité royale , voire d'empiéter sur elle, par un exercice résolu de ces droits, soit que leur attention fAt distraite par des querelles de religion , ils ne se livrèrent pas à de vives récriminations, quand le nouveau gouvernement commença son œuvre. Mais la tranquillité fut courte. Bientôt, ils entreprirent et ne cessèrent plus de pousser jusqu'à l'extrême limite l'usage de leurs immunités. Alors, en vérité, commençait, entre le roi, ses représentants, les gouverneurs, et le peuple, une longue dispute qui dura jusqu'à l'émancipation des États-Unis, le peuple n'y négligeant aucun moyen de développer sa propre puissance. On vit l'assemblée législative proclamer les libertés des colons, par des déclarations analogues aux dispositions les plus libérales de la grande charte. Elle affirmait , dans le plus énergique langage , qu'elle seule était habile à lever les impôts. Elle déniait aux gouverneurs, pendant des années entières , le droit de l'empêcher soit de s'ajourner à son gré, soit d'élire souverainement son président. Elle refusait obstinément, magré les prières ou les menaces de la couronne, d'allouer une rémunération invariable à ces agents du roi, qui n'ob-
^'^ Gomp. ci-dessus, p. 86-87. — ^*^ Comp. ci-dessus, p. 79-80.
tenaient rien d'elle, sinon des présents, ou une allocation annuelle et tout arbitraire. Une nouvelle charte fut nécessaire pour vider quelques-uns des principaux différends que celle de 1 6 9 1 n'avait pas prévus. La charte nouvelle, donnée de Westminster, sous le contreseing de Gocks, le s 6 août 1796, la douzième année du règne de Georges 1"^^), décida que les représentants du peuple ne pourraient ni s'ajourner à plus de deux jours, sans le consentement du gouverneur ^^^ ni garder un président dont l'élection n'aurait pas obtenu l'approbation de ce même fonctionnaire ^^\ ni contester désormais à ce dernier la faculté de les ajourner, de les proroger, et de les dissoudre ^^). Encore n'est-il pas certain que la colonie eût aisément accepté ces décisions, si elle n'avait craint de voir le débat porté devant les chambres anglaises, et celles-ci réclamer l'abrogation de l'acte de 1691 lui-même. En revanche, de guerre lasse, la couronne cédait dans la querelle, qui avait pour objet la rémunération des gouverneurs. Au surplus, à peine un sujet de discorde avait-il disparu, qu'un autre naissait. Au cours de la lutte, les gouverneurs accumulaient requêtes sur requêtes, menaces sur menaces. Plusieurs, presque affolés, conseillaient à la métropole les mesures les plus propres à exaspérer la province, comme l'annulation de toute charte, la suprématie absolue du Parlement anglais ou du roi, l'établissement d'un ordre de noblesse, la suppression ou une réglementation sévère du droit de réunion. Les représentants du peuple répliquaient par des discours ou des mémoires longuement motivés, et consultaient volontiers les électeurs réunis dans les comices des bourgs. Les ajournements du corps législatif succédaient aux ajournements, les dissolutions aux dissolutions. Le peuple irrité s'empressait de réélire les mêmes mandataires. Enfin il arrivait qu'à l'impatience des gouverneurs répondait l'in-
(') L*acte , dans Poore, 1 , 966 et 956. («) L'acte, dans Poore, I, 966. Sar la
'') Ibid,, 1,966. charte, Yoy. Marshall, aai-aaa; Mur-
<»' Ibid., 1, 955-956. ray, l, a53; Hough, ï, 6i4.
tolérance exaspérée des députés , dont Tardeur ne s arrêtait plus en deçà de l'usurpation des prérogatives les moins contestables du pouvoir exécutif ^^l
Pendant ce temps, la province portait au développement le plus complet cette organisation démocratique des bourgs, de laquelle les colonies anciennes du Nouveau-Plymouth et du Massachusetts- Bay avaient donné les premiers exemples (^l Chaque bourg possédait une administration distincte. Ses habitants élisaient annuellement leurs fonctionnaires. Us tenaient, à leur gré, des réunions plénières où ils nommaient et munissaient d'instructions leurs représentants à l'assemblée législative de la province, discutaient tous les sujets d'intérêt public, traçaient les règles du gouvernement local, levaient et appropriaient les sommes nécessaires pour soutenir le clergé et les écoles, entretenir les routes, secourir les pauvres, et subvenir aux autres dépenses de la commune. Même l'importante cité de Boston n'avait pas une condition différente. On y trouvait un cens électoral , mais la quotité établie ne suffisait pas à modifier ie caractère des institutions municipales. Jamais une municipalité aussi considérable n'avait été t^si voisine d'une pure démocratie ^•'*^ ; y> et des lieux d'une égale population, aucun, dans le monde entier, ne paraissait plus t( ordonné, ni mieux gouvernerai» D'autre part, la milice de la province formait une institution permanente, dont les lois provinciales déterminaient les principales règles^^l Tout citoyen, à une certaine période de sa vie, soumis au service militaire , se voyait obligé d'être prêt sans cesse à le fournir. Les occasions ne manquaient pas, où la milice acquérait l'expérience du combat. Parfois, le sixième, même le tiers des hommes valides était occupé à guerroyer, et la colonie n'avait pas
^'^ Gomp. ci-deum, p. 47-60, 89-90. t*^ Bancroft, VI, a6i.
(') Voy. ci-de88U8, p. 69, 66-67, 70- ^^'^ Voy. notammeût lob diverses de
=Ȕ Bancroft, YI, a4i. 1768.
un village donl quelques habitants ne fussent aux champs de bataille. Au début de la guerre dé Tindépendance, le Massachusetts- Bay ne comptait pas moins de iq 0,000 citoyens, entre seize et soixante ans, munis d'armes, pour la plupart, et habitués aux travaux de l'armée. Gomme dans la Virginie, les circonstances avaient conduit la métropole elle-même à favoriser le développement de la milice ^^\ Ce n'était pas assez, d'ailleurs, qu'elle pût, aux termes de la charte de 1691, nommer les officiers (^), pour qu'elle fût assurée d'avoir les soldats à sa discrétion. Avec l'appui des autorités électives des bourgs, voire de l'assemblée législative, ces derniers eussent sans doute refusé leur concours, si le gouverneur n'avait souvent consenti à choisir leurs chefs selon leurs préférences! Eûtil voulu chercher les chefs hors de la colonie et du corps des colons, le gouverneur ne les eût pas trouvés. De fait les troupes différaient donc peu de ce qu'elles eussent été, si le choix des officiers eût appartenu directement aux colons. Enfin \ l'instruction publique était développée à ce point que l'on rencontrait peu de colons qui ne sussent lire et écrire; la presse avait de nombreux organe^ ; les livres et les brochures abondaient.
Est-il besoin de dire qu'en cet état ce n'était pas l'assemblée législative seule qui luttait pour la défense des libertés publiques? Çà et là , le peuple opposait soit la force ouverte , soit celle de l'inertie, à l'application des mesures qu'il jugeait attentatoires à ses privilèges. Plus souvent, comme l'assemblée législative elle-même, les réunions des habitants, dans les bourgs, proclamaient les droits du peuple, déniaient la légitimité de certaines prétentions' de la couronne, entraient en lutte contre les gouverneurs, prenaient et exécutaient des décisions importantes, afin de sauvegarder les règles les plus anciennes de leur organisation politique. Sans cesse la presse et les livres répandaient dans la foule le récit des discus-
^'^ Comp. d-dessas, p. 64-/i5. — (*> L'acte, dans Poore, I, 953. Comp. cidessus, p. 89.
sious passionnées dont cette assemblée et ces réunions étaient tour h tour le théâtre; ils révélaient les exactions dont certains lieux venaient à souffrir; et ils rendaient populaires les dissertations que des patriotes ardents et instruits écrivaient volontiers sur les questions irritantes du moment. Mêlée et confondue constamment dans le peuple qui la formait, la milice ne pouvait prendre partie contre lui : la milice était le peuple.
Ainsi vécut la province du Massachusetts-Bay, sous les chartes de 1691 et de 1796, toujours occupée, non seulement à retenir ce que ces actes lui avaient laissé, mais encore à récupérer ce qu'ils lui avaient enlevé de ses libertés politiques, et combattant, en vérité, pour obtenir un régime où ses habitants ne relevassent guère de la métropole que par une dépendance nominale. Un pareil régime Teût trouvée capable de le recevoir sans désordre. C'était celui dont elle avait joui, tranquille et prospère, sous la charte de 16129. On a vu, d'ailleurs, qu'elle en gardait cet usage des assemblées législatives, ces coutumes municipales d'un caractère si démocratique, et cette organisation puissante des milices, qui l'associaient à l'exercice de la plupart des fonctions du gouvernement, çt lui permettaient de surveiller l'exercice des autres avec un soin jaloux, constant, fort instructif pour son peuple. A l'heure oii éclata la crise suprême dans laquelle elle devint indépendante, elle pouvait encore assurément, comme elle fit, viser moins à l'indépendance absolue qu'à la restauration de la vieille charte de 1629; mais elle était prête à se gouverner souverainement.