CHAPITRE IV
COLON» DD lOSW-HAHPSHIRB ^'^
La colonie du New-Hampshire» dans l'ordre du temps, la troisième des grandes colonies que l'Angleterre fonda sur le territoire des Etats-Unis, eut, h divers égards, une fortune peu dijOTérente de celle du Nouveau-Plymouth, de l'ancienne colonie du Massachusetts-Bay, et de la province du Maine. De rares pécheurs, et quelques laboureurs, venus tout droit de la métropole, en furent les premiers habitants de race européenne. On y vit arriver plus tard, des colonies voisines, un certain nombre de puritains, et plus encore, des protestants d'autres sectes que ces colonies traitaient avec défaveur, ou qu'elles persécutaient ouvertement. Les essais de colonisation paraissent avoir commencé vers i6aâ. Successivement s'élevèrent les bourgs dé Porlsmouth, de Concord, d'Exeter et de Dover, qui sont parmi les plus anciens de la Nouvelle- Angleterre. Les débuts furent, comme ailleurs, pénibles, et la population longtemps peu considérable. En i638. la côte n'était guère qu'une vaste solitude, semée, çà et là, de quelques huttes. En 1 653 , trente ans après sa fondation, le bourg de Portsmouth, bientôt le plus important de la colonie, ne comptait que cinquante ou soixante familles. En 1675, pourtant, le nombre des habitants de race européenne s'élevait à /i,ooo. 11 atteignit 6,000 en 1688, 10,000 en 1701, 19,000 en 1780^ 3o,ooo en 17/19,50,000 en 1754, 521,700 en 1767,88,200 en 1775.
^') Manhall, 109-113, 169, 177; a69;Sparks, I, i5, 17, a6, 96, 3i,
Story, I, A9-5a; Baocroft,!, 398-33o, /i4-45, 56, 60, ôA; Hough, II, i-a ;
38i, ktS; II, 8a, 86, 91-93, tia- Poore, II, IS70-1979; Seaman, aoi;
lao, 65o; UI, 8a-83; IV. ia8, 168- Mitchell, i58; Laboulaye, I, 187-191. 1&9, 107, 998; Murray, 1, 187, 960-
96 NOTrcES HISTORIQUES.
Dans les limites de TEtat actuel du New-Hampshire , là même où fut établie la colonie de ce nom, le conseil de Plymouth, entre 1620 et i6q3, avait octroyé de grandes concessions de terres à divers personnages, notamment à Jean Mason, Tun de ses membres et son secrétaire. A ce dernier, deux actes nouveaux, l'un du 7 novembre 1629 ^^\ l'autre du 28 avril i635 ^^\ tous deux émanés du même conseil, cédèrent, en vérité, 1^ colonie entière. L'un et l'autre attribuaient au cessionnaire et à ses ayants cause la propriété du sol ^^^ et tous les pouvoirs des cédants ^*^. Dans le premier acte, une seule réserve limitait la cession du droit au sol, et une seule, celle du droit au gouvernement : si le propriétaire aliénait des terres, au profit d'étrangers, sans la permission du conseil de Plymouth, ou si, pour l'administration du gouvernement, il ne se conformait pas, autant qu'il le pouvait, aux lois et aux coutumes de la métropole, les biens indAment aliénés devaient faire retour, dans la première hypothèse, au conseil, qui, dans la seconde, aurait la faculté de prescrire, à la requête des colons, toutes les réformes nécessaires ^^l Spécialement, le second acte conférait au propriétaire le droit de rendre la justice, en toute matière , suivant les lois anglaises ^^\ Aux termes mêmes du premier, Mason se proposait, avec l'assentiment des cédants, de nommer la colonie New-Hampshire^^\ en souvenir du comté d'Angleterre où il résidait.
On sait que la validité des clauses les plus importantes de ces actes de 1629 et de 1 635 dépendait de la volonté du roi^^l Le nouveau propriétaire, attaché, comme Gorges, aux doctrines de l'église anglicane officielle, et, comme lui, l'un des plus fermes amis du
^') L^acte, dans Poore, II, 1970. 1^71, et Pacte de i635, ibid., Il,
(») Tfeid., 11,1378. 187/1.
^'^ L'acte de 1629, dans Poore, II, ^^^ L'acte, ibid., U, 1273.
1371-1373, patêim, et Pacte de lôSf), ^*^ L'acte, ibid,, II, 1374.
i6û/., II, 1973. '^ L'acte, i6û/., II, 1371.
^*^ L'acte de 1639, dans Poore, H, (**) Voy. ci-de68U8, p.6â etnotesiets.
NEW-HAMPSHlftE. 97
trône, avait cessé de vivre, lorsqu'en 1639 fut octroyée la charte royale du Maine ^^K Ses héritiers ne reçurent pas une charte analogue, et peut-être ne la demandèrent point. La faveur de Charles l*' ne leur eût pas manqué assurément, mais tirer quelque revenu de leur domaine, sans entreprendre d'y imposer un système de gouvernement leur parut une tâche suffisante. ^^\ Ils laissèrent la colonie s'administrer à son gré. Mason lui-même n'avait pas fait autrement. Enfm le roi tolérait cette indépendance ^^\ De la sorte, les petits groupes de colons de la colonie nouvelle se donnèrent, en se créant, et retinrent , sans difficulté, une organisation démocratique, semblable à celle qui prévalait chez leurs voisins, jadis leurs concitoyens, du Nouveau-Plymouth, de l'ancienne colonie du Massachusetts et de la province du Maine ^^^
Cette condition dura jusqu'à 16&9. Dès 1689, les gens du Massachusetts- Bay et les héritiers de Mason, s'opposant leurs chartes respectives de 1629 et de i635, se disputaient, dans le New-Hampshire, la propriété du sol^^^ Il n'y avait guère que les colons établis au bourg de Portsmouth qui eussent obtenu des cessions régulières de Mason ou de ses ayants cause. Mais, si ailleurs l'occupation s'était accomplie sans titre, les tenanciers n'y prétendaient pas moins conserver les terres que leur labeur avait défrichées. La colonie du Massachusetts-Bay qui voulait surtout accroître sa puissance politique, sembla plus disposée peut être à respecter des actes irréguliers d'occupation, que les autres propriétaires présomptifs, simples particuliers, qui surtout se proposaient d'augmenter leurs revenus. A coup sûr, son secours était précieux pour réprimer l'hostilité des Indiens, déjà plus d'une fois menaçante ou rudement éprouvée. Le i/i avril 1 6âa, la colonie du New-Hampshire demanda ou accepta facilement de s'unir, sous une
^•) Voy. ci-de88U8, p. 83-85. (*^ Comp. ci-dessu», p. 6a, 66-67,
'^ Gorop. d-dessus, p. 67-58, 81-83. 70-71,81-83.
') Comp. ci-dessut, p. 33, 65, 83. '^^ Comp. ci-dessus, p. 86-87.
administration commune, à sa voisine plus puissante. Il semble que les habitants ne virent pas mettre en question la propriété des terres, et que, malgré la diflférence des doctrines religieuses, ils eurent tous les privilèges des habitants du Massachusetts.
Ce nouvel état dura près de quarante années, pendant lesquelles le New-Hampshire prospéra. Comme les héritiers de Gorges, ceux de Mason revendiquèrent leurs droits, à la restauration de Charies II ^^\ Le roi se montra favorable à la revendication. Les conmaissaires envoyés dans la Nouvelle-Angleterre, vers i665, tentèrent d'accomplir ou, au moins, de préparer une organisation qui annulât le pacte de 16/13. Mais les colons du Massachusetts-Bay donnaient à leurs voisins le conseil, volontiers suivi, de ne céder à aucune injonction des commissaires, et les deux colonies, unissant leurs efforts, parvenaient à traîner en longueur le différend. Vers 1670, Robert Mason, petit-fils, et désormais seul héritier de Jean Mason, renouvelant avec instances ses réclamations, les habitants du New-Hampshire s'empressèrent de répliquer, dans leurs réunions de bourgs ^^\ que leur condition présente leur assurait pleine satisfaction. Cependant, en 1677, une décision du conseil privé termina le débat en la bouleversant : le gouvernement de la colonie n'avait été cédé par un titre régulier ni à elle-même, ni à aucune des colonies voisines, ni à Jean Mason, et il demeurait aux mains du roi ; les terres que nul n'occupait encore appartenaient à l'héritier de Mason ; sauf appel au roi, les cours de justice du pays diraient à qui les autres devaient appartenir ^^\ On sait que Charles II se proposait de constituer une principauté pour le duc de Monmouth. Il voulait y joindre le New-Hampshire. On sait aussi que la principauté ne fut pas formée ^*l Le 18 septembre 1679, une instruction ou commission royale, datée de Westminster, sous
^^^ Comparez ci-dessus, p. 86-87. ^^^ Gomp. commission de 1679, dans
'^ Comp. ci-dessus, p. 66, 7/1 et Poore» II, 1375 el H78. 9a. ^' Voy. ci-dessus, p» 87.
le contreseing de Barker^^^ fit du New-Hdmpshire une province royale. Elle définit tout ensemble les règles qui devaient désormais présider à Texercice des pouvoirs publics, et celles qui serviraient à déterminer les droits respectifs de Robert Mason et des colons sur le sol. D'une part, au prix d'une redevance que fixait l'acte, les possesseurs de terres devenaient propriétaires ; ou , si le prix paraissait inacceptable aux parties , le gouverneur et le conseil essayaient de les mettre d'accord, et, faute de réussir, transmettaient la cause au roi^'^. D'autre part, le gouvernement était divisé entre le roi, un gouverneur assisté d'un conseil de neuf membres, et une assemblée des représentants des colons. Le roi nommait le gouverneur, ou, pour employer les termes de l'acte , le président , et le conseil ^^\ L'assemblée représentative composait les lois^^^, mais le roi se réservait le droit de la supprimer, s'il jugeait qu'elle ne pouvait être maintenue sans inconvénient ^^\ Pour la validité des lois l'approbation du président et du conseil était nécessaire ^^\ et le roi restait toujours mattre de les abroger ^"^K La nomination des fonctionnaires civils et des officiers de la milice émanait du président et du conseil ^^K Le président et le conseil formaient une cour de justice de compétence universelle, sauf appel au roi en conseil privé, dans les cas et selon les règles que la commission définissait^^). La justice, autant qu'il serait possible, devait être rendue conformément aux lois anglaises ^^^K Le roi choisissait les sceaux ^^^\ La liberté du
^') L'acte, dans Poore, Il fi 379 (noie).
W/6iW.,II, 1278.
t*)iWrf.,U. 1875 et 1978.
(*)/W.,lI, 1377.
^^) Ibid. ^ Il , 1 a 78. Les termes de la réserve, sugolièrement caractériques, soûl ceux qui suivent : «And We do hereby déclare, that We, our heirs and successors, shall and will observe and continue this melhod of grâce and favor toviranl our loving subjocls, in conveniug Ihem in
their Assembly, in such manner and forms as is berein before mentioned and provided, onless, by inconvenience ansing from tbence, We, our beirs or successors , shall see cause to alter the same. n
W L'acte, dans Poore, II, 1377-1 978.
^'' /6irf., 11, 1377-1^78.
t» /6m/., U, ia75-ii7t).