L'OPINION PUBLIQUE
qu'elle fût interdite, On peut croire que près de 130,000 noirs avaient été importés avant 1740, et plus de 300.000 avant 1770. En 1790, les colonies comptaient près de 1,040,000 habitants blancs et de 220.000 noirs. En 17970, le nombre des blancs s'élait élevé à 1.850.000, celui des noirs à 462.000. Le premier dut être, en 1790, de plus de 3,000,000, le second de 705,000 environ, Vers la fin de la période coloniale, surtout dans les colonies méridionales, où se trouvaient côte à côte le plus pelit nombre de blancs et le nombre de noirs le plus considérable, la progression pouvait inspirer, à bon droit, quelque inquiétude, même aux esprits les moins perspicaces. Plus d'une colonie aurait voulu faire ou même tenta ce que firent, peu d'années après la révolution de 1776. longtemps avant l'émancipation complète des esclaves, le gouvernement fédéral des États-Unis et les gouvernements locaux de plusieurs des États de l'Union, adoptant des mesures sévères pour supprimer toute nouvelle importation. En pure théorie, et en plein xvni siècle, l'esclavage, on peut le dire, n'avait même plus de partisans convaincus dans PAmérque anglaise. [n’y aurait pas subsisté un instant, si les colons eussent été obligés de recruter leurs esclaves parmi les blancs. Le principe de la liberté naturelle de tous les hommes était facilement accepté, Mais la différence des couleurs donnait des raisons, que la théorie ne donnait pas, de maintenir institution : le noir paraissait plus capable que le blanc de fournir, sous le soleil ardent du Midi, une somme considérable de labeur physique; puis, l'aversion instinctive et certaine du blanc pour le nègre aurait rendu presque insupportable au premier que lémancipation l'abaissât à être légal du second. Donner une demi-liberté n’était pas chose facile et déporter tous les noirs ne était guère davanage, si bien qu’à la différence de la prohibition ou de la restriclion de la traite, l'émancipation générale n'eut pas, à cette époque,
beaucoup de défenseurs très résolus. Quelque assemblée législa-