LES ENNEMIS COMMUNS
celui de Paris, l'entente fut dirigée contre les indigènes ennemis et les Français, plus portés bientôt à joindre qu'à séparer leurs efforts dans la guerre aux Anglais; puis, elle se retourna brusquement contre la métropole. Les longues luttes que, une contre l’autre, la France et l'Angleterre soutenaient alors, s'étendaient vite de l'Europe au continent américain, lorsqu'elles ne s'étaient pas ouvertes sur ce dernier. Les deux nations rivales aspiraient à la suprématie dans le nouveau monde, comme dans l’ancien. Se cherchant des alliés partout, elles se disputèrent, en Amérique, le secours des Indiens, dont elles exploitaient, à leur profit, les rivalités, les habitudes guerrières, pour ne pas dire les vices euxmêmes. Le temps ne tarda done pas à venir, où, dans toute campagne des tribus, l'influence, linstigation, les menées de lune ou l’autre des deux grandes ennemies, se laissèrent toujours facilement discerner, si les troupes européennes et leurs auxiliaires indigènes ne marchaient pas toujours côte à côte 1. Dès lors, pour les établissements de l'Angleterre, la crainte des tribus hostiles se confondit avec celle des Français, et tout échec infligé aux habiles et infatigables instigateurs de l'hostilité indienne leur sembla, à bon droit, le moyen le plus sûr d’affaiblir ou d’écraser les indigènes devenus ainsi entre Français et Anglais une nouvelle cause d’animosité implacable, C'est, du reste, chose digne d'attention , et la remarque en a été déjà faite, que lardeur des colons anglais contre la France Tépassait celle de la métropole? Ts tremblaient de voir leur commerce de fourrures, leurs pêcheries, troublés, accaparés par elle, Souffraient-ils de vexations nombreuses, 1ls connaissaient son régime colonial , duquel ils ne pouvaient logiquement attendre une dominalion plus douce (, La persécution, tant qu'elle n'eut pas atteint
les derniers excès. n’étoufla pas leur vieille affection pour la mère
1) Comp. Marshall, 280-281; et, ci- % Comp. Marshall, 264: Bancroft, après, 303-306. IT, 178-170.
Voy. ci-dessus, 1, 45, note 9, Comp, Bancrot, IV,455-459. LE 4 (]
patrie, Ils ne songeaient pas à une indépendance absolue que peut-être ils auraient eu d’abord quelque peine à défendre contre les attaques simultanées, sinon combinées, des puissances européennes ©). Peut-être enfin espéraient-ils que, les Français affaiblis, diminués, chassés du continent américain , le développement des colonies anglaises n'ayant plus son frein et son contrepoids le plus puissant, la métropole jugerait prudent de montrer plus de modération (®, Ce danger de la victoire fut-1l aperçu par lAngleterre ? IL y a telle campagne, projetée d’un commun accord entre elle et ses colons, où la célérité de l'action semblait promettre le succès, et où la temporisation, qui compromit tout, n’a pas d'autre explication facile qu'un secret désir d'éviter une réussite trop prompte et trop complète l‘). Cependant la victoire décisive obtenu sur la France, la sage prudence, que les Américains avaient pu souhaiter, ne parut pas de mise. Quelques années plus tard, les hommes d'État français se consolaient presque de leur empire détruit en Amérique, à la pensée que l’arrogance tyrannique du vainqueur, ne connaissant plus de bornes, pousserait fatalement les colons à une révolte heureuse. L’évènement confirma leurs prévisions ©. C’est alors que l'alliance, élevée d'abord contre la France entre les diverses colonies, retombait de tout son poids sur PAngleterre (9, La France elle-même vint, dans la erise décisive, aider eflicacement par ses armes à l'émancipation des États-Unis. Mais
0) Comp., ci-après, 387-390.
EN
) Ci-dessus, Introduction, et, EF, 1- VIT, 109-104, 133-194, 146-147,