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RECHERCHES SUR GUILLAUME, ALAIN ET JEAN CHARTIER

est certain, c'est qu'Alain fut attaché à la personne du dauphin, et qu'il le suivit dans sa retraite lors des événements de mai 1418. 11 figure, on 1421 et 1422, parmi les serviteurs de ce prince (1), et, dans nn écrit composé, au plus tard, au commencement de 1422, il se qualifie d' « humble secrétaire du Roy nostre sire et de mon très redoublé sciijneur inoitseigneur le Regcnt !<' Roi/auline de France, Duulphin de Vie i mois (2). » C'est entre 1423 et 1426 que doit être placée, suivant nous, la mission diplomatique remplie par Alain Chartier en Allemagne , de concert avec l'abbé de St-Antoine de Viennois, Guillaume Saignet et Thomas de Narduchio. Outre la Harangue uiu Hussites . prononcée devant l'empereur Sigismond (3) , on a deux discours adressés par Alain au même empereur, pour lui exposer l'état de la France et le presser de porter secours à Charles VII (4). Alain Chartier ne fut point heureux dans cette ambassade , qui n'amena aucun résultat favorable. Il réussit mieux dans une ^utre mission diplomatique, qui lui fut confiée en 1428. Au mois de juin ou de juillet de cette année, il se rendit en Ecosse pour y négocier un renouvellement d'alliance avec ce pays et l'envoi de nouveaux secours armés, en même temps que le mariage du jeune Dauphin, alors âgé de cinq ans, avec Marguerite , fille du roi James I". Il ressort du discours adressé par Alain au roi d'Ecosse (nis. latin 8757, f. 47-53 v° ) qu'il avait été envoyé à l'avance, et que ses collègues d'ambassade, Regnault de Chartres, archevêque de Reims, et Jean Stuart , comte d'Évreux, le rejoignirent bientôt. Les trois ambassadeurs eurent à régler les stipulations relatives au mariage, à la suite qui accompagnerait la dauphine, et au renouvellement des alliances entre la France et l'Ecosse. Ils obtinrent un plein succès

(1) Janvier-juin l/i21. c Debles demeurées à payer... A maislre Alain Chartier, 67 I. 2 s. 8 den. » Il était dû au même, en novembre, a pour liostellaige et chevaux n, 12 1. 6 s. ; en janvier-mars li22, 82 1. 16 s., etc. Archives KK, 50, f. 19, 48 v° , 76 v° et suiv. Voir les exUails de ces comptes donnés par M. Vallet de Viriville, ii la suite de son édition de Jean Chartier, t. III, p. 319, 321, 324-25.

(2) Voir le Quatirilogue invcctif, dans du Chesne, p. 402.

(3) Ms. latin 8757, f. 37, et 5961, f. 46. Dans ce dernier ms., on lit au commencement : Peisuasio Atani Aurigc ad Pragenses in fuie déviantes uiide rorala, pi-iesenle Cœsare ; et à la fin du discours (£ 52, V) : 0 Christianissimi régis Francorum ad Cœsaream majestatem oratores desUnati : R., abbas sancti Anthonii , Guillelmus Saigneti, miles , Ahmus Aurige et Thomas de Narduchio. » Ce Guillaume Saignet avait été fait chevalier par l'empereur quand il était venu à Paris en mars 1416. Voir Monstrelet, éd. de M. Douet d'Arcq, t. III, p. 138.

(4) Ms. latin 8757, f. 15 v« , et 5961, f. 1. — Ms. latin 8757, f. 13 v% et 5961, f. 55.

dans leurs négociations. Le 17 juillet, James I" renouvelait les aniirpies a/f/a/urs en\re les deux pays (1) ; le 19, il proclamait les conditions du traité de mariage, et prenait l'engagement d'envoyer sa fille en France, après la fête de la Purification prochaine, avec une armée de six mille hommes (2).

A l'époque de son ambassade en Ecosse, Alain Chartier était en possession d'une dignité ecclésiastique ; dans les documents diplomatiques , nous le trouvons qualifié de diancelicv de Baynix (3). Un an plus tard, il accompagnait Charles VU à Reims. C'est là qu'il célébra , dans une lettre vraisemblablement adressée au duc de Savoie , les merveilleux exploits de Jeanne d'Arc {h).

Les traces d'Alain Chartier que nous offre l'histoire, sont désormais aussi rares qu'incertaines. On a dit, s'appuyant sur une épitaplie découverte au XVllP siècle , qu'il avait été archidiacre de Paris et conseiller au Parlement. Les registres capitulaires de Notre-Dame sont muets à cet égard . aussi bien que les registres du Parlement. Nous ne saurions donc admettre le fait, sur la seule autorité d'un document qui nous paraît suspect, sinon apocryphe (5), Ce qui est plus certain, c'est qu'Alain était docteur eu décrets, car nous le trouvons ainsi qualifié dans un manuscrit contemporain qui contient ses œuvres (6). Donnerons-nous créance à une anecdote qu'ont reproduite tons les biographes, et qui a plus contribué que tous ses « mots dorés » à le rendre populaire ? Nous voulons parler du baiser donné par Marguerite d'Ecosse à Alain endormi. 11 faut au moins reproduire ici la versiou originale qui a servi de texte aux

(1) Archives, J. 678, n' 24.

(2) Archives, J. 678, n" 25. —Léonard, t. I, p. 23.

(3) « Et magislrum Alaïuim AurigcP, CanccUariuiv Bajocaisan. » Lettres de Charles VIL du 30 octobre li28. Arcliives, Trésor des chartes, J. 678, n° 26. Editées dans Léonard, Recueil des Trnilez , t. I, p. 23.

(i) Procîs lie Jeanne d'Are, publié par M. Quicherat, t. V, p. 131.

(5) Nous discuterons ce point.

6) On lit en tête du Quadritoijue invccHf , dans le uis. St-Viclor, 394 : « Ci commence ung notable et excellent traictié sur le fait de la guerre , en coiTigent et reprenant les escuiers chascun en droit soy , lequel traictié est nommé Quadriloghe, pour ce que en quatre personnes fut compilé par deChinct vénérable discret et saige maistre Alain Cbartyer, en son vivant docteur en décret et secrétaire du roj nostre sire Charles, le VII°" de ce nom. •

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divers récils, nous réservant d'examiner plus loin la valeur de celle anecdote.

« Audit an le 2k' jour de juin M' le dauphin Loys espousa en la ville « de Tours M"" Marguerite , fille du roy d'Escosse , qui estoit une hon - « neste dame et qui fort aynioil les orateurs de la langue vulgaire, et « entre autres uiaistre Alain Charretier , qui est le Père d'Eloquence « françoise , lequel elle eut eu fort grande estime , au moyen des belles « et bonnes œuvres qu'il avoil composées: tellement qu'un jour, ainsi « qu'elle passoit une salle ou ledit M" Alain s'esloil endormy sur un « banc, comme il dormoil, le fui baiser devant toute la compagnée, « dont celuy qui la menoit fut envieux et luy dist : « Madame , je suis « esbahy comme avés baisé cet homme , qui est si laid » ; car , à la 0 vérité, il n'avoit pas beau visage. Et elle fil response : « Je n'ay pas « baisé l'homme, mais la précieuse bouche de laquelle sont yssus et sortis « tant de bons mots el vertueuses parolles. « Ledit Charretier avoil l'ait « son quatrilogue, qui est un petit œuvre digne de grant'recommandalion. « Depuis , il fit un œuvre plus excellent, qui est le charroy de Foy et « Espérance (l). »

Nous n'avons pas à nous occuper ici des œuvres d'Alain Chartier ; nous ne les mentionnons qu'au point de vue des renseignements biographiques qu'elles peuvent ollrir. Nous y voyons Alain tiaviiiller à la paix , non pas comme agent diplomatique, mais en adressant au duc de Bourgogne une pressante exhortation d'oublier le temps passé et de montrer qu'il était né en France (2). En lZi49, Alain ûétrit, dans une ballade, la déloyale agression des Anglais à Fougères (3) : ce fut le dernier chant du poète. Nul doute qu'il ail cessé de vivre avant l'expulsion des Anglais, car sa muse palrioti([ue ne serait pas restée muette en présence d'un tel événement. La ballade de Fougères est au plus tôt de la fin de mai 1449 {l\).

(1) Annales ri' Aquitaine , par Jean Boucliet, édit. de 1644, p. 252.

(2) Tout ire et fureur cassez Oubliez les temps passez...

Monslrez que estes nez de France.

Le Laij île Paix, bailli à Mgr de liourgomjne , dans du Cliesne, p. 542-49. (3j Ballade sur la prise de Fougères, iilem, p. 717.

(k) Fougères fui pris le 24 mars 1449, el Pont-de-l'Arche, dont il est question dans la ballade, le 15 mai suivant.

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S'il eu faut croire son épitaplie, il mourut dans le courant de cette même année; mais, en admettant la date du 17 mai, donnée par M. Pluquet (1), il faudrait prendre l'indication de 1 449 suivant le vieiu: style , et reporter à 'l/i50 la date de sa mort.

§ le^ RÉSUMÉ DES BIOGRAPHES.

Né a Bayeux, frère d'Alain et de Guillaume Chartier , Jean Chartier fut moine de St-Denis et chantre de l'abbaye de St-Denis. Introduit auprès de Charles VII par son frère Alain , il fut nommé historiographe de France. Il est l'auteur des Grandes chroniques de St-Denis, réimprimées dans la Collection des historiens de Fronce de D. Bouquet. Jean Chartier ne survécut que peu de temps à son bienfaiteur , Charles VII , mort en 1461.

Le plus récent et le plus autorisé des biographes de Jean Chartier (2) convient que a nous manquons de notions directes et positives » sur les commencements de sa carrière. Je ne suis pas beaucoup plus heureux que lui, quoique j'apporte quelques pierres de plus à la construction du modeste édifice.

C'est en 1430 que je trouve la première mention de Jean Chartier. Je lis dans les actes capitulaires de l'abbaye de St-Denis:

« Le xxir d'avril nu' et trente après Pasques , en la présence du u soub-prieur maistre Gilles [Remon], maistre en théologie et

(1) Essm histotique sur ta ville de Bayeux . M. Pluquet n'indique pas la source où il a puisé ce renseignement , qui nous parait peu sûr.

(2) M. Vallet de VirivUle.

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