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RECHERCHES SUR GUILLAUME . ALAIN ET JEAN CHARTIER

« pooit estre subvenu ou secouru sans l'ayde d'un chascun des religieux, « tant en cliief comme en membres , obstant la grant diminution des « rentes et povretté de ladicte église, etc...., que ad cesle consideracion, « le couvent vosist relaxer, et sans préjudice de son droit en temps « advenir, leur droit appelé genero, qui se doit bailler la xl"' en '. barons, jusquès au jour de Pasques prochain venant. A laquelle re- « queste par ledit frère Jehan, ainsy par la manière et pour la cause <( que dessus faicte, etc., ledit couvent volant adviser et octroyer, . s'est condescendus et demis, sans préjudice dudit droit, jusques audit « jour de Pasques (1). »

De 1435 au commencement de 1Ù3G, plusieurs documents nous montrent Jean Chartier en possession de cette charge de coaunandeur, l'une des grandes dignités de l'abbaye (2). Dès le 3 juillet IA3(5 , il avait eu Pierre du Pont pour successeur (3).

Paris venait de rentrer sous l'autorité royale , et un au auparavant , St-Denis avait été assiégé et pris par le bâtard d'Orléans. Charles VII , en venant, au mois de novembre 1437, visiter sa capitale, qu'il n'avait pas revue depuis les jours orageux de mai 1M8, donna à l'ancien commandeur de l'abbaye de St-Denis une marque notable d'estime et de confiance, en l'investissant des fonctions d'historiographe de France. Jean Chartier fut nommé par lettres du 18 novembre et prêta serment le même jour ; il avait 200 livres parisis de gages. C'est sans doute en même temps qu'il reçut le titre de chapelain du roi (h)-

(1) Archives, LL, 1212, fol.49v°.

(2) • Item à fièie Jehan Cberlier, commandeur, comme il appert par sa quittance donnée le mercredi txvii avril cccc xxxv , ixiiii s. p. » Archives , LL , 1242, f. 328 v°. — « Compte fait par moy frère Jehan Chartier, commandeur, etc., à Jehan Poulain, l'an li35 , le second jour de maj. » LL , 1242, f. 373 v°. — Autres mentions de 1435 , f. 374 \° , et de janvier et février 1436 , f. 362 et 374 v. — Enfin , on a cité des lettres de Jean Chartier , commandeur et hostelier de l'abbaye de Si-Denis , en date du 27 mai 1435 , qui sont indiquées dans VInvenlaire général des titres de Cabbaye de St-Denis ( LL , 1192, f. 673. — Cf. Vallet de Virivillc , Notice sur Jean Chartier, en tète de son édition du Chroniqueur, p. vu). Le Compte de la cvmmanderie , pour 1466-67, mentionne aussi des dettes remontant à la gestion de Jean Chartier (LL, 1245, f. 65).

(3) LL , 1242, Compte fait par Pierre du Pont , commandeur.

(4) Chronique latine de Jean Chartier , publiée par M. \'allel de Viriville dans le Bulletin de la Société de l'ilist. de France, 1857-58, p. 213-14. Cf. traduction française, dans ridit. de la Chronique, Ul, p. 2-3.

24 I-KS CII.Vr.TIER.

Jean Chartier est mentionné dans les registres de l'abbaye en 1437 et 1438 (1). En 1440, il parait avoir repris la prévôté de Mareuil ; car il figure avec cette qualité dans un acte rajjporté par Félibien dans son Histoire de l'abbaye de Si-Denis (;2). Cet acte est la commission donnée, au nom du roi, par le parlement, par le gouvernement du temporel de l'abbaye pendant les vacances (3). Guillaume de Farreclial était mort le 16 janvier 1440 ; c'est à la fin de mars que fut instituée cette commission, dont faisait partie Jean Chanter , et dont les fonctions se prolongèrent pendant deux ans (4).

Notre religieux allait bientôt être promu à une dignité qui n'était accordée qu'aux plus éminents , celle de grand chantre. Le grand chantre était l'un des plus hauts dignitaires de l'abbaye ; il avait dans le chœur la suprématie sur le grand prieur. Il revêtait, dans les grandes solennités, la chape donnée au trésor par le roi Robert , et portait le sceptre d'argent doré , nommé sceptre du roi Robert. Il était seigneur temporel du port de Neuilly (5). C'est en 1445 que Jean Chartier apparaît , pour la première fois, comme grand chantre de l'abbaye de St-Denis (6). 11 devait conserver, pendant de longues années, ces éminentes fonctions (7). En

(1) Arcliives LL, 1212 , f. 58 v° et 72 v° ; 1274 , f. 28 et 30. — Ce dernier registre est le compte de l'office des charités. Jean Chartier était au nombre de ceux qui, pendant la mortalité qui régna en 1438 , eurent part au service extraordinaire des pitances ; plus lard, en 1445, nous le trouvons parmi cea^ qui recevaient double pitance, et en 1448 parmi ceux qui recevaient trois œufs par jour il27i, f. 77, et i275, f. 61. Cf. IP partie , f. 54).

(2) 1706, in-fol., p. 360.

(3) Ibid., p. 352.

(4) Les 15 mai et 21 décembre 1441, on trouve encore des lettres passées au nom de o frères Jehan Chartier, Pierre de Belle, Pierre du Pont et Jehai Tonnellier , religieux de l'église Mgr Saint-Denis en France, commis de par le Roy au temporel d'icclle église. » LL , 1212 , f. 89 v° et 92 v".

(5) Hisl. de l'abbaye tic St-Denis , par M"" Félicie d'Ajzac, t. 1 , p. 262 et suiv. Cf. le registre LL, 1180, f. 19 v°, 20 T°.

(6) Il Ego notarius publicus... vidisse, tenuisse et palpasse quemdam librum dictum librum gestorum seu cronicarum, jieiies venerabilem et ictigiosum fratrem Joluinnem Cherlier, monasterii sancti Dyonisii in Francia canlorem, et in ejus custodia existenlem, intitulatum et scriplum in littera rubea per vcrba quae sequitur » , etc., 6 octobre 1448 (Archives JJ, 177, 102). Dans un compte du 1" octobre 1445 et du 16 avril 1446, Jean Chartier , chantre de l'abbaye , figure parmi les religieux prenant double pitance sur les charités (LL , 1274, f. 77).

(7) Les mentions de Jean Chartier comme grand chantre sont asseï nombreuses : il figure dans la liste des grands chantres, donnée dans le yccruloge de l'abbaye de Si-Denis (1760, 2 vol. in-fol., ms. fr., 8599-8600;, a la date do 1446 (f° lvii} ; il prend le titre de chantre dans sa Chronique, au commencement de 1450 ;t. II , p. 180. Cf. le préambule, t. I, p. 25) : le 19 septembre 1450, Jehan Chartier , chantre, reçoit une procuration (LL , 1212, f. 149) ; autres mentions en 1457 (LL , 1213, f. 19 v" et suiv.\

KliCHliUCUliS suit fïUll,LAliMIÎ, ALAIN ET JEAN CHARTIER. 25

1^49, les registres de l'abbaye nous le moutreiit prenant à ferme, de concert avec Pierre Le Gras, le jardin de rinfirmerie (1).

Bien que Jean Chartier fît profession , en sa qualité de chroniqueur , de s'informer des événements et de recevoir des témoignages, pour les consigner dans son livre , il ne quitta guère l'abbaye de St-Denis. Nous le trouvons pourtant, au commencement de 1450, accompagnant Charles VU dans la campagne de Normandie et assistant au siège d'Hondeur , qu'il certifie « avoir veu et esté présent , endurant de grandes froidures et souffrant beaucoup de vexation , combien , ajoute -t-il , que j'estois et soye sallariè et deffrayé pour les despens tant de moy que de mes chevaux par l'ordonnance et volonté du Roy (2). » Cet essai n'engagea pas le chroniqueur à faire de nouveaux déplacements ; il n'accompagna pas Charles VII lors des deux expéditions de Guyenne, et de même qu'en 1449 il recueillait à St-Denis les témoignages de trois Écossais sur des événements accomplis dans leur pays (3), nous le retrouvons en 1456 enregistrant la déposition de trois Hongrois (4). D'autres passages de sa Chronique attestent son séjour continu à St-Denis.

Il eut, au commencement de 1458, une contestation assez vive avec le maître des charités; cet officier, nous l'avons vu, avait de fréquents rapports avec Jean Chartier pour les pitances extraordinaires qu'il avait l'habitude de recevoir. L'affaire fut portée au Chapitre, et voici comment elle fut résolue :

« Le vendredi xxv" jour de février mil iiii° l sept , par devant frère ■' Anceau de Lalaire, grant prieur, fut pacifié certain discort meu entre « frère Jehan Chertier, chantre, d'une part, et frère Jehan Hertel , « d'autre, comme lui estant maistre des charitez, lequel disoit que es « jours de dimenche , mardi et jeudi le mois de l'enfermerie durant ,

(1) « L'an mil iiu"^ XLix, frère Jehan (Miarlier, chantre de l'église de [sic ], cl frère Pierre Le Gras, prindrent le jardin de l'enfermerie, en la manière qui s'ensuit: c'est assavoir que lesdis preneurs tendront ledit jardin du jour de la Dedicasse iiii" xlix jusques à x ans ensuivant, par ainsy que les un premières années ilz ne payront riens au couvent, et les vi aultres années ensuivant, ilz seront tenus de payer au prieur chascun an xl sols. Ce fut fait en chappiltre. » LL, 1212, f". 148.

(2) Chnmiiiue, t. II, p. 180.

(3) Ihiil., I. II, p. 91.

(4) Jhicl., I. m, p. 68-09.

« icelliii chantre ne devoit prendre que double pitance ; ledit chantre « disant au contraire et affermant que il devoit prendre pitance et demie, « comme il prent en autre temps sur l'enfermier , du quel le maistre « des charitez a la cause et cherge ledit mois de l'enfermerie durant, « Sur lequel débat , l'oppinion des ansiens ouie , du consentement de « tout le couvent, c'est assavoir de frère Mahieu de Helleille, etc...., « ledit prieur appointe que ledit chantre prendroit, pour chascun d'iceulx « trois jours, dores en avant, trois demies pitances, qui valent pitance et « demie, et en maint fallu lessier (des noms cités?) par deffaulte de pa- « pier, etc. (1). «

La même année , Jean Chartier fut nommé par l'abbé de St-Denis son procureur pour l'administration de tout ce qui concernait le fait de la Cantoric et pour suivre les causes litigieuses de l'abbaye (2). C'est la dernière mention où le religieux apparaît comme chantre. Il avait certainement résigné cette dignité en 1464 ; car, le 7 juillet de cette année, nous voyons que Jean Jaloux en était pourvu (3). Jean Chartier vivait pourtant encore (4) : nous le voyons assister, le 22 octobre 1470 , avec frère Guillaume Le Maire , comme procureur de l'abbé et du couvent, à la clôture du compte de la commanderie de l'abbaye, à laquelle avaient procédé deux commissaires délégués par le Parlement (5j. 11 devait être alors bien près du terme de sa carrière , et il est vraisemblable qu'il ne lui fut pas donné de présider à l'impression des Grandes Chrornqiies de St-Detns achevée le 16 janvier 1477.

(1j Archives, LL, 1213, f° 19 v°.

(2) LL, 1213, f° 20.

(3; LL, 1213, f" 57 v».

(4) Bien que le Nt'crologc de Sl-Deuis de 1760 le fiisse mourir le 14 décembre 1461, 14fi3, ou 1464- La dale a été corrigée et la surcharge laisse dans l'incertitude à l'égard de ces deux derniers chiffres (ms. fr. 8600, i" 397j.

(5) Original, Archives, LL, 1245, fol. 97, cité par M. Vallet de Viriville, Notice, p. xiii.

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