EXAMEN CRITIQUE
On a vu plus haut comment les biographes, et M. Pezet à leur suite, ont tranché la question de parenté entre les trois frères. — Alain et Jean , ont-ils dit, étaient frères : « Sur ce point aucuns doutes n'ont été élevés (1). ■> Quant à Guillaume, était-il frère d'Alain et de Jean, comme l'ont prétendu Moréri et Chaudon , ou seulement leur parent, suivant la restriction apportée par M. Weiss dans la Biographie universelle? Voici comment on a cru résoudre le problème: Il n'y a incertitude, a-t-on dit , que sur le degré de la parenté ; car la parenté elle-même est incontestable. L'expression de parent n'est point d'ailleurs exclusive de la fraternité de Guillaume et d'Alain. Moréri donne pour certain que Guillaume était le frère de Jean , et nous venons de voir qu'il est incontestable que Jean était le frère d'Alain. La Biographie universelle le reconnaît aussi. Donc, en bonne logique, Guillaume, frère de Jean , l'était aussi d'Alain (2).
Voilà eu vérité une étrange façon de raisonner. On décide la question par la question même. On regarde comme incontestable ce qui est à démontrer; puis, s' appuyant sur la grave autorité de Moréri et de M. Weiss, corroborée par des ouvrages usuels ou locaux, on déclare le fait acquis « sans aucun contredit possible (3). »
Nous nous occuperons plus loin de Jean. Examinons seulement ici si
(1) Mémoire de M. Pezet, /. c, p. 251.
(2) Ibiil., p. 252-53.
(3) Ibicl,, p. 263. En discutant récemment la question qui nous occupe, à la suite de la reproduction de l'acte du 8 août li55 , M. le vicomte de Toustain a admis avec autant d'assurance , mais sans plus de fondement, la solution de M. Pezet et de tous les biographes (V. Revue nobiliaire, janvier 1866, p. 9-10). — M. Vallet de Viriville, dans sa Notice sur Jean Chartier, se borne à dire, nous l'avons vu, siins discuter le fait : o Jean Cbartier était frère de Guillaume et d'Alain. Ces troii frères naquireiil, suivant une tradition constante, ù Bayeux , dans une maison que la même tradition désigne encore de nos jours (p. v-vi;. »
28 IKS CHARTIIÎR.
Alain et Guillaume étaient non-seulement puicnts, mais encore frètes, et anquel des deux il faut accorder une priorité de naissance que l'on attribue généralement à Alain.
Avant l'article de la Biographie vniversellc. on n'avait point émis cette opinion que Guillaume n'était que \e parent d'Alain. M. Weiss, s'appuyant, comme l'a fait remarquer M. Pezet, sur l'Épître dédicatoire d'André du Chesne à Mathieu Mole (1), eut le tort de rompre avec la tradition qui, sur ce point, était fondée. 11 n'était guère besoin d'ailleurs de s'arrêter longuement à des doutes qui n'avaient rien de sérieux. N'avait-on pas , sans parler de la déclaration formelle de Daniel Chartier , qui n'eût pas été une preuve suffisante (2) , le témoignage du Galliu chrisiiana (3) ? Ne pouvait-on pas recourir au manuscrit cité par les Bénédictins, où l'on aurait lu , en tète du Curial d'Alain Chartier , ces mots tracés par le copiste : « Scribit magister Alanus Aurigc sao fralri marjistro Guillehno « Auriye , canonico Parisiensi et consiliario régis curie Parlamenti , « nunc vero Parisiensi episcopo , de vita cariali tractatnm [h] ? » Même avant le témoignage de Jean de Lannoy , qu'est venu apporter M. Mangeart en 1853, témoignage que nous avons reproduit plus haut (5), on avait donc la preuve authentique , fournie par un contemporain , que Guillaume et Alain étaient frères.
Pourquoi a-t-on donné à Alain la priorité de naissance ? L'erreur, — aujourd'hui détruite d'une manière définitive par la publication de l'acte du 8 août lZi55 où Guillaume est représenté comme fils aîné de Jean Chartier, bourgeois de Bayeux (6) , — repose sur la fausse attribution qu'on
(1) « Aussi riionneur luj est-il demeuré après sa mort, dit Pauteur en parlaut d'Alain, qu'il a le premier mis la maison des Charliers en crtilit, et relevé l'éclat de son lustre, presque effacé, si haut, que le roy Charles VII, son maistre, daigna bien, en considération de ses services, gratifier messire Guillaume Chartier, son parent, de l'evesché de Paris. »
(;) Daniel Chartier, sieur de La Boulardière, avocat au Parlement de Paris, donna, en 1582, nue édition du Curial ( c'est-à-dire VEspcraucc on consolalion des trois Vertus). S'adressant au lecteur dan! une épitre, il lui dit: u Ce qui nous est apparu de la vie de Tautheur, nous t'en avons bien voulu faire participant. 1) Et entre autres renseignements plus ou moins véridiques, il dit qu'Alain 0 estoit frère de M. Guillaume Chartier, duquel fait mention Ph. de Commines, n etc.
(3) Gallia ch-istiana, t. VII, col. 150.
(i) Ancien ms. Colbert 3010, maintenant nis. latin 5961, f" 58 V.
(5) Voir p. 4.
(6) Voir ci-dessus, p. 6.
KECHERCHKS SIR OUILLAISIK , AI.AI^ HT JKA> CIIARTMili. 2'.)
avait faite à Alain Chartier de VHistuirc on Chronique de Charles Vif. Bien qu'André du Chesne fût lui-même revenu de la méprise qu'il avait commise dans ses QHiwres de muistre Alain Cltartier , bien qu'après lui La Thaumassière (l),Morén (2) et Goujet (3) eussent restitué à Gilles Le Bouvier, dit Berry , roi d'armes de France (/i), la paternité de cette Chronique, un grand nombre d'auteurs, de|)uis Lacroix du Maine et du Verdier (5), jusqu'à M. Pezet , qui s'efforçait de donner le dernier mot de la question des Chartier (6), et jusqu'à M. Chéruel , dans son Dictionnaire historique des institutions de lu France (7) , ont répété qu'Alain Chartier avait écrit la vie de Charles VIL Or, comme on lit en tête de la Chronique qu'on lui attribue : « En l'honneur de noslre Sauveur Jésus-Christ et de la glorieuse vierge Marie, du seiziesmc an de mon aacje, qui fat en l'an mil quatre ceus et deux (8) , etc. , » la naissance d'Alain a été placée en 1386. Cette date ne saurait donc être maintenue, non plus que celle de 1386 ou i38r>, donnée par M. Pezet pour la naissance de Guillaume.
En quelle année naquirent Guillaume et Alain, son frère puîné? Nous sommes réduits, à cet égard, à des conjectures. Mais, les dates acceptées généralement , outre qu'elles reposent sur une base dénuée de fondement, sont , croyons-nous , inconciliables avec les faits. Guillaume Chartier mourut le 1" mai 1472 , au retour d'une procession solennelle , et, par conséquent , dans le plein exercice de ses fonctions épiscopales. Il n'est pas présumable qu'il ait eu alors 87 ou 88 ans. Ce n'est pas un homme de plus de 80 ans qui eût pu avoir le rôle actif que nous lui avons vu jouer dans les troubles du bien public. Nous croyons qu'il faut placer sa
(1) Histoire rlu Bcny , p. 79. • A présent, (lil-il, il passe pour constant que c'est noslic Gilles Le Bouvier qui en est l'auteur. »
(2) Diclioiinoire hisloi'iiiuc.
(3) Bibliothèque française , t. IX , p. 158. L'abbé Goiijet fait ici (leu\ personnages différents de Gilles Le Bouvier et du liérault Berry.
(4) Ibiil. Vojez l'excellente notice que IM. Vallel de Viriville a consacrée à ce personnage en tête de VArmoriut île France, Paris, 1866, grand in-S".
(5) Bibliothèque franriiise , édit. de 1772-76, t. I, p. 11 , et t. III, p. 30.
(6) Ibiil., loc. cit., p. 250-51.
17) T. II, p. 817.
(8) L'Histoire mimorable des (jratuls troubles (le ce royaume soubs le Roy Charles Vil, par M. Alain Chartier. Nevers, 159i, in-i», p. 1. Cf. Olhivres de Maistre Alain Chartier, publiées par du Cliesne, p; 1.
naissance vers 1392. Dans cette hypothèse, il aurait, à 40 ans , débuté à Poitiers comme professeur de droit canon ; serait devenu évêque à 55 ans; aurait, vert encore à 73 ans, pris part aux événements qui accompagnèrent la guerre du bien public , et serait arrivé , à 80 ans au terme de sa laborieuse carrière. Quant à Alain , il ue peut être né après 1395, puisque nous le trouvons composant, en 1^15 ou Ui6 après la bataille d'Azincourt, le Livre <les Quatre-Dames , et bientôt investi des fonctions de notaire et secrétaire du roi. Il devait être , dès lors un « notable clerc. » 11 y a donc, à notre avis, toute vraisemblance à placer entre 1392 et 1395 les naissances de Guillaume et d'Alain.
Avant de quitter Guillaume Chartier , il convient de mentionner deux erreurs, qui, bien qu'elles n'aient point trouvé créance, ont été commises par certains biographes. M. Pezet, s'appi.yaut sur l'autorité de Beziers fait de Guillaume un chanoine de Bayeux, et allègue la date de l/il5 comme celle où il aurait été mis en possession de ce cauonicat (1). C'est la nn fait dont il n'y a aucune trace authentique (2). N'a-t-on pas fait aussi de Guillaume un évêque de Bayeux (3) ? Les frères Sainte Marthe , dans la première édition de leur Gallia chmtiana {h) ont réfuté Claude Robert, et démontré que Guillaume n'occupa d'autre sié-e épiscopal que celui de Paris. "
Nous avons suffisamment fait ressortir la double erreur où sont tombés les biographes, en faisant d'Alain l'ainé des frères et en plaçant sa naissance en 1386. 11 ne fut pas , comme quelques-uns l'ont dit, après Daniel Chartier {^) , secrétaire du roi Charles V. absurdité évidente, puisque Charles V est mort en 1380. Fut-il, comme le prétend le même Daniel Chartier, chanoine de Paris (6)? Fut-il, comme l'ont dit Chaudon et
(1) Mémoire cité, p. 255.
(2) l.^ Catalogue des hommes illustres du cUapiur. de Bayeua, qu'indique l'au.eur et qu'il u'a pu con suUer a é auss. va.ne.eut cherc,.. par nous. Ce ne serait pos ,à d'ailieurs une autorUé bil su .
(3) Gallin chnsiiana, cura et labore Cl. Roberli. Paris, 1626, t. I n in p, ,,, (â) 1656, t. II,p. 3il. .P-iiJetJ57.
(5) Le CurM, édit. de 1582, et avant lui l'éditeur de l'opuscule golh. de 8 IT intitulé- ft . • • des no,es, fait et composé par mais.re Alain Cartier, notaire et secrétaire du ro,^', a^v ' ^t:^ Voir Brunet , Manuel du Ubrairc, dcrn. édiL , t. I , col. 181/i.
(6) Même édit. du Curial, loc. cil. Ou lit dans la collection du Puy à la Bibliolh^n,,. ■ . • . la note suivante de la main de du Puy : Bibliothèque impériale,
. U19. M. Alain Charlier, secé.ai.e .lu loy Choiles Vl, fut faict chanoine de l'église de Paris. Ledict
RECHERCHES SUR GWLLAUMK , Al.AlN irr JEA% CflARTlKiî. 31
Feller , archidiacre de Paris et conseiller au Parlement? M Weiss en présence de cette assertion, a déclaré carrément, dans la Bioqnn,hie xmverselle. « qn'il n'avait vn ra^Jk part qu'Alain ait été archidiacre de Pans et conseiller au Parlement » , et il a ainsi entraîné à sa suite le troupeau servile des biographes. Et cependant, dès 1762, l'abbé Expillv ava.t, dans son Dictionnaire des Gaules et de la France (1), publié l'énitaphe suivante : v / i i
HIC JACET VIRTUTIBUS INSIGNIS SCIENTIA ET ELOQUENTIA CLARUS ALANUS CHARTIER EX BAJOCIS IN NORMANIA NATUS PARISIENSIS ARCHIDIACONUS ET CONSILIARIUS REGIO JUSSU AD IMPERATOREM MULTOS QUE REGES AMBASCIATOR SvEPIUS TRANSMISSUS QUI LIBROS VARIOS STYLO ELEGANTISSIMO COMPOSUIT ET TANDEM OBDORMIVIT IN DOMINO m IIAC AVENIONENSI CIVITATE ANNO DOMINI M CCCC XLIX
Il faut ici nous arrêter à ce document, et en apprécier la valeur. „ La maison des Antonins on des religieux de S.-Anloine, dit Expilly, est une dépendance de l'abbaye de St-Antoine de Viennois... Ces rel ^ieux ou «ne église qui n'est rien moins que belle , mais qui est remarquable a cause que le fameu.r Alain Chartier y a été in/nnné. On sçait que ce
Alain fut envoyé par le roy Charles VII en Escossp l'an /i / 97 <.,
[Exlrml (les arrcsis ,te Régale du 7 mars iUm
.,";;*:;;■/:;:: ";• 'ir zz :; """" r- •"■ "- -"• -■" ■• "-" ""■"■-
noine qu'en li37 Ton, au .L \ , "' ™""''' ^'' " '"" ^'^'' « "^ ""^î"' <=''=-
sçavant fut secrétaire des rois Ciiarles VI et Charles Vil. Mais on ignoroit (ibsoliimeitt le temps et le lieu de su woit. L'épitaphe suivante , qui a été trouvée dans l'église de St-Antoine d'Avignon, il y a environ trente ans, a dévoilé le mystère , si, en effet, c'en étoil un pour tout le monde (suit l'épitaphe). C'est à M. de Saint-Quentin de Remerville qu'on est redevable de l'épitaphe que nous venons de rapporter. Ce sçavant la découvrit par hasard dans l'église de St-Antoine, ainsi que nous l'avons dit, et *«/«,s lui , elle eût été non- se nie ment ignorée , mais encore perdue , puisqu'elle a été entièrement e//acée en réparant et blanchissant cette église (1). »
Voilà , à coup sûr , des circonstances assez étranges : une épitaphe retrouvée inopinément dans un lieu où l'on aurait dû le moins s'attendre à la rencontrer, conservée providentiellement par un antiquaire, sans lequel elle eût à tout jamais disparu sous la chaux. Mais le doute pourrait bien succéder à l'étonnement, si l'on s'arrête à la l'orme et à la teneur de l'épitaphe. La l'orme d'abord , on l'a remarqué déjà (2) , n'est pas celle du temps. C'est donc un document refait après coup et à une époque bien postérieure. Les notions qu'il contient s'accordent , sur certains points, avec les données historiques ; elles s'en écartent sur d'autres, et c'est là surtout ce qui rend à nos yeux cette épitaphe très-suspecte et nous porte , sinon à la rejeter entièrement , du moins à ne nous en servir qu'avec la plus grande défiance.
Il n'est nullement prouvé, en effet, qu'Alain soit allé mourir à Avignon ; il est prouvé qu'il vivait encore en 1449; car, dans la Ballade de Fougères, il parle de faits qui s'accomplirent au mois de mai de cette année. Ainsi, si la date de l'épitaphe est la date véritable, elle devrait s'entendre ou de la fin de 1449, ou, comme nous l'avons dit plus haut, des premiers mois de 1450. Mais, enfin, il n'y a pas là d'impossibilité péremptoire à mettre en présence de l'épitaphe ; nous allons en trouver une dans les deux titres d'(//r///f//«ry y de Paris ei de conseiller du roi donnés à Alain. 11 est incontestable , en présence du silence des documents , qu'Alain ne fut
(d) Exijilly , loc. cit. , p. 341. — Dans le Guide du royageur, ou Dictionnaire historique des rues et places publiques de lu ville d'Ari/jnoii, par M. Paul Achard, archiviste du département (Avignon, 1857, in-8°) , on lit : o C'est dans l'église des Antouins que fut inliumé , en li49, Alain Cliartier. » Mais on n'allègue aucune autorité nouvelle. Alain est qu:ilifié par l'auteur de chancelier de rihàversitè de l'uris.
(2) M. Vallet de Viriville, dans U Noue, liiogr. générale.
RECllliaCIIES SUR GUILLAllMIi, AI.\I\ J!T JEAN CIIARTIER. 33
point en possession de ces deux dignités. Ce qui n'est pas moins certain, c'est que l'épitaphe se tait sur la seule qualification authentique et officielle qu'ait eue Alain et que tous les documents contemporains lui attribuent , celle de notaire et secrétaire da roi.
Ceci nous conduit à une question plus délicate et qui n'a point encore reçu une solution définitive. Alain Chartier était-il engagé dans les ordres? Avant que l'épitaphe ait été produite, on admettait volontiers qu'il était laïque (1). Mais cette opinion avait été un peu ébranlée par la constatation, regardée comme certaine , de la qualité d'archidiacre de Paris, qui semblait entraîner la possession d'un canonicat et justifier l'assertion de Daniel Chartier . qui fait d'Alain un chanoine de Paris. Pourtant , on observait que " la qualité d'archidiacre n'a pas toujours exigé la prêtrise ni le diaconat, et que peut-être ce titre n'étoit-il, dans certains cas, qu'un titre honorifique qui pouvoit être conféré à des laïques (-2). .. On a même soutenu de nos jours qu'Alain avait eu un fils, et l'on a été jusqu'à nous dire son nom. Un de ses plus récents biographes a écrit ces lignes : « Alain Chartier laissa un fils nommé Simon. Ce fils fut avocat au Parlement de Paris (3), » etc. Les généalogistes s'en sont mêlés [h). Malgré l'affirmation de Godefroy , qui dit formellement que les avocats célèbres et les conseillers au Parlement de Paris du nom de Chartier appartiennent à ime famille Chartier d'Orléans , entièrement différente de celle de Guillaume et d'Alain (5), on a, depuis deux siècles, tenu pour constant que les Chartier qui s'allièrent aux Montholon, aux Mole, aux de Mesmes étaient de la famille d'Alain Chartier. De nos jours , plusieurs (amilles
(1) « Qiioiqu' Alain r.liarlier ne dût pas avoir ici s;i place, n cmtse qu'il n'a fie qu'un simple /nique. • Hermant, Ilisl. du diocèse de Bayeu.r , p. 382.
(2) Mémoire de M. Pezet , p. 249 , note.
(3) M. Mancel, dans les Normands illustres , p. 15.
(4) Voir les Généalogies de la famille Charlier conservées aux archives ( M. 92 : collège de lloissu ) el celle manuscrite qui se trouve au Cabinet des litres : CiiAnTiER.
(5) Preuves et observations sur les mém. de Commincs (éd. de Brux., 1706, t. III, p. 28). — Herinant disait de son côté que, de son temps ;1705), il ne restait plus à Bayeux personne de la famille CliarUer (p. 381-82;. C'est André du Cbesne qui, après Daniel Chartier, avait popularisé celte filiation, en rattachant Simon , avocat au Parlement , aux Chartier de Normandie (Dédicace à Mathieu Mole). L'abbé Goujet disait à ce propos, au dernier siècle : o II faut croire qu'il a examiné ce point d'histoire avec toute l'exactitude que lui demandoit Beslj, avocat du Roi à Fontenay. Celui-ci parle moins affirmativement da cette généalogie dans la lettre qu'il écrivoit à du Chesneau mois de juin 1616 (t. IX, p. 159\. »
revendiqueiU encore cette glorieuse parenté, et ont même la prétention de descendre d'Alain en ligne diiccie.
Voyons si le prétendu archidiacre peut légitimement servir d'aïeul à une si nombreuse lignée, et si ses titres ecclésiastiques sont compatibles avec une paternité canonique.
Et d'abord nous passons condamnation sur le titre d'archidiacre et sur la question de savoir si , au XV' siècle , il y avait des archidiacres qui ne lussent point prêtres. A^ous n'acceptons pas cette qualification pour Alain Chartier. Mais , eu la rejetant , nous lui eu attribuons une autre , celle-là bien authentique : Alain était, en 1428, on l'a vu, chancelier de Baycnx ; il figure avec ce titre dans les pièces relatives aux négociations du mariage du dauphin avec Marguerite d'Ecosse, Pour être chancelier ou (jurdien dn scccui , Alain devait, sans doute, être chanoine. Était-il prêtre ? Il y a lieu d'en douter, d'autant que nous voyons qu'au Xlll' siècle, il n'y avait à la cathédrale de Bayeux (\\x'im mul chanoine prêtre (1) ; la discipline ecclésiastique n'était assurément pas plus en vigueur au XV'= siècle qu'au XIll". Ce qui est au moius certain, c'est qu'Alain Chartier était clerc, et ne fut pas marié. Dès 1418, il paraît avoir eu l'expectative d'une prébende à la cathédrale de Paris (2) ; dans un manuscrit qui contient ses œuvres, il est qualifié de « vénérable, discret et saige maistre Alain Chartier , en son vivant docteur en décret (3) » ; enfin lui-même s'exprime à cet égard d'une manière très-explicite. A la suite du Débat des deux fortunes d'amour . on lit ces vers :
Cest livret voult dicter et faite escripre ,
Pour passer temps sans coura;,'e villain , Ung simple clerc, que l'en appelle Alain , Qui parle ainsi d'amour pour oyr dire (4).
Ainsi , si Alain Chartier ne fut point , croyons-nous , engagé dans les
(1) Voir VHisloire tlu diocèse de Bayeux, par M. Tabbé Laffetay, t. I, p. 50.
(2) Voir la noie île Du Pu)' reproiluile plus haut.
(3) Ms. St-Victor, 394.
(i) Édition de Du Chesne , p. 581. C'est ù tort que l'abbé Goujct prétend , dans sa Bibliothèque jruniiiise (t. IX, p. 165), que ce passage est omis par Du Ciesne.